KING, STEPHEN : Duma Key


 

duma key

 

Prendre son temps, voilà qui pourraient être les maîtres mots concernant cette chronique et ce roman. D’habitude, il me faut bien quelques jours entre le moment où je referme la dernière page d’un livre et le début de l’écriture d’une chronique, mais disons que cette fois-ci sera différente. 
En effet, voilà seulement une heure que le livre est fini et je me retrouve déjà devant ma feuille, prêt à coucher sur papier ma dernière expérience littéraire, Duma Key, car comme avec un ami, le besoin d’en parler est là, et ne me lâche pas d’une semelle, il faut donc que j’écrive sur ce livre, même si celui-ci est loin d’être le meilleur roman de Stephen King.

Duma Key

Edgar Freemantle a tout pour lui. Une femme à qui il est marié depuis vingt-cinq ans, deux filles, de l’argent et une entreprise dans le bâtiment. Mais malheureusement, la roue tourne, et sur un chantier, un grave accident vient bouleverser sa vie. Un engin de chantier l’écrase, lui causant de multiples fractures, la perte de son bras droit et une amnésie partielle.
Malgré un rétablissement laborieux, Edgar arrive à remonter la pente, mais souffre cependant d’accès de colère violente et a du mal à faire l’impasse sur ce qui lui est arrivé, du coup son comportement provoque une sorte d’isolement.
Au bout du rouleau après le départ de sa femme, Edgar pense au suicide, seulement son état dépressif est vite repéré et son thérapeute lui conseille de changer d’air et de faire des choses qu’il aime. Edgar se retrouve donc sur Duma Key (île faisant partie de l’archipel des Key en Floride) et  s’adonne pleinement à ce qui était au départ un passe-temps, la peinture. Mais le passe-temps deviendra vite un besoin, et ses dons se développeront de manière (très) exponentielle. Pendant son séjour sur l’île, il fera la connaissance de sa voisine Elizabeth, atteinte de la maladie d’Alzheimer et de la personne qui s’occupe d’elle, Jérôme Wireman.
Commencera alors une série d’événements étranges qui mènera tout ce petit monde à la découverte d’un secret bien caché sur l’île.

Avec Duma Key, Stephen King arrive cette fois-ci avec quelques thèmes intéressants, notamment celui du handicap, et comme avec Histoire de Lisey, une touche autobiographique vient patiner ce roman, King ayant eu un grave accident aux débuts des années 2000. Edgar, devenu mancho, doit s’habituer à vivre comme ça, il va lui falloir s’habituer et surtout accepter cette situation. Durant l’histoire, il dit même sentir encore les sensations de son bras (fait constaté dans certains cas médicaux réels). King nous parle aussi des méthodes employées par les psychologues pour évacuer la frustration ressentie par les personnes atteintes d’amnésie et comment la frustration peut provoquer de grave cas de colère, ce qui permettra à King d’introduire la poupée anti-colère, qui jouera un rôle important dans l’histoire.
Mais Edgar ne sera pas le seul « malade » du récit, plusieurs personnages possèdent justement des cas de maladies plus ou moins graves, Elizabeth par exemple, elle, est atteinte d’Alzheimer, et sombre peu à peu dans une torpeur extrêmement bien décrite, avec douceur, pour abordé une maladie fléau malheureusement bien trop présente de nos jours.
Au-delà du handicap ou de la maladie, le thème central de Duma Key reste l’Art et sa force. Ici, la lumière est mise sur la peinture. Edgar, qui pourtant gribouillait quelques vulgaires croquis avant d’arriver à Big Pink (sa demeure sur Duma) est soudain pris d’une vague créatrice inquiétante et se met à produire une quantité astronomique de tableaux en peu de temps. Forcément, ses toiles, étranges et dérangeantes, seront repérées, exposées et admirées. King nous brosse l’ascension du jeune artiste dans le milieu et en profite pour nous dévoiler les coulisses du monde de l’Art, de la création à l’exposition. Beaucoup de questions se posent aussi sur l’Art et sa force, en tant qu’artiste (dans son genre), King fait une véritable réflexion sur le processus de création, l’inspiration et la force que l’art peut avoir sur l’homme. Les toiles peintes par Edgar sont, elles, très bien décrites, et prennent une tournure mystique jusqu'à l’aider à trouver le pourquoi du comment de Duma Key.  
 
Pour ce roman, Stephen King a choisi de nous planter le décor de l’archipel des Key, avec son ambiance ensoleillée, il arrive presque à nous faire sentir le vent de Floride souffler dans nos cheveux. L’histoire se déroule dans une ambiance baignée de chaleur faite de coucher de soleil, de baraques en bois, et de bruit de coquillages s’agitant paisiblement sous l’avancée en caillebotis de la maison. King distille son ambiance en lâchant quelques petits morceaux angoissants ici et là, mais la grosse partie fantastique du roman se trouve dans le dernier quart du livre.

Pour reprendre le tout début de ma chronique, dans ce roman, King prend son temps, et si l’écriture de l’Américain devait être comparée à de la musique, celle-ci serait atmosphérique, lente, planante et surtout travaillée pour ne pas lasser l’auditeur ou le lecteur, pour le support qui nous intéresse. Avec le duo Histoire de Lisey et Duma Key, le King passe un cap. Le texte est posé, calme et indéniablement tourné vers un sentimentalisme développé et assumé (la relation d’Edgar avec Ilse et Elizabeth par exemple), mais jamais King ne franchit la limite du ridicule et ne fait tourner l’histoire à l’eau de rose. Le rythme est certes lent, mais il prend le temps de poser des bases solides pour ancrer le récit dans la réalité, car c’est bien là une des forces du maître, arriver à décrire avec une facilité la vie d’une personne comme vous et moi et de faire de sa vie un véritable enfer.
Edgar se retrouve donc à Duma Key, pour vivre des aventures flirtant gentiment avec le fantastique entouré de personnages extrêmement bien travaillés et attachants, notamment avec le quatuor Edgar/Wireman/Elizabeth/Jack qui fait le show tout au long du livre. 
Le roman possède bien sur son lot de personnages secondaires, comme la famille proche d’Edgar, ses amis, ses voisins, mais l’accent a surtout été mis sur sa fille cadette, Ilse, personnage extrêmement important, à qui Edgar voue un amour inconditionnel et peu rappeler la relation Lisey/Scott du roman précédent.

Mais comme je le disais un peu plus haut, le roman souffre tout de même de quelques longueurs. Là où King prend son temps pour instaurer l’ambiance voulue, le lecteur, lui, pourrait y voir encore d’interminables descriptions inutiles qui ne font qu’étouffer un peu plus le texte. Les trois quarts du livre servent à mettre en place l’intrigue, qui ne décolle réellement dans les deux cents dernières pages (sur les huit cents cinquante….), et je dois vous avouer que je suis en grande partie resté assidu, car je me suis attaché aux personnages. L’histoire aurait simplement parlé d’un gars qui décide de changer de vie et de peindre que je n’aurais pas lâché le livre, seulement voilà, il y a bien une histoire (qui d’ailleurs peut rappeler celle de Sac D’Os) et il faut bien une fin.

Pour conclure, un bon roman, bien ficelé, aux décors chauds, et aux personnages attachants, qui ne manqueront pas de vous faire rire aux éclats. Ici point d’horreur à proprement parler, simplement de gros éléments fantastiques. King assoie un style amorcé avec Histoire de Lisey, un style plus mûr et encore plus maîtrisé que par le passé, le bougre s’est calmé sur les passages hard, mais est arrivé à intensifier ses écrits avec des sentiments vrais, sincères et parfois beaux. Alors certes, Duma Key s’inscrit comme un livre moyen de l’Américain, mais il reste un bon moment et un plaisir à lire.

 

Zoskia


 

Auteur : Stephen King

Editeur : Le Livre de Poche

Collection : Fantastique

Année : 2008

Site officiel de l'auteur : www.stephenking.com

Club Stephen King : www.club-stephenking.fr

Decitreredim


 

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Date de dernière mise à jour : 12/03/2015

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