WAGNER , ROLAND C. : La Sinsé Gravite Au 21


 

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La SF est souvent un style littéraire sérieux, trop sérieux parfois, surtout quand on en lit beaucoup. Donc quand un bouquin du genre La Sinsé Gravite Au 21 me tombe sous la main, c’est sans hésiter que je le chope en vitesse dans le rayon de mon libraire d’occaz préféré. Ce livre de ROLAND C. WAGNER, auteur disparu trop tôt (surtout vu le potentiel), est le seul vraiment humoristique; et mon deuxième contact avec une œuvre du bonhomme, la première étant Rêve De Gloire, une uchronie fort bien écrite et au style incroyable, mais passant complètement à côté de mon intérêt.

Quoi qu’il en soit, pour ce roman-ci, c’est une autre paire de manches, car quand un conducteur de vaisseau se retrouve embringué dans une aventure galactique loufoque aux côtés d’une biopuce psychédélique nommée Ganja et qu’ils doivent sauver une herbe appelée Sinsé sur Nieuw-Amsterdam, le tout sous couvert d’un space-opéra, j’avoue que pour le coup la lecture du bouquin devient impérative et se transforme même rapidement en une mission divine.
Dès les premières pages, le roman tient sa parole et le lecteur se retrouve catapulté sur une planète à l’écosystème fragile et fabriquant des biopuces.
Viper, lui, est venu payé un loyer qu’il règle avec une vieille BD de Tintin au Pays des Soviets (ne commencez pas avec vos questions sinon on ne s’en sortira pas…), mais tout ne se passe pas comme prévu et le lascar est contraint de quitter la planète comme un voleur. S’en suit tout un imbroglio, et le chauffeur devra sauver ses miches en accomplissant des missions de plus en plus risquées sur des planètes de plus en plus éloignées pour le compte de personnes qu’il n’a jamais vues. Et c’est avec ces personnages que le roman prend vie. WAGNER met un point d’honneur à nous présenter une sacrée galerie de races toutes différentes et aux attributs physiques pour le moins…étranges (mention spéciale à Daalo’m, un lapin blanc qui connaît quelques problèmes de stabilité au niveau de sa taille). Bien entendu chaque planète possède ses propres particularités, nous sommes donc dans du pur space-opéra, du classique, du bon, du qui nous fait voyager.
Mais je me permets tout de même d’émettre une petite réserve sur un certain point.
Certes, La Sinsé Gravite Au 21 nous est vendu comme une histoire loufoque et humoristique, mais au final c’est bien loin d’être le cas…
Sans dire qu’il y a tromperie sur la marchandise, le roman est loin de nous faire claquer un abdo de rire même si certaines situations prêtent à sourire. Nous sommes à des années-lumière d’un H2G2 du généralissime ADAMS par exemple. Ici l’humour nous vient des personnages bizarroïdes, mais pas vraiment de situations désopilantes bien au contraire. Une certaine gravité s’immisce au fur et à mesure que l’histoire avance (la finalité du truc repose quand même sur la destruction d’une planète et de ses habitants, excusez-moi du peu) et WAGNER fait tout de même passer un message. Le héros et sa biopuce doivent affronter le Spirit Of America, superpuissance planétaire puritaine et armée jusqu’aux dents et prête à tout pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. Inutile de vous faire un dessin pour illustrer l’État liberticide par excellence que l’auteur pointe avec son viseur. Tout n’est pas gratuit et l’humour sert de support à cette critique acerbe de cette société.

Pour conclure, mon seul regret est que le roman est beaucoup moins psyché et enfumé que ce à quoi je m’attendais au départ, MAIS il reste un roman très inspiré qui plie en moins de 300 pages une aventure menée à 100 à l’heure d’une partie à l’autre de la galaxie. L’auteur prend même la liberté de switcher les points de vue des deux héros sur un ou deux chapitres où Ganja la biopuce psychédélique (et obsédée) nous livre son rapport des événements.
La Sinsé Gravite au 21 est, malgré son image, bien plus ambitieux que ne peux le laisser suggérer sa réputation et mérite sa place aux côtés des romans français de qualité, et comme le suggère Éric Vial sur le quatrième de couverture : "Lisez ce livre, et une fois que vous l'aurez lu, faites tourner. "

 

Zoskia



Auteur : Roland C. Wagner

Editeur : Hélios / ActuSF

Année : 1991 / réédité en 2014

Page wikipédia de l’auteur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_C._Wagner

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Commentaires (2)

1. zoskia 09/08/2015

Merci pour ton mess Cookie :)

2. Cook 09/08/2015

Tes chroniques littéraires gagnent de plus en plus en qualité. C'est clair, concis et pourtant assez délayé pour se faire une idée de l’œuvre. Ce coup-ci je passe mon tour (jamais été amateur de fumette ^^).

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Date de dernière mise à jour : 10/08/2015

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