TAL'SET : La Via Del Guerriero

t'as l'sept ?

Vous en avez marre de lire des chroniques estampillées « death technique » ? Eh bien j'ai pris sur moi de vous causer un peu d'autres choses. Bon, on reste dans le domaine du metal, cependant on s'éloigne de l'extrême dans son acceptation contemporaine (bah ouais, y a trente ans, le thrash c'était ce qui se faisait de plus intensif en matière de gros son). Mais alors sur quoi va se porter l'article du jour ? Patience, patience... D'autant plus qu'encore une fois c'est une formation qui marie plusieurs influences plus ou moins évidentes en une œuvre complète. Nous allons parler de TAL'SET et de leur premier et unique album La Via Del Guerriero (ai-je besoin de traduire ?) sorti le quatre avril 2012. Comme vous pouvez vous en rendre compte, il est encore question d'un groupe récent, va falloir vous y habituer.

 

 

Si j'ai choisi ce full-length, c'est avant tout pour les sensations qu'il me procure. Loin des phrasés cliniques du death technique et de ces compositions tortueuses, je déguste ce TAL'SET quand j'ai besoin d'un bon remontant capable à la fois de me redonner du baume au cœur mais également d'adoucir mon amertume. Allier ces deux antidotes contre les déboires du quotidien n'est pas chose aisée. Un temps La Via Del Guerriero fut mon compagnon régulier, puis il tomba peu à peu dans l'oubli comme beaucoup d'autres. Pourtant lorsque je redécouvris La Via Del Guerriero le mois dernier, je me souvins pourquoi il m'avait fait tant impression la premier fois que j'avais posé une oreille dessus.

Malgré mes recherches, impossible de mettre la main sur le line-up qui constitue cette formation d'origine italienne. Je vais donc m'attarder sur le genre pratiqué par le groupe. Prenez du black avant-gardiste (un DEATHSPELL OMEGA pour faire terroir), ajoutez-y des touches de punk/rock, un peu d'ambient et de musique acoustique, le tout imprégné d'influences tribales et chamaniques. Voilà, vous êtes rendus, bienvenu chez TAL'SET ! Tout ceci est magnifié par un chant volubile et puissant, éraillé jusqu'au bout des cordes vocales et une production loin des poncifs actuels sans pour autant tomber dans l'inaudible bouillie. Les leads qui parsèment l'album sont assez simple et reste en tête, ce qui rend l'écoute du full-length très accessible.

Je vais m'attarder sur certains morceaux et certains points pour vous démontrer en quoi La Via Del Guerriero est un véritable bijou. L'album s'ouvre sur des voix incantatrices sur des nappes de claviers et des arpèges de guitare qui apportent une atmosphère mystérieuse et spirituelle. En effet, on est plus intrigué qu'inquiet comme c'est d'ordinaire le cas avec ce genre d'introduction spectrale. Ici, il n'est point pour but de créer le malaise mais plutôt de passer de la vie courante à la musique (la méditation qui précède la transe chamanique pour rester dans l'univers de la formation, on se détache des choses matérielles pour se trouner vers l'essentiel). Et c'est dans ce genre de cas, et uniquement celui-là, que ce type d'ouverture a de l'intérêt. On quitte le commun pour s'arrêter sur une œuvre concrète qui demande toute notre attention. « Il Vecchio Alla Stazione » a de plus l'intelligence de ne pas simplement être une piste prélude instrumentale sans consistance. En effet, elle est un parfait exemple de crescendo, passant d'un tempo lent et d'une mélodie qui s'étire doucement à une atmosphère martiale représentée par les percussions qui appuie les temps forts et les chœurs masculins en fond. Ça c'est un travail d'écriture ! Ce n'est pas une longue piste, ce n'es pas le cœur de l'album, mais mince pourquoi autant de groupes se plantent dans la composition de ce genre d'introduction ? Je connais plus d'une formation « progressive » qui devraient en prendre de la graine. On a à la fois l'introduction du thème chamanique et celui de la guerre, les deux amenés subtilement dans le même morceau pour qu'ils se chevauchent et donnent de la personnalité à l'ensemble. On retrouve plusieurs fois ce mélange au cours de l’œuvre, parfois même explicité avec des changements de registre au sein d'une même composition.

Le second morceau qui me tient à cœur de vous décrire est « Intento ». Si le morceau s'ouvre sur un ton triomphal, effet obtenu à l'aide d'instruments à vent, de percussions et de chœurs masculins encore une fois (fanfare militaire, thème de la guerre... Si je vous jure que l'écriture c'est important dans la musique) et surtout grâce à une structure très régulière (1-2 / 1-2-3-4, allez-y tapez dans vos mains) et des grappes d'accords principalement majeurs, une seconde couche qui rappelle le côté tribale et magique vient se greffer sur l'ensemble. Et devinez quel instrument intervient pour ce passage ? Un instrument à vent également, ce qui renvoi à la première partie (qui devient, de se fait, un fond rythmique, encore une fois pour marquer le pas. Qui a dit défilé militaire ?) mais surtout détourne le propos puisque le nouvel instrument (excusez-moi de l'approximation mais je n'ai pas réussi à me prononcer sur le nom de l’instrument en question) joue une mélodie incertaine, personnification du mystère et de la magie. On a ici un motif récurent dans la musique des Italiens : l'ordre contre le désordre, parfois mêlés pour construire un langage esthétique, de l'art tout bêtement. Ensuite vient le côté black de TAL'SET avec la mélodie reprise à la guitare et un blast-beat à la batterie. Là, on oscille entre des émotions galvanisantes et une part d'ombre latente. Le chant qui vient couvrir la suite du morceau exécuté dans un italien enragé (comme tout le reste de l'album en fait) n'est pas étranger à l'effet occulte que procure l'écoute d'« Intento ». Le break et sa rythmique hypnotique (écoutez la construction batterie/guitare) et ces effets dissonants sont là pour rappeler la transe chamanique avant de repartir sur un ton plus terre-à-terre qui débouche sur un passage ambient/acoustique de toute beauté. Ici, on abandonne les deux thèmes principaux et on entre dans une troisième lecture qui en fait la synthèse (je vais peut être un peu loin, mais c'est ce que je ressens). En effet le tempo est lent et marqué (mélange des deux thèmes), des chœurs éthérés et victorieux (mélan... vous avez compris je pense). Le tout pourrait figurer la mort ou du moins le monde de l'esprit : à la fois destin du guerrier et terrain sur lequel officie le chaman. C'est l'accalmie que ce moment apporte au milieu du tumulte de la piste qui me fait penser à cela. De plus, l'aspect régulier et lumineux ne donne pas ce sentiment ésotérique que peut avoir d'autres passages de l'album. Une seconde partie uniquement jouée à la guitare en arpège (bon okay, il y a un bruit de vent aussi et quelques coups de cymbales, mais ça concorde avec le reste, ce sont des éléments au son clair, cristallin) pourrait représenter l'esprit qui s'étiole. Un court silence ponctue la fin de cette partie, qui n'est rien d'autres que le calme avant la tempête, l'esprit errant qui réintègre son corps (et un excellent outil musical pour créer de la tension et de l'ampleur dans un morceau, ami amateur de brutal death, pensez-y). Et on s'envole sur la dernière partie qui débute avec un cri d'aigle. Et ceci en plus d'offrir un des moments les plus épiques qu'il m'est été donné de vivre, renvoi encore au chamanisme qui est souvent couplé à l'animisme. Le retour d'un être d'entre les morts sous forme ou avec l'aide d'un animal majestueux (totémique ?), bon chasseur et souvent symbole du guerrier, est-ce uniquement de la poudre aux yeux ? Tout comme le retour des chœurs et d'une mélodie lumineuse ? Je ne pense pas. L'humain transcende son existence avec sa bestialité, certes, mais aussi grâce à l'art et la spiritualité qui l'inspire, la musique et le message se confondent sans qu'une ligne de chant n'ai besoin de l'expliquer.

Je voulais m'attarder sur ce morceau car il représente pour moi l'essentiel de la musique de TAL'SET. Si la piste n'est pas techniquement complexe, sa qualité d'écriture en fait un plaisir à la fois émotionnel et intellectuel. Cependant, il serait dommage de limiter La Via Del Guerriero à deux morceaux. En effet, l'album est ponctué d'entractes atmosphériques très réussis « Mescal », « Gli Atlantidi di Tula » ou le final sur lequel il y aurait aussi tant à dire « L'Ultima Danza », une piste acoustique qui se frotte à la country « Fermare il Mondo », des morceaux plus rentre-dedans aux accents black comme la piste éponyme ou encore « Fuoco dal Profondo » et « Al di là dell'aquila », et enfin des compositions curieusement proche du punk avec pour certaines un arrière goût rock'n roll voire pop (!?) : « Punto d'Unione » et « Follia Controllata ».

Et on arrive petit à petit vers la conclusion. J'avais envi de décortiquer un ou deux morceaux histoire que les plus sceptiques d'entre vous voient que la musique ce n'est pas juste le plaisir d'écouter quelque chose qui nous plaît (même si c'est indispensable et tout à fait légitime), mais ce peut être bien plus profond. Je ne sais pas si le groupe, avait l'intention de faire ressortir ce que j'ai tenté de retranscrire en quelques lignes, ni qu'ils aient pensé à tous les détails consciemment, mais c'est mon interprétation de leur travail, ce qui fait que j'aime écouter tous les jours ce La Via Del Guerriero encore et encore depuis plus d'un mois maintenant.

 

Cook

 

 

Line-Up : 

Si quelqu'un à l'info je suis preneur.

Nationalité : Italie

Label : Aeternitas Tenebrarum Musicae Fundamentum

Année : 2012

Tracklist :

01 - Il vecchio alla stazione

02 - La via del guerriero

03 - Intento

04 - Mescal

05 - Punto d'unione

06 - Gli Atlantidi di Tula

07 - Follia controllata

08 - Fermare il Mondo

09 - Fuoco dal profondo

10 - Al di là dell'aquila

11 - L'ultima danza

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Commentaires (1)

1. Tankkore 25/04/2014

Bon d'une part "congratulation" pour cette chronique passionnée une fois de plus, et puis un gros merci pour la découverte, cet album est vraiment excellent !!!!

La langue italienne adéquate, le black en lui même parfait, les parties ambients/acoustiques vraiment sympathiques et puis les petits ajouts tribaux bien pensés (les cris d'aigle, génial !)

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Date de dernière mise à jour : 13/06/2016

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