CATHEDRAL : Forest Of Equilibrium

Cathedral forest of equilibrium front

 

Fin 1988, Lee Dorrian, chanteur foutraque de (foutraque) NAPALM DEATH, claque la porte sur l’orée de ce qui sera une des carrières les plus exemplaires des géants du metal 2.0.

Bille en tête, il initie son projet personnel, avec le concours de Mark Griffiths et Garry Jennings (deux anciens membres de ACID REIGN), avec qui il partage un intérêt pour le proto Metal qualifié de Doom, issu du heavy metal de BLACK SABBATH, le tout à l’occasion d’une rencontre sur un set de CARCASS !

Au programme, un revival à contre-courant de ce qui agite la scène metal du moment : du Doom 2.0 lui aussi.

Décidément, entre le Nevermind de NIRVANA et cet opus, on peut dire que tout prend fin et tout commence en cette année de la première guerre d’Irak et des illusions perdues sur la croissance économique sans fin. 2.0 Donc.

Accessoirement Lee, fonde son propre label : Rise Above records, qui deviendra au fil des ans un repère de ce qui agite cette scène si difficile à cerner.

Cependant, Forest Of Equilibrium parait sous Earache Records  en 1991 et on peut dire qu’une nouvelle vague Doom prend ses racines en cette année.

Commençons par le commencement.

L’artwork évoque immanquablement les fantasmagories alambiquées et lysergiques de Jérôme Bosch, et ce premier opus sera la base, le ciment, sur lequel le groupe bâtira une carrière aussi exemplaire qu’incongrue.

Sauf que le contenu est pour le moins excentrique! Ce n’est pas peu dire, tant les tempi sont exagérément lents, les mélodies absentes et le chant à cheval sur la ligne imaginaire du bon gout et du bon sens.

Outrancier ! Le mot est lâché, et CATHEDRAL n’aura de cesse de prendre ses fans à revers, tout en suivant le cap issu des 70’s Doom & Hard Rock. Des riffs lourds et désespérants, un chant plaintif ou survolté, au gré de l’humeur du moment, ainsi qu’un feeling de ce qu’il sera de plus en plus coutume de qualifier de Stoner (au grand désespoir de Lee Dorrian himself). Avec  une sensibilité qui lui appartient en propre, des artifices et des singularités qui feront date.

C’est par une intro des plus singulières, guitare acoustique et flute pastorale, que débute l’odyssée de ce groupe phare du renouveau ou devrai je dire, de la (re)naissance du Doom dans son état moderne ou encore et ce serait plus juste, dans son expression renouvelée.                                                                  

En effet, en friche depuis la folie NWOBHM, Thrash, Death, Black et Grind, qui durant la décennie 80/90 a laissé peu de place à d’autres expressions, le Doom, bien que précurseur, est à ce moment le parent pauvre de la famille Metal.

Lee Dorian entend bien relever le défi et c’est avec une esthétique iconoclaste, décomplexée et surtout singulière qu’il lance le projet.

Borderline!

Voilà le terme qui qualifie le mieux les productions de ce combo, sommes toutes plus imaginaire que réel en raison de changements incessants de line-up dont il serait fastidieux de rendre compte.

Forest Of Equilibrium ouvre un bal macabre, grotesque, incongru, qui prend immédiatement l’auditeur par ses mauvais sentiments : rythmiques plombées, chant aléatoire (Ce n’est pas peu dire !).

Le premier morceau de cet opus c’est un peu comme les montres molles de Dali, on voit de quoi il s’agit mais on ne sait pas trop au final à quoi ça ressemble vraiment…

Le paysage est en place, aride, peu engageant, sur des tempi pachydermiques et une musicalité pas franchement engageante. A ce titre on peut considérer Forest Of Equilibrium comme un ancêtre du Torture Doom… voilà pour l’ambiance.

En revanche, ce qui est certain, c’est que, plaintif et bas de plafond, Lee Dorian égrène un chapelet douloureux soutenu par des guitares qui font les 3/8. Bienvenue à la mine…

Dès "Serpent Eve" on est au cœur du sujet et nul espoir n’est permis à l’écoute de cette diatribe torve, sertie de leads de guitare qui suivent le chant malhabile de Lee sur une rythmique d’une pesanteur abyssale. Même quand il s’échappe dans de longues digressions, le combo dans son ensemble lui emboite le pas, claudiquant sur les approximations mélodiques que lui impose le frontman. Quand enfin tout cela semble prendre forme, la dérive n’est pas loin, par un solo qu’on n’attend pas ou des déploiements cathartiques inattendus, qui s’abiment dans des mises en espace sonores, de samples vocaux aux caractères ésotérique.

Le jour perce enfin avec "Soul Sacrifice" et sa rythmique un peu plus enlevée : gros travail de labourage de sillons a base de riffs empreints aux aïeuls dans un feeling Hard rock qui décaisse, et enfin deux trois interventions de gratte qui trouvent une petite place pour délirer.

C’est sans compter sur le purisme et le jusqu’auboutisme du projet qui nous replonge immédiatement dans la lourdeur de ses riffs doomesques avec "Funeral Request" qui ne fait pas mentir son titre lourd de sens.

Vous en voulez ? Vous en avez ! Du lourd et du pâteux avec toujours ce chant déchiré et approximatif, ces notes qui ne cessent de rappeler l’opus eponymus de BLACK SABBATH (une mare glauquissime de tritons de toute formes et toutes espèces).

La seule lumière viens du titre "Equilibirum" (un signe ?) qui fige un lourde logique de riffs presque mémorables, aussi puissants que solides, et surtout dans sa partie finale d’une ambiance de film d’horreur de de série B, avec un lead de de guitare qui frappe l’esprit.

En fin d’album, une flute bienvenue viens sonner le glas de ce douloureux exercice d’introduction et signe l’épitaphe de ce premier effort.

Hélas le temps n’est vraiment pas au beau fixe et c’est à une désagrégation complète à laquelle on assiste impuissant, et au demeurant fort impressionné et glacé.

La suite n’aura à aucun moment cette saveur si tortueuse, alambiqué et déprimante, faut-il s’en féliciter ? (je crois que oui)

Suite au prochain épisode qui sera plus diversifié et punchy.

 

Asoth

 

 

Line-Up : 

Lee Dorrian : Chant (?)

Gary Jennings : Guitare

Mark Griffiths : Basse

Adam Lehan : Guitare, Acoustique

Mike Smail : Batterie

Nationalité : Angleterre

Label : Earach Records

Année : 1991

Tracklist :

01 - Picture of Beauty and Innocence (Intro) / Comiserating the Celebration    

02 - Ebony Tears            

03 - Serpent Eve             

04 - Soul Sacrifice          

05 - A Funeral Request              

06 - Equilibrium             

07 - Reaching Happiness, Touching Pain

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (4)

1. asoth 31/05/2014

Ah non que non! je vais tous me les faire! Mais je te déconseille celui ci qui est vraiment trop éprouvant.
Une semaine d'écoutes répétées ont failli avoir raison du peu d'esprit qui me reste.
Je vous préviens dès que ça supporte d'être entendu.
Je sais pas pourquoi je me fixe des challenges aussi incongrus.
Peut être parce que j'ai découvert ce groupe avec son album testament "The Last Spire" (2013) qui m'a totalement bouleversé et que j'ai voulu creuser pour savoir comment ils en étaient arrivés là après tant d'années.Alors suite au prochain épisode.C'est presque prêt et peut être que tu pourra y jeter une oreille sans t'endormir ou sombrer dans la folie. Quant au troisième c'est dans les tuyaux aussi et il est beaucoup plus Fun !(surtout le titre Witchfinder General avec un clip qui ne peut que marquer les esprits!)

Cheers

2. Cook 31/05/2014

Faut que j'écoute-ça ! Tu comptes tous les chroniquer ou bien est-ce une folie passagère ?

3. asoth 31/05/2014

En effet un album qui vaut plus par son coté historique que par l'usage que l'on peut en faire au quotidien.J'imagine mal prendre mon petit dèj avec Forest en toile de fond.La suite sera beaucoup plus accessible et groovy !

4. zoskia 28/05/2014

Un album pas facile d’accès et à l'image de cette pochette complétement hallucinée. Un album important cependant et qui mérite qu'on y jette une oreille.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

Rejoignez nous sur Facebook!