DANTEC, MAURICE G. : Les Racines Du Mal


 

les racines du mal

 

Jusqu’à présent le choix de mes lectures s’était révélé être fructueux, mais il y a une première fois à tout et on ne peut pas faire mouche à chaque fois, et puis, après tout, c’est un peu le but du jeu non ? Se lancer, tenter, y aller au feeling, surtout que mon changement de registre littéraire pour tester les polars c’est jusque-là bien passé. Je ne parle pas ici d’un échec cuisant, surtout vu le bonhomme, auteur majeur dans le polar mâtiné de science-fiction en France, DANTEC n’est pas le premier trou du cul sorti de je ne sais où, au contraire, il récidive avec Les Racines du Mal qui succède à son premier roman La Sirène Rouge récompensé du Trophée 813.
Cependant, je n’ai pas de point de comparaison, mais vu le pavé que représente Les Racines du Mal, et vu le travail de documentation fourni, je dirai que le roman souffre d’une structure étrange et de grosses longueurs, sinon, pour le reste, rien à dire.
Alors pouvons-nous parler d’une première chronique négative sur Acheron ? Possible, mais qu’à moitié à vrai dire.

Les Racines du Mal

Pour présenter le livre je vais dans un premier temps vous faire un vulgaire copier/coller du quatrième de couverture, je développerais le reste par la suite : « Andreas Schaltmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.
Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut. Cela faisait longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitants de vega s'étaient installés dans ses quartiers. Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle. »    


Alléchant n’est-il pas ? Je dois bien avouer que c’est ce qui m’a poussé vers ce livre, et à la lecture des premières pages le contenu est à la hauteur. Andréas est un tueur en série complètement halluciné pris de crise de schizophrénies aiguë et la plongée dans son univers macabre est tout de suite immersive, DANTEC nous fait pénétrer dans son esprit afin de comprendre ce que voit Andréas. L'auteur revisite avec ce tueur le mythe du vampire à sa sauce et nous fait revivre les événements traumatisants qui l'ont poussé à devenir ce qu'il est. Nous sommes avec lui, nous pensons avec lui, et, malgré des meurtres parfois à la limite de soutenable, la proximité avec le tueur crée en nous une véritable dépendance et nous pousse à connaître la suite des événements, dévorant d’un coup les cent cinquante premières pages, car passé ce cap, le roman prend une tournure qui n’était pas franchement au menu.

La deuxième partie du livre s’ouvre sur une équipe de scientifiques, composée de trois personnages, Arthur (le véritable héros du livre), Svetlanna et le Professeur Gombrowicz. Tous les trois touchent de très près les sciences cognitives, et vont être amenés à travailler sur le cas Andréas Schaltman afin de comprendre ce qu’il s’est vraiment passé et de reconstituer son épopée sanglante. Seulement à partir de ce moment-là, DANTEC immerge le lecteur dans un monde de science fait de théorie qui tournent parfois à l’essai et l’auteur va même jusqu’aux réflexions philosophiques qui se décroche totalement de la première partie du livre. J’avoue m’être fait violence pour tenir le coup et ce fut dur de tourner les pages au milieu de toute cette branlette cérébrale qui s’annonçait au départ comme un putain de bouquin sur un Serial killer. Malgré tout, l’auteur tient toujours le cap sur le thème central du livre, le Mal. L’évolution de la neuromatrice qu’utilise Arthur et l’enquête qu’ils mènent ensemble nous incite quand même à tenir ce douloureux moment, car même s’il change totalement de tableau dans cette deuxième partie, MAURICE DANTEC reste un écrivain hors pair et le plaisir de le lire et de suivre l’avancée de l’enquête arrive à nous amener à la troisième partie du livre (enfin pour les lecteurs assidus).

À partir d’ici le livre prend (encore) une autre tournure. Arthur et son assistant virtuel arrivent à trouver une anomalie dans le mode opératoire de Schaltman et l’équipe en vient à se demandé s’il ne passe pas à côté  de quelque chose de plus gros qu’un simple gars dérangé qui trucide les gens. Cette fois-ci, fini les grandes envolés philosophiques, DANTEC retourne sur un style plus romancé et fait avancer l’histoire avec le retour de détailles sordides et de meurtre plus atroce les uns que les autres. De nouveau le plaisir de lire se fait sentir et le sentiment d’avoir perdu son temps et d’avoir été trompé par un quatrième de couverture vendeur s’estompe au fur et à mesure que la fin du livre approche. Le dénouement final est, bien sûr, une surprise totale, le lecteur ayant déjà été dérouté plus d’une fois et amené sur plusieurs terrains.

Une déception sans en être une au final, car les parties du livre où l'action se déroule à tambour battant est simplement jouissive (pour peu qu'on n'arrive à se retenir de vomir face à certaines scènes), DANTEC arrive à nous faire assumer notre part de curiosité malsaine et nous pousse à rester accroché au livre même pendant les longueurs rien que pour savoir s'il reviendra ou non au style de la première partie. Pour ceux qui aimeraient savoir, la réponse est non, mais...
Le Monsieur c'est tout de même fendu d'un roman assez poussé avec derrière un réel travail de documentation concernant beaucoup de sujets différents, et malgré toute cette pagaille DANTEC arrive à relier tous ces points pour les faire converger vers un seul sujet, le Mal et tout ce qu'il implique.

Les Racines du Mal restera (je pense) un livre important dans la littérature policière Française, un roman OVNI qui continuera sans doute à dérouter pas mal de monde, mais qui possède, quoi qu'il en soit, un charme certain.

 

Zoskia


 

Auteur : Maurice G. Dantec

Collection : Folio Policier

Année : 1995

Site officiel de l'auteur : www.mauricegdantec.com

Page officielle de l'auteur : www.facebook.com/transfixion.mgd

Decitreredim


 

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Commentaires (5)

1. zoskia 30/01/2014

Merci les copains! Et vu que je suis un peu SM sur les bords mon prochain bouquin sera son premier livre La Sirène Rouge, chronique à suivre.

2. Cook 28/01/2014

Effectivement vu comme ça Werber est un mauvais exemple, ça reste que ses bouquins sont une horreur à lire (pourtant les idées sur la quatrième de couverture me motive à chaque fois pour y jeter un oeil...). Bref, bonne chro en tout cas, t'as le truc pour faire ressortir les aspérités du livre sans trop en dire.

3. Tankkore 28/01/2014

Encore une chro qui tue ! Et pour une fois, un peu d'amertume littéraire ne fait pas de mal !!

4. zoskia 28/01/2014

Et encore je trouve que Werber c'est un mauvais exemple dans le sens ou lui a construit son style autour de ce coté scientifique qu'il "vulgarise" pour le rendre accessible à tous.Quand tu lis du Werber tu sais à quoi t'attendre, c'est son truc et tout ces livres sont écrits de la même manière! Sinon je suis tout à fait d'accord avec toi, quand j'ai envie de lire un polar c'est pas pour me prendre la tête (je lirais du Nietzsche autrement) mais pour passer un bon moment à transpirer à grosses goutes...

5. Cook 28/01/2014

C'est marrant mais la critique que tu fais sur ce bouquin j'ai tendance à l'étendre sur tout ce qui touche le polar ou aux livres d'enquêtes moins sombres (je pense à Bernard Weber). Les auteurs oublient souvent qu'ils écrivent un roman, donc de la fiction, et que les détails scientifiques/philosophiques n'ont d'intérêt que s'ils sont distillés au cours du l'oeuvre ou savamment mise en scène (cf, même si je vais me répéter, Alain Damasio !).

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Date de dernière mise à jour : 16/03/2015

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