DUNYACH, JEAN-CLAUDE : Étoiles Mortes


 

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J'avoue qu'il est rare qu'une chronique me fasse appréhender sa rédaction. C'est pourtant le cas avec ce Étoiles Mortes de Jean-Claude Dunyach. Cette peur de passer à côté de l'essentiel du message qu'essaie de faire passer l'auteur me vrille le bide. Pourtant, sur le papier, l'histoire n'est pas franchement complexe.
Closter voyage de ville en ville (des AnimauxVilles à vrai dire) pour le compte de Montéori, un artiste renommé sur Terre. Le but de ses voyages n'est pas très clair pour lui, toujours est-il que lui, a du mal à trouver l'inspiration pour créer, jusqu'au jour où il rencontre Marika, une Astrale qui a perdu son corps.
Voilà une synthèse des 245 pages de Étoiles Mortes. Seulement, dans ce nombre réduit de pages, l'auteur nous livre une histoire assez complexe dans sa symbolique pour celui qui n'a pas l'habitude de lire le double sens des textes et de déchiffrer les métaphores.
Quoi qu'il en soit, Étoiles Mortes reste et restera un incontournable de la science-fiction française et cette réédition des éditions Mnémo n'est pas volée. Je précise au passage que cette édition comprend en plus, Voleur de Silence dont nous parlerons plus bas.

Pour commencer, parlons des AnimauxVilles, le point central du roman et personnage à part entière de Étoiles Mortes. Ces villes de chair sont aux nombres de vingt-sept et il est possible de se téléporter de l'une à l'autre à condition de payer le prix imposé par le Cartel (et qui est extrêmement élevé). Bien sûr, chaque ville se trouve dans un endroit différent de la galaxie et quelques-unes bénéficient d'un climat différent. Seulement voilà. L'humain de notre Terre ne peut pas coloniser les villes afin de ne pas souiller celle-ci, comme il l'a fait sur sa planète actuelle (d’où le prix élevé du transfert).
Quand je parlais de métaphores, ces AnimauxVilles en sont une parfaite illustration. Closter entretient au fur et à mesure du récit, une relation particulière avec les villes. Il apprend à les connaître et à communiquer avec elles, un peu comme nous finalement.
Depuis la lecture du roman, je ne peux m’empêcher de penser, quand je déambule dans les rues de Lyon, que celle-ci est un peu vivante à sa manière. Toute cette vie qui grouille à sa surface, cette énergie qui s'en dégage, elle n'est rien d'autre qu'un clone des AnimauxVilles, elle vit aussi, sauf que l'auteur a doté les siennes d'une conscience et d'une peau.
L'autre sujet important dans Étoiles Mortes est l'art, et ses sources d'inspiration. Les deux personnages (un corps et un "esprit") se complètent pour aboutir sur la compréhension du problème de Closter qui oubliait ses œuvres à chaque saut, et qui était constamment en manque d'inspiration.
Là aussi, le message est clair. Faut-il que le corps et l'esprit soient en osmose pour créer ? Les passages où Marika entre dans le corps de Closter sont d'ailleurs assez explicites. Difficile de répondre et de trouver un sens précis dans mon cas, moi qui n'ai aucune sensibilité pour l'art (il est question ici d’œuvre d'art à proprement parler). Même si le sujet ne me parle pas des masses, il faut avouer que la réflexion est bien amenée et que l'amour de l'auteur pour ce sujet transpire à travers le roman.
L'histoire, elle aussi, est fichtrement bien amenée. Le lecteur commence dans un flou total. Les voyages, les villes et les fonctionnements de tout ce monde se distillent discrètement de page en page. Dunyach est à la limite de nous livrer un film à grand succès hollywoodien tant il maintient le suspens jusqu'à la fin d'une manière habile. La tension monte crescendo et nous permet de ne rien voir venir du final assez bluffant. Inutile de préciser que les personnages sont travaillés et qu'il ne s'agit pas de stéréotypes grossiers courant après leur mémoire ou leurs corps.
Il est assez compliqué de réellement faire le tour du roman et de le décortiquer en une chronique qui ne ferait pas huit pages. Disons que le système de caste revient relativement souvent sur le tapis, la mémoire est un des autres sujets abordés et cette relation constante à la chair est omniprésente. Le trio corps/esprit/chair forme les courbes délicates de ce Étoiles Mortes étonnant d'originalité, de délicatesse et de poésie.

Le Voleur De Silence quant à lui joue dans une autre catégorie, complètement différente de son grand frère. Ce roman présente la particularité de mettre en abîme... un recueil de nouvelles. Oui, des nouvelles dans un roman ! Quand je vous dis que Jean-Claude Dunyach est doué. Ce huit clos se passe dans un musée et ne présente pas d'autre protagoniste que Closter et Vorst pour un jeu de dialogue concernant l'art. Les nouvelles, quant à elles, peuvent varier de la pure hard SF (Le Cœur de la Perle) à la nouvelle poétique (Figures Imposées). L'auteur continue de nous dévoiler ses talents de conteur même si l’intérêt de Voleur De Silence est différent de Étoiles Mortes. Les enjeux et le rythme sont à l’opposé, du coup, il est difficile d'enchaîner sur ce dernier où l'action est inexistante. 
En revanche, le côté poétique de l'auteur prend tout son sens ici, car même si Étoile Mortes est écrit d'une plume habile, il met en avant un côté plus nerveux de l'écriture de Dunyach dû au rythme de l'aventure. Ce recueil, lui, est beaucoup plus posé, plus calme et donne lieu à plus de moments de réflexion dont le point central est constitué par les rêves. Closter va tenter de déjouer l’attentat de Vorst en le faisant pénétrer dans des Onyrines, des œuvres qu'il a créées et qui ont la faculté de provoquer des rêves à celui qui rentre à l’intérieur.

Si le roman de SF française devait avoir un chef de file, ce serait sans doute Étoiles Mortes. Tout y est, la réflexion, le talent d'écriture, l'originalité du sujet traité, la richesse du monde proposé, bref, le livre que tout fan de SF devrait avoir lu. Je pense n'avoir pas traité le quart de ce qui constitue le roman et je m'en excuse par avance, mais il tellement fastidieux d'aller au fond des choses que je dirais (de mauvaise foi) que c'est pour ne pas vous gâcher le plaisir.
Je terminerais avec un petit détail, tout petit, tout noir, qui ronronne et qui se nomme Ombre. Ce petit chat, compagnon de Closter dans Étoiles Mortes est une véritable valeur ajoutée pour tous les amoureux des boules de poils qui souriront à chaque intervention du félin.
Pour conclure, s’il y avait une section "coup de cœur" sur Acheron, Étoiles Mortes y trouverait sa place sans problème. De plus, la présente édition est un objet magnifique avec sa couverture cartonnée, limite psychédélique. Je peux vous assurer qu'il rend parfaitement bien dans une bibliothèque, vu que Noël approche, je dis ça, je ne dis rien. À bon entendeur...

 


Zoskia


 

 Auteur : Jean-Claude Dunyach

Editeur : MNÉMOS

Année : 2015

Site de l’auteur : http://jean-claude.dunyach.pagesperso-orange.fr/accueil.html

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Date de dernière mise à jour : 05/12/2015

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