BEAUVERGER, STEPHANE : Le Déchronologue

De chronologue

 

Pute vierge ! J’avoue avoir cherché et recherché une phrase d’accroche pour cette chronique et la seule chose évidente pour moi est ce juron de flibustier… je m’en excuse. Quoi qu’il en soit, si un jour vous en arrivez à voguer sur les eaux du « Déchronologue » de STEPHAN BEAUVERGER, mieux vaut vous habituer à ce genre d’interjection, car ce langage fleuri est celui d’Henri Villon, capitaine de navire et gentilhomme des mers, qui au travers de ce roman qui fait office de journal, va nous narrer ses péripéties et sa lutte acharnée contre le temps.

Le Déchronologue est un navire étrange. À la place des boulets de bronze conventionnels, celui-ci tire du temps, des minutes et piège ainsi ses ennemies pour les vaincre. Mais avant d’arriver jusqu’à ce bateau qui sera sien, le capitán va devoir le mériter en bravant moult tempêtes temporelles et assaut de bâtiments plus imposant surgi d’un autre temps. Des geôles de Carthagène aux ports des eaux Caraïbes en passant par les cités Itzá, Henri Villon nous fait le récit de ses exploits dans un journal qui fleure bon le tafia et l’air iodé. 

Voilà ma première confrontation avec un univers qui m’est totalement étranger : la flibuste. Univers, qui de prime abord ne m’a jamais vraiment emballé. Pourtant en refermant le livre j’aurais aimé qu’il dur plus longtemps. En effet la compagnie du Capitaine Henri Villon me manque. Ce flibustier haut en couleur et à l’éloquence raffinée reste l’un de mes favoris à l’heure actuelle, et même si l’un des défauts de ce « Déchronologue » reste qu’il est presque trop centré sur lui sans vraiment développer les autres, j’aimerais le retrouver encore et encore sillonnant les mers Caraïbes. Pourtant les personnages secondaires ne manquent pas. Au cours de son aventure, le Capitaine du Chronos fait de multiples rencontres (bonnes comme mauvaises) et s’acoquine avec les pires marauds du Nouveau Monde. Mais ceux-ci paraissent bien terne comparé à Villon qui illumine ce roman et éclipse toute cette joyeuse bande. Il est de surcroît difficile de nouer, de développer des sentiments et de l’attachement pour d’autres personnages, tel que l’équipage par exemple, qui pourtant est au moins aussi important que le capitaine lui-même. Ils passent, trépassent, et se succèdent sans que finalement cela nous touche vraiment. Dommage, car des protagonistes aussi importants que Féfé de Dieppe, Arcadia, Sévère et j’en passe, auraient mérité d’être plus développés. 
En revanche, là où BEAUVERGER a sus frapper fort, c’est dans le schéma narratif et l’emploi de la première personne qui développe ce sentiment de « journal de bord » bien que certain puisse fuir avec l’utilisation du «je» récurrent.
L’auteur nous présente l’histoire de façon déchronologique (étonnant n’est-ce pas ?) pour renforcer le lien qui unit le lecteur avec l’intrigue temporelle qui est le cœur du roman. D’ailleurs je me permets de préciser à celle et ceux qui souhaiterais se plonger dans une histoire de voyage dans le temps à proprement parlé, qu’ils ne trouveront pas leur bonheur ici, car bien qu’estampillé science-fiction (terme qui est limite devenue un abus de langage pour désigner tout est n’importe quoi) « Le Déchronologue » reste un roman de l’imaginaire qui présente beaucoup d’anachronisme, ni plus ni moins.
En parlant d’imaginaire, STEPHANE BEAUVERGER sait comment stimuler le nôtre et nous faire découvrir les Caraïbes du XVIIe siècle, lorsque les Espagnoles régnaient en maîtres sur ce Nouveau Monde. Nous côtoyons ainsi les Itzá, les Targuis et leurs territoires encore sauvages. Le lecteur est parfois  transporté (quand le Chronos n’est pas en train de livrer bataille) au gré des vents sur une mer dénuée de toutes vagues nous permettant de prendre de grande bouffée d’air frais et de nous enivrer avec une bonne rasade de rhum. Véritablement un roman grisant.           

Que dire de plus à part que nous tenons là une petite pépite qui peut paraître rude pour un néophyte (bien qu’il soit possible de lire le livre dans l’ordre chronologique) mais le texte s’apprivoise facilement  après être rentré de plain-pied dans l’histoire. Cependant, bien que l’histoire soit bien ficelée, nous aurions aimé peut être un peu plus d’explication sur le pourquoi du comment des éléments temporels, car au final sans dire que le mystère plane sur certaines questions, des explications un peu plus poussées auraient été bienvenues, mais peut être l’auteur laisse-t-il au lecteur le soin de lui laisser travailler son imagination ? En tout cas STEPHANE BEAUVERGER peut être fier d’ancrer son Déchronologue aux ports de la littérature française et d’y laisser une trace indélébile pour que les forbans amateurs d’imaginaire puissent se régaler d’un tel cru ventrepute !          

 

Zoskia


 

Auteur : Stéphane Beauverger

Editeur : Folio SF

Année : 2009

Site dédié à l'auteur :
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1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (9)

1. Cook 08/03/2015

J'ai les deux mains dans les poches...

2. zoskia 07/03/2015

Ça va partir en banana....Cook je t'en supplie n'intervient pas...

3. Tankkore 07/03/2015

En plus ça gratte les étiquettes, c'est pénible !!

4. zoskia 07/03/2015

Oula oui, le débat des étiquettes est celui que je fuis le plus au monde

5. Cook 06/03/2015

Ouais c'est vrai un peu comme le post-black dans le milieu du métal. Après on rentre dans les débats des étiquettes qui au final n'apporte pas grand chose.

6. zoskia 04/03/2015

Merci à tous ! Cook je te rejoint concernant la fantasy qui est maintenant un genre à part entière mais n’empêche que j'ai toujours cette impression qu'a partir du moment où quelque chose sort un peu de l'ordinaire dans un livre (ou un film), c'est considéré comme de la SF. C'est devenu une sorte de 'fourre- tout' bête et méchant.

7. Vikus 28/02/2015

Jolie mise en bouche, ça donne envie !

8. Tankkore 28/02/2015

Excellente chronique qui donne fortement envie de voguer à bord du Chronos !!!

9. Cook 28/02/2015

Superbe chronique pour un excellent bouquin.

La confusion qui s'installe souvent avec le genre "SF" vient souvent du nom de la collection "Folio SF" qui regroupe en fait toute la littérature de l'imaginaire, appellation plus tardive. Avant la fantasy (quelque soit sa forme) était parfois considérée comme de la SF par exemple.

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Date de dernière mise à jour : 11/03/2015

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