LIGNY, JEAN-MARC : Inner City


 

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Bienvenue dans "Inner City", cette ville, ce Paris vide de toute populace, qui a troqué son existence physique contre une autre vie en Haute-Réalité beaucoup plus palpitante.
Cybersex, wargames et autres programmes sont devenus la normalité et plongent une grande partie de ses utilisateurs dans une dépendance virtuelle ravageuse.
La faune cybernétique comprend aussi son lot de hackers dont Maze fait partie. Chasseur d’images au passé flou, son but est de pirater les programmes pour envoyer aux "Inner" des séquences violentes du monde réel qu’il insert dans les jeux.   
De son côté, Kris travaille pour le compte d’une société qui gère les bugs et récupère les utilisateurs en perdition bloqués dans les tréfonds des programmes de MAYA, jusqu’au jour où un tueur virtuel fait son apparition.
Frappant au hasard, ce serial-killer fait sombrer les utilisateurs dans une léthargie mortelle. Kris va débuter une traque qui l’amènera dans les tréfonds du monde virtuel qu’elle connait si bien.

Loin des écrits confus et souvent incompréhensibles qui ont fait la renommée du cyberpunk, Jean-Marc Ligny a su fluidifier son texte en nous évitant tous les détails technico-cybernétiques (souvent inutiles soyons franc) pour une immersion plus facile dans cette histoire au goût de thriller futuriste.
Bien que le style ne soit pas révolutionnaire, il a le mérite de distiller l’histoire de façon à tenir le lecteur en haleine et de proposer des personnages travaillés.
D’ailleurs, parlons-en, des personnages.
En dehors des deux héros, l’auteur nous livre toute une galerie de protagonistes hauts en couleur, notamment pour le tandem Alice/Betsy qui apporte un peu de gaité et une certaine fraicheur dans ce monde sombre et froid qu’est devenue la Basse-Réalité.
Viennent ensuite les employés de Mens Sana.
Kriss que l’on apprend vite à connaitre puisqu’elle ouvre le roman et qu’elle en est l’héroïne, Max l’Intelligence Artificiel capable de prendre la forme qui lui chante et Deckard, stéréotype du patron tête à claque et insensible.
Puis il y a l’impitoyable et emblématique Grande Zora, qui règne sur Slum City, cette ville violente et pauvre où se situe une partie de l’action du livre. Ce personnage a la particularité (en plus d’avoir la figure mutilée) de parler un patois étrange qui mélange l’anglais et le français, voyez le tableau.  

Les lieux que l’auteur nous fait visiter, sont eux aussi nombreux, surtout au niveau des mondes virtuels.
Du vaste paysage enneigé à l’orgie regroupant une faune pour le moins étrange, Jean-Marc Ligny fait preuve d’une imagination débordante quand il s’agit de planter le décor où évoluent ses personnages en Haute-Réalité. Les possibilités sont nombreuses et il ne se prive pas de les mettre à l’épreuve dans différents contextes et nous montre au passage ce que pourrait bien devenir un jour la véritable réalité virtuelle.
Concernant la Low-R, l’action se situe surtout dans un Paris intramuros vide de toute âme puisque la plupart des habitants se trouvent connectés et dans Slum City, déjà évoquée plus haut, qui abrite des habitants violents et interdits de passage dans Paris. 

Dans l’ensemble, "Inner City" réussit à plaire bien qu’il ne soit pas exempt de tout reproche.
Même si les personnages sont réussis, il arrive que parfois l’action soit un petit peu expédiée, c’est le cas par exemple avec la fin de l’histoire qui arrive et se termine d’une manière assez soudaine.
Idem en ce qui concerne la structure du récit. L’auteur switche, au début, d’un personnage à l’autre pour qu’au milieu du livre, forcément, ils se rencontrent. Ceci n’est pas vraiment un reproche, simplement ce procédé est beaucoup utilisé et ne surprend plus tellement le lecteur, bien qu’il permette à l’auteur de proposer des points de vue différents sur les événements.
Ces points noirs ne gâchent en aucun cas le plaisir de ce "Inner City" qui plaira aux personnes frustrées de n’avoir rien pigé au "Neuromancien" de Gibson. Mais comme celui de l’auteur susnommé ce roman peut être pris comme une mise en garde face au net qui en était encore à ses balbutiements ("Inner City" a été écrit en 96, une époque où les 56k avec leurs bruits insupportables mettaient encore 5 minutes pour afficher une page), et force est de constater que les problèmes évoqués dans ce livre sont tout à fait présents sur la toile actuellement.  

En conclusion je dirais que le message de Jean-Marc Ligny est clair, vivez le moment présent, vivez l’instant, la réalité, et si jamais vous faites l’amour, faite le dans la réalité, c’est bien mieux !

 

Zoskia

Mots-clés : chronique avis livre littérature Ligny cyberpunk acheron science-fiction hélios


 

 Auteur : Jean-Marc Ligny

Editeur : ActuSF

Année : 2016

Site officiel de l'auteur : http://www.noosfere.org/heberg/ligny
 

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Commentaires (4)

1. Tankkore 11/03/2016

L'idée de base me fait un peu penser à l'animé "Avalon" dans le genre réalité virtuelle addictive. Ça me plaît bien en tout cas, bonne chro !

2. Cook 11/03/2016

Je dois t'avouer que ça me tente bien ^^

3. zoskia 09/03/2016

En effet c'est beaucoup moins poussé dans Inner City, faut dire que Neuromancien est une bible qui a apportée un nombre incalculable de codes à ce genre, les deux ne sont pas vraiment comparable. Inner City est moins poussé au niveau de la réflexion et se concentre d'avantage sur l'action et les personnages, et même s'il donne une sensation d'inachevé il reste beaucoup plus digeste.Tu me donnera ton avis si un jour il te passe entre les pattes :)

4. Cook 08/03/2016

Gibson pose bien plus de questions par rapport à notre relation à la technologie, et par là, celle que l'on entretien avec "autrui" qu'il soit réel ou virtuel. Mais surtout il s'est interrogé sur la place de la science-fiction à une époque où la fiction rattrape parfois le réel ou inversement. Ce n'est pas un cours de philo non plus, mais l’œuvre de Gibson est très riche, trop peut être du point de vu charabia "technico-cybrnétique".
D'après ce que tu dis la réflexion me paraît moins poussée dans Inner City. Après si le livre est bon, pas besoin d'en faire des caisses.

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Date de dernière mise à jour : 11/04/2016

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