39e PALÉO FESTIVAL NYON

22 - 27 Juillet 2014 // Nyon // Suisse


 

paléo festival 39

 

Après plusieurs années de tiraillements verbaux, d’éloges en tout genre et de « tu verras, tu ne voudras plus en partir » distillés par mes camarades préférés, me voilà donc les deux pieds sur le sol suisse, à Nyon plus exactement, deux jours avant l’ouverture du 39e Paléo Festival ! Pourquoi être arrivé si tôt ? Parce que je ne suis pas venu en tant que festivalier mais en tant que bénévole pour être au cœur du festival et de ses rouages. Au delà des énormes privilèges que procure le « Saint badge », le camping des bénévoles est un petit monde à part dans le festival qui, lui-même, s’avère bien loin des problèmes du quotidien. Parce qu’au quotidien, la pluie, on l’oublie dès que l’on rentre chez sois, au chaud dans ses savates et ses vêtements secs de rechange. Au camping, par contre ce n’est pas la même chose, votre chez vous est une tente fragile qui vous sert juste de couchette, les chemins se transforment peu à peu en parcours du combattant, les allers et retours jusqu’au festival vous paraissent une corvée et ces satanées giclettes de boue qui se collent à vos mollets vous agacent à chaque pas… tout ça pour dire que le temps maussade a été notre plus grand ennemi pendant cette semaine estivale (qui ne l’était absolument pas pour le coup).

Trêve de bavardage sur les à- côtés du festival,  concentrons-nous sur les quelques concerts aperçus pendant celui-ci. Et autant vous dire que les horaires de travail n’étaient pas franchement des plus convenables pour assister aux shows que j’attendais le plus.

 

Mardi 22 juillet

En poste à l’entrée dès l’ouverture du festival à 16h30, j’attends donc les coups de 18 heures pour aller écouter quelques morceaux de GIRLS IN HAWAII dont un collègue de bon goût, t-shirt dédicacé à l’appui, me vantait les mérites. Et je dois dire, malheureusement, que le combo belge ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, pour cause, leur Pop sablonneuse n’a pas grand chose de très mémorable, notamment dans les mélodies. D’ailleurs, il est surprenant de voir trois guitaristes et deux claviéristes sur scène pour un rendu aussi simpliste et peu recherché musicalement… enfin bon, tout le monde sait que tonton Tanky est loin d’être un expert dans ce genre, bien au contraire.

J’évite soigneusement les artistes Folk qui, pour ma part, n’ont aucun intérêt dans un festival (à part pour la sieste) et retourne donc à mon poste pendant 30 SECOND TO MARS et M.I.A. Dommage, j’aurais bien aimé voir ce que donne la bande à Jared Leto sur scène et aussi sautiller sur les tubes Hip-Hop ethniques de la Londonienne. Retour à l’intérieur du festival pour minuit et la fin du set de THE BLACK KEYS sur la Grande Scène. J’avoue faire partie des gens qui ne connaissent rien au duo américain, mais il faut bien dire que son Blues Rock accrocheur prend une autre ampleur en live, notamment avec l’hymne « Lonely Boy », ultime titre interprété, qui rend la fosse hystérique lors des « Oh ohohoh » fédérateurs.

J’attendais un seul concert en ce mardi et c’était bel et bien celui du français GESAFFELSTEIN. La qualité de l’Electro hexagonal n’est plus à faire et le nouveau « Prince de la Techno », comme certain le nomme, n’en finit pas de gravir les échelons des musiques synthétiques depuis la sortie de son premier album Aleph en octobre 2013 (les marques Citroën, Volvo et Louis Vuitton ont d’ailleurs utilisé ses morceaux pour leurs publicités). Direction les Arches - seconde grande scène en plein air - pour se confronter au set obscur du lyonnais. Un grand autel doré est placé au milieu de la scène derrière lequel le DJ longiligne et étriqué dans un smoking noir, affute ses sons les plus hypnotiques. Les abîmes de l’Electro se dévoilent sous les pieds des festivaliers, la musique de GESAFFELSTEIN se transformant peu à peu en un règlement de compte sale mais chic, comme si vous combattiez avec le costard en lambeaux et la rolex souillée au poignet. Aliénants et sismiques de bout en bout, les titres du frenchie n’hésitent pas à raboter du côté de l’Industriel pour en capter les rythmiques mécaniques et certaines sonorités grésillantes. Même les relances et les coupures au cours du set s’avéreront imprévisibles - voire frustrantes pour certaines - comme si le DJ nous imposait son rythme, sa vision, loin de la facilité habituelle ! Grandiose !!

 

Mercredi 23 juillet

Rien de bien folichon en ce mercredi, la populasse est venue en masse pour voir le phénomène STROMAE - dont je ne verrai même pas les premières minutes à cause de l’appel bénéfique d’une douche chaude et réparatrice -, le reste de l’affiche ne me botte guère (le Folk hawaiien de JACK JOHNSON et le Reggae de KY-MANI MARLEY, non merci) et le seul évènement intéressant, à savoir le DJ set industriel de MIMETIC tombe pendant mes heures de travail. Du coup, direction le Dôme, la scène sous chapiteau dédiée aux concerts du thème annuel. En 2014, ce sont les Andes qui sont à l’honneur, donc en plus des nombreux stands culinaires et artisanaux installés pour l’occasion, tous les artistes passant sur cette scène viennent de pays sud-américains. Aux alentours de 22h15, c’est le duo argentin FRIKSTAILERS qui vient fouler les planches du Dôme avec une musique électronique foutraque et colorée. Coiffés de perruques fluo - bleue pour l’un et rouge pour l’autre - et de lunettes hypertrophiées, les p’tits gars de Buenos Aires mettent l’ambiance avec leur cocktail chaleureux d’Electro, de Cumbia et de Dancehall. Vocalises passées au vocodeur, affrontement aux pistolets lasers, tout est prétexte pour faire dandiner le spectateur aux sons des rythmes caliente, et ça fonctionne plutôt bien !

 

Jeudi 24 juillet

Aujourd’hui, seulement deux concerts viendront me titiller la rétine et les esgourdes. Pour la tranche horaire de 18 heures à 21 heures, ce sera le roi du Slam français GRAND CORPS MALADE. Inutile de rester dans la fosse pour ce genre de prestation, autant aller s’asseoir au bar des bénévoles situé en face de la scène de l’Arche. C’est donc assis, fourbu et somnolant que j’observe le set du poète moderne à la canne et, sans une introduction, celui-ci lance ses déclamations malignes de sa voix rauque reconnaissable. Au final je serai assez partagé sur le show du bonhomme, car oui, si en aucun cas je ne remets en cause la qualité haut de gamme de sa plume ni même la maîtrise instrumentale des musiciens qui l’accompagnent, il faut bien avouer que les compositions mélancoliques, couplées au débit monocorde et monotone du chanteur, suscitent un rapide ennui. Heureusement, plusieurs chansons se font beaucoup plus Rock ou punchy, et là, le chant profond de GRAND CORPS MALADE montre sa véritable puissance en live et s’accorde au mieux avec les parties musicales de ses camarades de scène. La mélancolie passe beaucoup moins l’épreuve du live, c’était joué d’avance…

Je laisse donc ELTON JOHN et LA RUE KETANOU s’accaparer respectivement la Grande Scène et les Arches pour aller contrôler les contremarques à l’entrée. De même, après le turbin, j’attendrai sagement les 1h30, masque à gaz au cou, pour me terrer sous la Club Tent et venir dépenser des calories au cours du Dj set de KENHOBIZ feat. MC Stone. « Adepte d’une Drum&Bass aussi sinueuse qu’anguleuse… » mentionnait le programme officiel à propos du DJ genevois, il ne m’en fallait pas plus pour aller mettre le nez sous le chapiteau et mouliner des bras dans une ambiance de transe spatiale. Grand bien m’en a pris puisque le Suisse a proposé un set qui tape exactement dans la D&B que j’écoute depuis plusieurs mois : sombre, rageuse, orbitale, celle que reflète la bande son d’une bataille intergalactique. Du coup, il était évident de tomber sur des titres de STATE OF MIND, NOISIA, PENDULUM voire BLACK SUN EMPIRE il me semble. Mais ce n’est pas tout, car pour ajouter encore plus de puissance au set, KENHOBIZ est venu accompagné de MC Stone. Avec son flow rapide et inlassable, le rappeur londonien, basé en Suisse, a prouvé une fois de plus que les boucles extraterrestres et les beats mastodonte s’entrelacent à merveille avec les attaques verbales acides du Hip-Hop ! Génialement épuisant !

 

Vendredi 25 juillet

La journée tant attendue du vendredi est enfin arrivée ! Pourquoi tant attendue ? Parce que l’addition de la légende du Big Beat anglais THE PRODIGY et des nouveaux prodiges de l’Electro français CARBON AIRWAYS promettait une sacrée soirée en forme de rouste synthétique. Seulement voilà, au départ, je ne devais voir ni l’un ni l’autre puisque mes horaires de boulot tombaient juste au mauvais moment… mais après de rudes négociations et une demi-douzaine d’heures de travail d’affilée en position debout, me voilà parti pour la Grande Scène, me faufilant à travers la foule et jouant l’équilibriste dans les chemins boueux pour ne pas glisser. C’est « Voodoo People » qui retentit lors de mon approche de la Grande Scène, rapidement suivi par les tubes « Omen » et « Poison ». Beaucoup seront déçus par la sono qui met largement (voire trop ?) les basses et la batterie en avant en dépit des boucles mélodiques, mais peu importe, une fois ancrées dans la fosse les rythmiques abrasives du quintet (en live) vous martèlent de tous les côtés pour ne plus vous lâcher. En plus des hits du dernier album Invaders Must Die (« Run With The Wolves »,  « World’s On Fire », « Invaders Must Die » ) des classiques intemporels (« Firestarter » et « Smack My Bitch Up ») et des réarrangements live de certains titres (la version Dubstep de « Thunder » beaucoup moins bonne que l’originale, ou « Spitfast » la version véloce et brutal de « Spitfire »), Liam Howlett et sa bande nous ont servi quelques nouveautés de derrière les fagots : « Jetfighter » (que j’ai loupé avec « Breathe »), « AWOL », « AWOL Beats » et « Rock Weiler » qui annoncent un album dans la lignée du précédent ! Quelques minutes s’égrainent après un « Smack My Bitch Up » furieux et l’équipée anglo-saxonne remonte sur les planches pour un « Take Me To The Hospital » dantesque et un « Their Law » final absolument monstrueux ! D’ailleurs, ma montre s’est fait la malle, heureusement j’ai pu la récupérer à temps !

Sitôt le concert terminé, direction les Arches où le duo CARBON AIRWAYS attend quelques minutes avant de balancer la sauce, le temps que la fosse se remplisse densément après le set de THE PRODIGY. C’est donc parti pour une grosse heure de matraquage électronique de haute volée, transcendée par les vocaux enjôleurs d’Éléonore et la verve urbaine d’Enguérand. À 17 et 18 ans seulement, le frère et la sœur enchaînent les concerts dans les festivals français et internationaux depuis 2010 avec un professionnalisme bluffant. Et puis, il faut surtout souligner la maturité des compositions, celles-ci ont une accroche immédiate grâce à des mélodies inspirées (le tube « Black Sun » en première ligne), des lignes vocales prenantes (« When My Eyes Get Low ») ou sauvages (« DNA Providence ») et surtout, des phases électroniques puissantes et inspirées, perfusées aux beats pesants et aux boucles carnassières. En live, imaginez bien que la moutarde prend instantanément avec une fosse de jeunes électrisés jumpant dans la bouillasse. Le seul petit bémol notable, dans la prestation du duo, c’est le manque de puissance vocale et de hargne dans les interventions d’Enguérand, mais gageons que tout cela se régulera naturellement avec l’âge !

THE PRODIGY / CARBON AIRWAYS, assurément le doublon gagnant du festival !!

 

Samedi 26 juillet

Ce samedi c’était un peu la chanson Pop contre le rap français ! D’un côté il y avait VANESSA PARADIS, JULIEN DORÉ et JAMES BLUNT, tous sur la Grande Scène, et de l’autre ODEZENNE, CASSEURS FLOWTEURS et KERY JAMES. Pour ma part, je ne verrai que le set « chaud patate » des allumés Orelsan et Gringe, bien à l’aise dans leur survet’. Deux DJs (dont DJ Pone tout de même !) et un backeur accompagnent le duo pour une plongée dans le Hip-Hop foutraque et décontracté. Les grosses productions se déversent de la sono des Arches (miam, « Stupide ¡ Stupide ¡ Stupide ¡ », « La nouvelle paire ») devant un parterre de djeunz complètement dédié à la cause CASSEURS FLOWTEURS, pendant que les deux rappeurs arpentent la scène de long en large. La fosse est bouillante à l’écoute des hits du dernier album que sont « Regarde comme il fait beau (dehors) », « Fais les back », « Change de pote » ou le délirant « La mort du disque », pendant lequel des Cds en polystyrène sont envoyés par dizaines dans le public. Il est temps de repartir au turbin, je laisse donc les CF finir de cramer les planches des Arches dans la bonne humeur !

MR OIZO était également sur ma liste de DJ set à voir impérativement, mais je ne zieuterai qu’une dizaine de minutes du show du français, juste le temps d’entendre un remix du « Harder Better Faster Stronger » des DAFT PUNK.

 

Dimanche 27 juillet

Et oui, nous sommes déjà dimanche, dernier jour du festival ! La journée passe vite et il est déjà 23 heures, le moment de jeter un coup d’œil au concert du phénomène WOODKID sur la scène des Arches. J’avoue ne jamais avoir trop accroché aux quelques bribes sonores entendues, mais il faut dire qu’en live les instrumentations, assez originales, à base de sons électro, d’instruments à cordes et de percussions prennent une toute autre ampleur. En fait, le seul inconvénient remarqué sur les derniers morceaux que j’ai pu voir, c’est WOODKID lui-même, car ses interventions vocales sont peu mises en avant et beaucoup trop courtes à mon goût… on a finalement plus l’impression qu’il fait un featuring dans un groupe instrumental qu’autre chose.

Il est 23h15, l’heure d’admirer le magnifique feu d’artifice puis d’aller devant la Grande Scène pour voir PLACEBO. Je passe sous silence la coupe de cheveux de Brian Molko pour parler de la bonne énergie dégagée par les compositions du groupe. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de bonnes grosses guitares sur certains titres, et j’en suis le premier surpris, tout comme la propension assez élevée, mais discrète, de boucles industrielles en trame de fond. J’attends impatiemment le tube « Pure Morning » qui, hélas, ne viendra pas, et je me console avec, entre autre, avec un « The Bitter End » qui met tout le monde d’accord !

Le dernier concert du festival sera pour moi JORIS DELACROIX et, j’aurai peut-être mieux  fait de m’abstenir, vu la soupe pour clubber que le jeune français nous livre. Je reste quand même quelques minutes sur les estrades en sirotant une Pina Colada avant d’attaquer ma dernière portion de travail.

 

Voilà, première expérience de festival en tant que bénévole et totale satisfaction malgré une météo capricieuse. Il ne reste plus qu’a attendre l’année prochaine pour remettre le couvert ! Mais avant, il y a le Party San Open Air à Schlotheim en Allemagne qui attend la petite troupe française de pied ferme ! 

 

Tankkore


 


 

Site officiel du festival : yeah.paleo.ch

Page officielle du festival : www.facebook.com/paleofestivalnyon


 

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Date de dernière mise à jour : 13/03/2015

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