DOZOIS, GARDNER : L'étrangère


 

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S’il a quelque chose dont je ne me cache pas, c’est mon extrême sensibilité aux choses de l’amour. Malgré mon apparente attirance en ce qui concerne la mort et la destruction en matière de musique et de lecture, votre serviteur est un grand sensible.
Imaginez donc mon état en ouvrant la boîte aux lettres. J’enlace tendrement le livre, le cajole tout en sautillant sur place et je lui dis que tout ira bien, que rien ne pourra nous séparer, qu’il ne faut pas avoir peur (vous constaterez que le manque d’interactions sociales à fait de moi un psychopathe).
Quoi qu’il en soit, c’est après avoir séché mes larmes (de joie) et après avoir enfilé mon plus beau peignoir en soie de Chine que l’on s’installe lui et moi, sur le canapé.
Les bougies parfumées tamisent la pièce, l’olive fait trempette dans le Martini (ce n’est pas une métaphore) et pour le coup, c’est avec des fleurs dans les yeux et une boîte de chocolat à mes côtés que j’attaque "L’étrangère" de Gardner Dozois, en espérant rire, pleurer et peut être même en faire mon nouveau livre de chevet, pourquoi pas ?

Mais malheureusement pour moi, "L’étrangère" n’est pas vraiment la love story annoncé.
Si l’amour est au centre du roman et qu’il lie les deux personnages principaux, leur relation est relayée au second plan pour laisser la place à une présentation détaillée de la planète des Cians.
En effet l’auteur nous brosse un portrait des us et coutumes des habitants, de leur histoire, leur croyance et de leur évolution. Finalement c’est ces traditions et l’incompréhension qui sépare ces deux races qui donnent tout le ressort à l’histoire. Une communication différente, qui s’avérera fatale. L’auteur arrive à créer un intérêt pour ce peuple si secret, aux coutumes parfois primitives, mais qui est aux antipodes de cette image. Le peuple Cian est bien en avance sur la technologie et la génétique qu’ils maîtrisent parfaitement, mais qui n’influe en rien sur leur mode de vie, au contraire des humains qui se servent de la technologie pour avancer.
Au passage, Dozois en profite pour mettre un petit taquet à l’espèce humaine, qui au finale se trouve reléguée au rang de civilisation arriérée incapable de quitter sa planète. Dans "L’étrangère", les hommes arrivent à voyager dans l’espace grâce aux extra-terrestres venues les chercher en leur offrant les clefs nécessaires pour les voyages interstellaires.  

Bien que l’histoire d’amour n’occupe pas la place quelle prétend avoir sur la quatrième de couverture, elle fait cependant place à quelque chose de beaucoup plus intéressant. L’auteur nous fait voyager avec sa plume poétique et très imagée. Les descriptions sont d’une beauté rare et Dozois possède un don pour les atmosphères éthérées. Les fêtes flamboient de couleurs, d’odeurs, les costumes sont magnifiques et les mélodies à la limite d’être entendus par le lecteur.
C’est d’ailleurs cette plume agile et fragile qui viendra compenser le manque cruel de dialogues qui donne au roman un côté compact et monolithique. Ce bémol pourra demander un petit effort de la part du lecteur non averti, mais rien d’insurmontable vu la qualité de l’écriture.
Les personnages, eux, ne sont pas vraiment nombreux. Farber est au centre du roman et Liraun est passablement effacée par rapport à lui, bien que son importance soit majeure, la faute au caractère très secret des Cians. Du coup, il est vraiment difficile de ressentir de l’empathie pour ce personnage avec qui on ne partage rien et qui, en plus de ça, parle beaucoup avec des images incompréhensibles la plupart du temps. D’autre protagoniste, moins important quelle, parlent beaucoup plus et se dévoilent, ce qui donne une certaine inégalité au final. 

C’est avec un roman bien trop méconnu, mais qui a tous les critères du classique par excellence qu’ActuSF nous offre cette réédition. Il ne faut pas oublier que malgré son élégante couverture toute neuve, "L’étrangère" date de 1978 et qu’il possède cette classe des vieux romans SF.
Car dans la science-fiction, nous y sommes jusqu’au cou. Voyage spatial, civilisation avancée, modification génétique et tout le toutime, constitue ce roman au caractère fort et marqué.
Mais ce n’est pas aujourd’hui que "L’étrangère" deviendra LA référence en matière d’amants maudits. Il constitue un très bon roman de science-fiction qui offre une réflexion sur la différence, mais cela s’arrête là.
De mon côté je referme le livre, un brin contrarié, mais finalement heureux de ma lecture.  
              

 

Zoskia

Mots-clés : chronique avis livre littérature science fiction actusf gardner dozois


 

 Auteur : Gardner Dozois

Editeur : ActuSF

Année : 2016

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Date de dernière mise à jour : 22/06/2016

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