KING, STEPHEN : Ça


 

ça

 

Il aura fallu attendre l’aube de mes trente ans pour qu’enfin je puisse refermer la dernière page de « Ça », l’un des plus célèbres romans d’épouvante jamais écrit. Mieux vaut tard que jamais comme on dit, mais il n’en reste pas moins que pour un amateur d’horreur et fan du King cela fait tard. Enfin…le livre est fini, les années sont passées et je ne regrette absolument pas car mon erreur aurait pu être de ne jamais le lire. Mais vu mon engouement pour les pavés (celui-ci atteint tout de même les 1500 pages) je me devais de franchir le pas pour enfin me plonger dans ce qui reste pour moi LE chef d’œuvre de Stephen King.

Synopsis

Ça voulait seulement manger, dormir, manger, dormir. Derry était son abattoir, les gens de Derry son troupeau”

1958

Le début des vacances scolaire sonne pour une bande de sept gamins de l’école primaire. Bill, Ben, Stan, Richie, Eddie, Mike et Bev, « le club des Ratés » comme ils se surnomment compte bien profiter des vacances. Mais tout ne se passera pas comme prévu, en plus d’être terrorisés par la brute de l’école, les Ratés devront au cours de l’été affronter une série d’événements étranges et terrifiants. Un Mal dont il ne soupçonne pas la puissance a élu domicile sous Derry et semble vouloir y rester quoi qu’il en coute.

1985

Vingt-sept ans plus tard.

Une série de meurtres violents s’abat de nouveau sur la ville. Sur un coup de fil de Mike le Club des Ratés est reformé, le Mal qui rongeait Derry semble refaire surface, mais cette fois ci c’est en adulte qu’il va falloir l’affronter. Tous ramenés à leur vie d’enfant, les souvenirs referont surface peu à peu, mais pourquoi n‘ont-ils aucuns souvenirs ? Vont-ils cette fois vaincre « Ça », l’entité aux multiples visages vivant dans les égouts de la ville ?

Analyse

Comment une créature de ce monde (ou de tout autre monde) pouvait-elle déjouer Ça, faire mal à Ça, aussi légèrement et brièvement que ce fût? Comment était-ce possible?

King a toujours eu ce don, cette fibre (qui peut être aussi bien considérée comme un atout que comme un défaut) de mettre énormément de mots sur les choses et d’avoir un souci du détail particulièrement pointu. Cela ne s’est jamais aussi bien vérifié que dans « Ça ». Loin de nous proposer une lecture compliquée, l’auteur s’attèle à un travail minutieux, celui de décrire les sentiments ressentis par une bande de gamins de onze ans qui devront affronter leurs peurs et leurs angoisses, aussi bien que la découverte de la véritable amitié et de l’amour. L’identification aux personnages est aisée et nous nous trouverons même beaucoup de point commun avec les héros du livre, en effet, qui ne s’est jamais fait molesté par la brute de sa classe ?  Qui n’a jamais eu la peur au ventre dans le noir ? De plus les ressemblances physiques avec les héros peuvent être troublantes, entre le bigleux, le gros, la fille, le courageux, chaque personne pourra s’identifier à au moins un gamin.

King arrive presque à nous faire regretter de grandir (c’est le grand gamin de 30 ans qui vous le dit) et la peur « d’oublier » ne s’est jamais faite aussi grande. Quoi qu’il en soit l’auteur nous fait comprendre qu’au fond de nous il y a toujours un « Bigleux » (pour ma part) qui sommeille et que celui-ci ne demande qu’à se réveiller.

En année ordinaire, Derry est déjà une ville violente. Mais tous les vingt-sept ans, même si le cycle est en réalité un peu approximatif, cette violence atteint des sommets de fureur”

Dans ce roman Stephen King arrive à nous peindre le tableau de la petite ville Derry à la fin de années cinquante, ville située dans son Maine adoré où chaque individu vie sa vie, sans histoire, du moins jusqu’à que le cycle de la Chose ne reprenne. L’auteur met l’accent sur la petite vie typique de l’Américain moyen et dénonce en autres les dérives racistes et homophobes particulièrement virulentes de ces années-là, et comme d’habitude avec Stephen King l’horreur ne s’arrête pas seulement à un monstre sanguinaire qui dévore les enfants à belles dents et peut aussi bien prendre le visage d’un humain (la brute épaisse dans le roman)  qui deviendra une source d’angoisse supplémentaire.

Les situations sont quand a elle particulièrement brutales et atroces. Que ce soit dans les scènes d’horreur où les scènes de sexe, chaque mot est intelligemment pesé et il m’est arrivé de me demander en parcourant certains forums dédié à Stephen King comment est-ce que l’on pouvait conseiller ce livre à des enfants de onze ou douze ans. La réalité des faits sont certes vrai pour beaucoup de choses, notamment la violence de la relation père/fille de Bev, le racisme à l’encontre de Mike et la perte d’un être chère avec les Denbourgh, il n’en reste pas moins que certains propos et situations amenées par King peuvent être choquantes et je comprends mieux pourquoi « Ça » a littéralement empêché toute une génération de dormir.

L’approche technique concernant l’écriture est basée sur énormément de flashback alternant des passages de 1958/1985 qui se font de plus en plus fréquent au fur et à mesure du récit, ces flashback dynamisent la lecture et nous font suivre les aventures des Ratés avec aisance malgré les changements d’époques récurrents. Bien sûr, tous les codes de l’horreur sont là, et il n’y a pas une page qui ne fasse pas transpirer à grosses gouttes. A noter que c’est peut-être un des seuls romans du King où l’action commence dès les premières pages, chose tout à fait exceptionnelle mais la joie sera de courte durée car comme dans tout bon Stephen King de grands passages descriptifs prendront le relais et il faudra tout de même passer une sorte de présentation des personnages d’environ deux cent pages pour voir le reste du récit réellement décoller.

Comment parler du livre sans parler du  film « Il » est revenu (qui a lui aussi traumatisé toute une génération), il reste certes un très bon film mais une adaptation plus que passable, le film est fait simplement pour terrorisé, la subtilité contenu dans le livre s’en trouve ici amoindrie (pour ne pas dire inexistante), aucun mot sur la provenance de « Ça», et encore moins sur les relations qu’entretenait les Ratés, relations qui paraissent plates et sans intérêt dans le film.

Mythologie

“Une fois que l’on est lancé dans ce genre de merdier cosmologique, on peut foutre en l’air tous les manuels d’instruction” la Tortue

Au-delà de l’éternel thème de la lutte entre le Bien et mal, King en profite pour nous instruire un peu et nous glisser quelques références mythologiques et cosmogoniques qui serviront au Ratés pour comprendre ce qu’ils affrontent mais surtout pour savoir comment détruire cette créature. Ces références sont pour la plupart piochées dans les mythes Indo-Européens (la cérémonie de la Petite Fumée), mais aussi Tibétain (le rituel de Chüd) et Extrême-Orientaux (la Tortue). King peut avoir l’air de se perdre dans toutes ses références, mais est-ce volontaire ? Voulait-il que les Ratés explorent plusieurs horizons dans leur recherche pour vaincre le Mal ? Où est-ce une maladresse de la part de l’auteur qui s’est peut-être un peu trop étalé sur une tartine de mythes qui lui tenait à cœur?

Mais le plus étonnant reste l’approche très « Lovecraftienne » du récit notamment sur la fin du roman lors de l’affrontement finale. Le clin d’œil au Maitre est flagrant et l’auteur va même jusqu’à reprendre quelques « codes » mise en place dans le Mythe de Cthulhu et des Grands Anciens pour donner vie à sa créature.

Pour conclure « Ça » restera une référence absolue en matière d’horreur et continuera à faire cauchemarder des générations entière, une fois de plus King a su jouer avec nos sentiments en puisant dans le registre de l’enfance, mais au-delà d’un livre d’épouvante, ce livre est une ode dédiée aux âmes purs et à la naïveté enfantine  qui nous touchera forcement pour peu que notre esprit d’adulte laisse encore respirer notre âme d’enfant…

Si vous n’avez jamais connue la peur, venez, ouvrez la porte de la tanière et entrapercevez les Lumières-Mortes.

 

Zoskia


 

Auteur : Stephen King

Editeur : Le Livre de Poche

Collection : Fantastique

Année : 1986

Site officiel de l'auteur : www.stephenking.com

Club Stephen King : www.club-stephenking.fr

Decitreredim


 

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Commentaires (9)

1. Steve Ryges (site web) 05/09/2013

Merci ZoSKiA pour l'invitation, j'irai dès que possible me présenter sur le forum!

Du coup, tu m'as donné envie de lire "Salem" (dormir, c'est surfait). Je ne l'ai pas dans ma bibliothèque (j'en ai tellement de King, que je ne sais plus ce que j'ai, du coup, quand j'en vois, j'ose plus l'acheter de peur du doublon, mais maintenant que j'ai un titre précis...)

Pour "Cujo", c'est vrai que l'intrigue est très simple. Mais c'est quelque chose de récurent dans pas mal de ses œuvres, j'ai l'impression, et sur laquelle il est très doué. En fait, certains de ses pitchs de départ peuvent être résumés en une phrase. Même "Dôme" (d'ailleurs, le résumé au dos des bouquins contient 8 mots en comptant les apostrophes). Mais il développe un background et une psychologie tellement riches, qu'il peut tenir tout un roman, sans qu'aucun remplissage ne vienne se faire sentir.

J'avais même lu un article sur lui qui disait qu'un de ses ouvrages (racontant l'histoire d'une femme poursuivie par un tueur dans une maison [je ne me souviens plus du titre]) aurait dû être une simple nouvelle, mais qu'il avait tellement développé la psychologie de la victime, que ça en a fait un roman...

Sinon, je vais m'écarter un peu, mais dans le genre flippouille, Franck Thilliez se pose pas mal. J'en ai lu que deux de lui ("La Forêt des ombres" et "L'anneau de Moebius") et si le premier est déjà assez tendu, le second distille des moments d'angoisse qui m'ont bien fait battre le palpitant. En fait il y arrive avec un simple détail apparemment anodin mais dont le lecteur comprend tout ce qu'il implique... Je ne peux pas en dire plus, mais c'est vraiment bien foutu! (et en plus, l'histoire est vraiment géniale, assez complexe, et les personnage bien barrés).
Faudrait que je le relise d'ailleurs, mais si je devais faire un article, ce serait sur celui-là!

2. ZoSKiA 05/09/2013

salut p'tite Mimo,

Salem est un très bon choix. Comme Dôme, c'est une sorte de huit clos géant (à l’échelle d'une ville.....Salem...), les personnages sont nombreux, l'ambiance est sombre, et le livre recèle de scènes flippantes bref tous les éléments pour un bon bouquin. Un des rares livre qui m’ait empêché de m'endormir

3. Mimo 04/09/2013

J'avoue!!! Moi aussi!!...(et pourtant zoskia pourra plus que confirmer que la lecture c'est pas trop mon delire a moins que le sujet me captive vraiment ; et c'est rare!!!! ) Que votre petite conversation ma mise en appetit!! Je me tenterais bien le salem!!!

4. ZoSKiA 04/09/2013

Salut Steve,

Concernant Dôme je pense que tout est dit! La question soulevée est très intéressante et laisse à réfléchir, je développerais bien mais je préfèrerais qu'on en reparle une fois que tu auras terminé le livre.

De mon côté je n'ai pas lu Cujo même s'il reste une référence (comme beaucoup de livre du King), j'avoue justement que l'histoire ne m'attire pas trop et que le coup du "le livre ne raconte que l'histoire d'un chien enragé" m'a fait sourire car c'est justement pour cette raison que je ne le lis pas...mais après ton commentaire je commence à me dire "pourquoi pas"

Les chroniques de bouquins seront mon activité principal sur le site, j’espère donc qu'on trouvera un livre en commun et pourquoi pas le tien! A ce sujet n'hésite pas à aller sur le forum si tu veux te faire un peu de pub au passage, et concernant l'exercice de faire peur avec les mots je dirais que c'est une histoire de style, King développe beaucoup ses ambiances c'est comme ça qu'il arrive à terrifier, Lovecraft lui (qui reste une référence en matière d'horreur et de SF) arrive à terrifier avec peu de mot, enfin c'est des exemple parmi tan d'autres, l'important c'est d'arriver à faire passer l'émotion, le sentiment.

Au plaisir de te lire dans nos colonnes en tout cas!

5. Steve Ryges (site web) 04/09/2013

Ça fait un moment que j'ai les 2 "Ça" dans ma bibliothèque, mais je ne les ai pas encore lus.

Du coup (par peur du spoil), je n'ai pas lu cette chronique, même si l'auteur m'intéresse et si l'article m'a l'air on ne peut plus complet.

Pour King, j'ai lu "Simetierre", mais je pense que j'étais trop jeune à l'époque, du coup, j'ai mis un an avant d'arriver au bout. Et je pense que maintenant, il m'intéresserait beaucoup plus.
Sinon j'ai aussi lu "Cujo" (pas longtemps après) et celui-là j'ai pas pu en décrocher. Je veux dire, je trouve que c'est très du de rendre la peur dans un livre (je ne suis pas certain d'y être arrivé dans mon roman). Et je trouve que dans "Cujo", King y arrive très bien. Le stress est vraiment bien distillé, on a le cœur qui bat, on s'accroche aux pages pour savoir ce qui va arriver aux personnages, certaines choses sont vraiment inattendues, etc. Pourtant, le livre ne raconte que l'histoire d'un chien enragé.
Je pense que pour découvrir l'auteur, c'est pas mal. C'est assez court en plus, donc si l'écriture plait pas, on peut quand même aller facilement au bout pour connaitre la fin!

Dans un autre genre, il y a Running Man. Pas d'horreur, cette fois (d'ailleurs, je crois que c'est sous le nom de Richard Bachman qu'il l'a publié). Ici on est dans l'anticipation, une version moderne des jeux du cirque (et peut-être aussi le futur de la réal TV). Les chapitres sont très courts, ça se lit très vite... pour commencer c'est pas mal aussi, même si c'est pas le plus représentatif de l'auteur.

Et en ce moment, je suis en train de lire "Dôme", que j'avais depuis un moment aussi, mais que j'ai commencé parce que je voulais le lire avant l'arrivée de la série en France.
J'en suis à la moitié du premier tome (sur 2) et c'est assez scotchant. Le style (très parlé) accroche vraiment et puis c'est un gros mélange entre un huis clos géant et une sorte "d'étude" anthropologique qui répond à la question "Que se passerait-il si une ville était coupée du monde d'un coup?". Le récit est assez lent (volontairement, car les premiers chapitres ne racontent que l'équivalent de 3minutes), mais incroyablement dynamique, il suit de nombreux personnages (mais il y a la liste au début, histoire qu'on s'y retrouve un peu plus vite) et ceux-ci ont vraiment l'air vivant. Certains sont tout bonnement haïssable, d'autres attachants, même si on ne serait pas allé vers eux naturellement...
Malgré un gros nombre de fautes de grammaire (dans mon édition France Loisirs en tout cas), je le recommande vraiment. Par contre, le livre fait un total de 1200 pages, donc si on n'accroche pas...
Mais la première fois que j'en ai entendu parler, on m'a dit "c'est le meilleurs Stephen King que j'ai lu depuis longtemps". Et j'ai pas vraiment de peine à y croire.

Donc voilà Cook (et les autres qui voudront découvrir l'auteur), j'espère que ça va t'aider. Mais comme je n'ai pas encore tout lu (c'est qu'il est productif, le gaillard), il y en a sûrement pas mal à côté desquels je suis passé ("Shining", les 2 "Bazaar", les nouvelles "Minuit" - peut-être une piste aussi pour commencer, comme ce sont des nouvelles).

Et ZoSKiA, au plaisir de te lire sur une œuvre que j'aurai lue!

6. ZoSKiA 03/09/2013

Merci Lord! En même temps dur de ne pas être inspiré avec une œuvre comme ça..Cette aprem je me suis payé Duma Key je t'en donnerais des nouvelles :)

7. LordOvDeath 03/09/2013

Beau boulot sur ce bouquin ! Chapeau bas m'sieur Zos' ! Et en plus sur le meilleur des Stephen King que j'ai pour l'instant pu lire.

8. ZoSKiA 02/09/2013

Mon préféré du King reste Salem après faut aimer les vampires...Sinon tous les classiques du King : Simetierre, Ça, Sac d'Os, et deux de mes chouchous Insomnia et Dôme (même si la fin est pas terrible le roman reste une merveille)

9. Cook 02/09/2013

J'avoue ne jamais avoir lu de Stephen King. Tu me conseillerais lequel pour commencer ?
Je précise aussi que Lovecraft ça a plus tendance à m'ennuyer que m'effrayer (même si les thèmes abordés sont plutôt intéressants).

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Date de dernière mise à jour : 12/03/2015

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