UTOPIALES 2015


 

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Autant vous le dire de suite, Utopiales 15 n’est pas un nouveau roman publié chez ActuSF, rien à voir...
Bien au contraire, ce recueil de nouvelles est publié depuis quelques années maintenant, à la suite du festival de Science Fiction du même qui se déroule à Nantes depuis 2009. Les Utopiales accueillent de nombreux noms prestigieux de la littérature de l’imaginaire comme  cette édition le prouve puisqu’étaient présents entre autres : Alain Damasio, Jean-Laurent Del Socorro, Fabien Clavel, Robert Silverberg, Jérôme Noirez, Charlotte Bousquet pour ne citer qu’eux. Ces auteurs se sont prêtés au jeu de la nouvelle inédite sur le thème du festival : la Réalité.

C’est Alain Damasio, que l’on ne présente plus, qui ouvre le bal avec un extrait très prometteur de son prochain roman/projet, Fusion. L’auteur nous livre ici de quoi déstabiliser les fans de "La Horde Du Contrevent" avec un style totalement différent. Le texte est bien ancré dans la réalité et le style est parfois cru. Bien sûr, l’auteur ne faisant rien comme les autres, le texte regorge d’originalité dans sa mise en page, car le monsieur sait faire passer ses messages autrement qu’avec un texte pur et dur. Tout ceci sent très bon pour la suite, même si le texte nous laisse sur un cliffhanger de malade. L’attente va être longue.

Immersion, d’Aliette De Bodard aborde le thème de la dépendance et de comment celle-ci arrive à nous faire oublier ce que nous avons été. Une nouvelle qui traite un sujet d’actualité et qui donne envie de mettre la technologie un peu de côté. Sans que le style soit exceptionnel, l’auteure fait passer son message dans une histoire douce et mélancolique qui tranche radicalement avec l’histoire précédente.

Maintenant place à la nouvelle la plus badass de ce recueil des Utopiales. Jérôme Noirez et son Welcome Home arrivent comme un cheveu sur la soupe et fait un gros doigt bien rock’n’roll à la bienséance avec une histoire aussi dure qu’une ligne de coke. Tout commençait pourtant tranquillement avec les deux protagonistes se rendant chez un couple de bourgeois possédant une subréalité, mais l’histoire prend un autre tournant au milieu du repas. Pourquoi tant de violence me direz-vous ? Et bien pour appuyer un propos intéressant concernant les lois dans la réalité/subréalité. Un texte nerveux et sans concessions.

Le timide Un Demi Bien Tiré de Philippe Curval vient radoucir le ton avec ses deux amis, attachants, qui aime titiller du goulot et qui se lancent un défi d’alcoolos pour mettre en pratique les paradoxes de Zénon (une petite recherche s’impose si jamais vous n’en avez jamais entendu parler). Petite nouvelle de quelques pages, un peu perdue au milieu de tous ces pavés, pourtant sympathique mais manquant d’un chouille de substance.

C’est Joël Champetier qui nous replonge dans la science-fiction de plein pied avec sa nouvelle, Dieu, un, zero, où une bande de scientifiques essaie de créer des robots peut-être trop humains pour leurs patrons, des ecclésiastiques qui désapprouvent fortement l’idée que des robots puissent devenir aussi proches de l’homme. Dans ce texte, c’est la religion et ses principes face à la science qui sont mis en relief, chose toute aussi vraie dans notre monde bien réel. Un texte qui donne à réfléchir.

Voilà maintenant LA nouvelle coup de cœur de cette anthologie des Utopiales (pour ma part en tout cas) avec Les Aventures De Rocket Boy Ne S’arrêtent Jamais. Derrière ce titre à rallonge se trouve un texte touchant de Daryl Gregory qui nous conte l’histoire de Tim et de Stevie, deux amis qui tournent un film de science-fiction, jusqu’au jour où arrive un accident. Une fois adulte, Tim revient vivre prêt de la maison de son ami où habitent encore ses parents. Tim se met en tête de récupérer les bandes afin de visionner la fin du film qu’il n’a jamais vue. Cette histoire, déchirante, a su provoquer chez moi une irrésistible envie de chialer impossible à réprimer et qui a su toucher le grand enfant que je suis. Le texte switche brillamment du passé au présent pour arriver sur les deux conclusions et enfin comprendre les faits.

C’est Le Vert Est Eternel de Jean-Laurent Del Socorro qui a la lourde tâche de succéder à Rocket Boy. Bon, l’auteur n’a rien à prouver vu le succès de son dernier roman, d’autant plus que cette nouvelle, sur fond de guerre de religion arrive à trouver aisément sa place dans ce recueil, bien que le sujet puisse étonner. Nous sommes loin des technologies et des vaisseaux spatiaux car l’auteur nous transport directement au cœur d’une compagnie qui lutte ardemment contre les Espagnols. La compagnie, les surnoms, la guerre et l’ambiance crasseuse n’eut de cesse de me faire penser à "La Compagnie Noire" d’un certains Glen Cook, déformation professionnelle sans doute. Quoi qu’il en soit, cette histoire est touchante et cruelle et ne manquera pas de vous procurer des sensations.

Retour à une nouvelle qui fendra (encore) le cœur des plus téméraires. Coyote Creek de Charlotte Bousquet aborde le thème de la maladie et des "bugs" qu’elle génère chez une vieille dame la faisant parfois vivre dans une réalité passée. Une nouvelle tout en finesse, émouvante, où l’auteure nous fait aussi partager sa passion pour les chevaux. Certainement le récit le plus "réel" de ces Utopiales qui caracole en tête avec Rocket Boy.

Autre registre avec Intelligence extra-terrestre de Stéphane Przybylski qui aborde lui le thème… des… extra-terrestres ! Première nouvelle "militaire" de ce recueil où des pilotes d’avions aperçoivent, en pleine bataille de la 39-45, une soucoupe qui les aide à abattre un vaisseau ennemi. Un texte avec des Nazis, de la guerre et des extra-terrestres, que demander de plus ? La nouvelle aurai pu être adaptée pour un vieux film de SF en noir et blanc qu’il aurait été parfait avec ce côté pulp.

C’est ensuite Laurent Queyssi et son Pont-des-Sables qui arrive pour aborder un sujet presque similaire à la nouvelle de Daryl Gregory, la mélancolie en moins. Ici, c’est l’histoire de Vincent et David, deux amis, qui veulent se mettre dans la pocher un morceau d’une météorite tombée prêt de chez eux. Seulement, de fil en aiguille, accompagné du cousin de David, la petite bande va faire une découverte pour le moins étonnante chez l’un de leur voisin. Toujours dans le registre de l’enfance, Laurent Queyssi signe une nouvelle aux rebondissements étonnants mais beaucoup plus sombre que Rocket Boy à laquelle elle fait écho, elle figure dans mon top 3 des récits de ces Utopiales.    

Nouvelle histoire militaire avec Versus de Fabien Clavel. Cette fois-ci, une équipe de gros bras va devoir affronter un milieu inhospitalier sur la lune d’une planète lointaine. L’équipe sera confrontée à une plante qui produit des effets particuliers sur son environnement et affrontera des ennemis difficiles à débusquer. Un récit purement SF qui colle parfaitement au thème de la Réalité.

Place maintenant au Monsieur. C’est Robert Silverberg, un très grand nom de la SF qui arrive pour cette anthologie avec sa nouvelle Smithers et les Fantômes du Thar. En Inde une société anglaise cherche à étendre le réseau de chemin de fer, mais pour cela, deux employés doivent partir en plein désert pour un repérage. Ceux-ci tombent sur un étrange village où le temps ne semble pas se dérouler normalement.  C’est avec une histoire au doux parfum de mysticisme et de légende que l’auteur aborde le thème de la réalité. Un récit bien écrit, fluide, une réussite pour le "papa" de ce recueil. 

Mike Carrey et sa nouvelle Visage ont la lourde tâche de clore cette anthologie chargée de petites pépites. Et c’est avec une note assez triste (mais oh combien d’actualité) que nous terminons, puisque qu’ici deux ethnies différentes vont s’affronter sur des principes qui semble normaux à leurs yeux. Une nouvelle poignante et prenante qui met en relief les différences.

Avec autant de textes, le lecteur aurait pu être en droit de penser que quelques inégalités puissent s’être glissées dans ce volume des Utopiales 15 mais à vrai dire, l’ensemble est plutôt cohérent, même s’il est certain que plusieurs nouvelles vous parlent plus que d’autres. Il est parfois difficile de retrouver aisément le thème de la Réalité, mais en cherchant bien…
Quoi qu’il en soit, les amateurs de SF trouveront forcement leur compte à un moment ou à un autre aux vues des pointures présentes. Vivement les Utopiales 2016 !

 

 

Zoskia

Mots-clés :  utopiales science-fiction livre chronique avis Acheron ActuSF


 

 Editeur : ActuSF

Année : 2015

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Date de dernière mise à jour : 22/02/2016

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