THILLIEZ, FRANCK : L'Anneau de Moebius


 

anneau de moebius

 


Il paraît que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis… comprenez donc que c’était mon cas jusqu’à ce qu’on me conseille chaudement un roman de Franck Thilliez (Steve, je te remercie au passage). Après quelques recherches sur le net, les critiques sont unanimes, Mr Thilliez est en France, le roi du thriller costaud et haletant, et passer à côté de tels romans serait une aberration pour une personne aimant transpirer à grosses gouttes devant un livre. Mais le bonhomme est productif et a déjà une tripotée de bouquins à son actif, rebelote donc (google est mon ami), un titre se détache du lot avec une histoire qui m’attire particulièrement, L’Anneau de Moebius. Selon les critiques, une bonne enquête policière flirtant légèrement avec un petit côté fantastique, voilà qui pourrait être un tremplin tout en douceur pour goûter à autre chose qu’à mes lectures habituelles, à savoir l’horreur et fantastique.
Mais à l’horreur j’allais tout de même goûter. Car les situations mises en scène par Thilliez sont parfois insoutenables pour qui n’en a pas l’habitude. Des meurtres sauvages, des personnages estropiés, et beaucoup d’horreur morale, mais avant de continuer, permettez-moi de présenter un peu l’histoire.

Vic est nouveau dans la police. Ses examens qui se sont révélés être catastrophiques en combat, mais brillants en psycho, lui ont permis d’intégrer une équipe qui voit d’un mauvais œil le fait que celui-ci soit le fils d’un flic connu qui l’aurait pistonné. Dès son arrivée, Vic comprend que ses collègues ne l’accepteront pas facilement s’il ne tire pas son épingle du jeu sur une enquête de meurtre particulièrement sordide.
Une femme est retrouvée chez elle, atrocement mutilée, aucun indice pouvant mener au tueur, des signes incompréhensibles sont laissés sur la scène du crime, bref, pas grand-chose pour débuter une enquête qui s’annonce difficile.
Vic va plonger peu à peu dans un univers glauque et verra les rapports avec sa femme, qui est enceinte, se détériorer plus rapidement qu’il ne le pensait.
En parallèle, Stéphane, créateur de monstres pour le cinéma, au passé pour le moins étrange, fait de mystérieux rêves, qui le mettent en scène dans un futur proche, mais comment interpréter ces rêves ? Faut-il en tenir compte ou ses rêves sont-ils simplement un refoulement de son cerveau ? Stephane lui, sent que ses rêves sont autant de messages qui annoncent un avenir noir, et décide donc de partir à la rencontre de son destin. Commence alors une course contre la montre le temps et les événements.

Avec L’Anneau de Moebius, Thilliez plonge ses deux personnages dans l’univers malsain fait d’abominations en tout genre, de déviances sexuelles particulièrement sordides et nous brosse un tableau de freaks atrocement réussi. 
Au cours de l’enquête, Vic va se frotter à une déviance sexuelle peu connue, l’acrotomophilie. Alors à chaud comme ça, ce mot ne vous parlera peut-être pas, mais pourtant en cherchant un peu vous découvrirez que les acrotomophiles, on comme phantasme d’avoir des relations sexuelles avec des personnes amputées.
Thilliez développera donc son histoire autour de cet univers particulier, en ajoutant à ça une liste longue comme le bras (ceci n’est pas un mauvais jeu de mots) de maladies congénitales  avec à l’appui un travail de documentation énorme et de nombreux cas cliniques qui viennent appuyer la crédibilité de l’histoire. S’en suit fatalement une certaine morale sur le regard que peuvent porter certaines personnes sur les gens victime de ce genre de maladies (quand je dis fatalement c’est que malheureusement, s’il y a une morale, c’est que les faits existent), les cas Joseph Merrick, plus connus sous le nom d’Elephan Man qui est utilisé, atteint du syndrome de Protée et qui à vécu la vie qu’on lui connaît. Malgré cette immersion dans le monde du bizarre, l’auteur à la délicatesse de ne jamais porter de jugement et se contente de faire avancer son histoire à un rythme effréné.

Car au-delà des maladies et autres paraphilies, Franck Thilliez s’intéresse au temps sous toutes ses formes, du scientifique avec le ruban du Möbius, au philosophique, notamment avec la question, « Est-on maître de son destin ? ». Vous dire si l’auteur y croit serait vous gâcher le plaisir, mais une chose est sûre, c’est que l’exercice de jouer avec le temps, que ce soit dans un film ou dans un livre s’avère être un jeu dangereux. Je peux simplement vous dire que Thilliez a su maîtriser le sujet sur le bout des doigts et qu’à première vue aucune faute technique genre anachronisme n’est venue entacher le récit. Le temps qui passe est représenté au début de chaque chapitre par un petit schéma bien utile pour pouvoir faire quelques petits retours en arrière quand besoin est, et le côté technique abordé est expliqué simplement histoire de ne pas en rajouter une couche dans un roman déjà bien technique chronologiquement, mais rassurez-vous, la précision avec lequel l’auteur aborde le côté temporel est réglée comme un coucou suisse.

Coté enquête, là aussi les éléments se mettent en place au fur et à mesure des pages, l’intrigue tient en haleine du début à la fin et il faut avouer que la dernière partie du roman est boosté à bloc, avec une montée en puissance saisissante, jusqu’au final pas franchement exceptionnel, mais quand même bien amené. Tout du long, la tension est palpable et l’enquête est, elle aussi, bien ficelée, Thilliez nous fait tourner les pages à vitesse grand V avec un texte simple et fluide, l’auteur va à l’essentiel et arrive à faire rester le lecteur pour ne plus lâcher le livre jusqu’au point final. 
Les deux héros quant à eux sont extrêmement bien travaillés, et rapidement un lien s’établit entre les personnages et le lecteur. Les deux caractères s’imposent rapidement avec d’un côté Vic, le bleu, assez terre à terre, qui tente de s’imposer parmi ses collègues, et de l’autre côté, Stéphane, le rêveur, obstiné et fragile par qui tout va commencer, mais un point commun les unira, la persévérance. De nombreux personnages secondaires viendront renforcer une gallérie déjà bien complète, avec un petit coup de cœur pour Tan, mais je ne vous en dis pas plus.

Voilà donc LE livre qui m’a fait franchir le pas pour un autre genre et je dois avouer que je ne suis pas déçu, j’ai d’ailleurs en attente ATOM[KA] qui s’annonce tout aussi bon. Thilliez reste la bonne surprise de l’année pour ma part avec un livre à l’écriture simple, mais à la trame complexe, aux personnages attachant  et parfois drôle malgré le contexte sombre où ils évoluent, L’Anneau de Moebius est en tout point une réussite notamment sur le côté technique. Je ne saurais donc que trop vous conseiller ce livre que vous connaissiez l’auteur ou non, car il serait dommage de s’en priver. En tout cas une chose est sûre, c’est qu’avec de tels auteurs et de tels livres, je peux vous assurer que l’avenir de la littérature Française à un bel avenir devant elle.

 

Zoskia


 

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Pocket

Année : 2008

Site officiel de l'auteur : www.franckthilliez.com

Page officielle de l'auteur :
www.facebook.com/Franck.Thilliez.Officiel

Decitreredim


 

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Commentaires (3)

1. Tankkore 23/11/2013

Ça m'a l'air bien goutu comme livre !! Je te le prendrais un jour ;)

2. LordOvDeath 19/11/2013

Ta chronique du bouquin m'a donnée l'eau a la bouche, je m'y intéresserait certainement un jour !

3. Steve_Ryges (site web) 17/11/2013

J'aurais pas mieux dit!!

Thilliez a le truc pour jouer avec le malsain sans que ce soit du torture porn pour autant.

J'adore son style, notamment ses accumulations de courtes (un mot) phrases nominales, qui m'a pas mal inspiré. un truc très efficace pour des scènes d'action nerveuses.

Et ce que j'aime, chez lui aussi, c'est ses personnages, comme tu l'as dit. C'est un des rares auteurs que j'ai lu à avoir une telle vision des histoires d'amour.
Je veux dire, d'habitude, les héros trouvent toujours le GRAND Amour (et quand il y a deux héros, c'est toujours ensemble), suit alors une nuit "charnelle", où ils se découvrent, et là, chacun des deux amant ont toujours 50 orgasmes chacun. Bref, on dirait que les auteurs veulent compenser quelque chose.
Thilliez, lui, n'hésite pas à parler d'amours malsains, ou même simplement de problèmes de couples.

C'est un auteur que j'ai découvert il n'y a que deux ans, mais c'est devenu un de mes préférés (ex aequo avec Chattam).
Je l'ai découvert avec La Forêt des ombres. Moins complexe dans sa narration, mais très précis dans sa mise en place où chaque détail prend son importance par la suite. On y retrouve pas mal de thèmes présents aussi dans L'Anneau, toujours cette atmosphère glauque et cette écriture fiévreuse.

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Date de dernière mise à jour : 16/03/2015

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