BERROUKA, KARIM : Le Club Des Punks Contre L'apocalypse Zombie


 

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C’est après une bonne demi-heure devant ma page blanche word que le déclic fait "pop" dans ma (petite) tête. Impossible de commencer cette chronique, impossible de trouver des mots, impossible de trouver l’amorce. Pourquoi ? Simplement parce qu’une image, une vision, me taraude l’esprit.

Je suis devant une vitrine, celle d’une librairie sans doute, où derrière se trouve posé sur un présentoir, le livre de Karim Berrouka, "Le Club Des Punks Contre L’apocalypse Zombie". Ce présentoir est en fait deux avant-bras à la chair putréfiée tenant dans ses mains en coupe, le livre et le brandit fièrement comme s’il offrait le Graal au monde.
Tout autour, des pancartes en imprimés flashy et entourées de néons clignotants vantent les mérites de l’œuvre à grand renfort de slogans anarchistes. Autour du livre, une sorte de mucus verdâtre dégueulasse se répand peu à peu et grignote centimètre sur centimètre cette pub qui tombe en lambeau au contact de la matière visqueuse.
Seulement, au bout de quelques minutes, la bile se rapproche de moi. Je suis cloué au sol. Elle s’apprête à s’emparer de moi, mais après, plus rien.
Est-ce la peur de prendre conscience que je suis moi-même un consommateur ou est-ce simplement un refus de cela ? En tout cas on peut dire que ce roman (surtout en ce moment) a le mérite de montrer du doigt une société malade, représentée par les zombies.

Car oui, c’est bien là le thème de ce "Club Des Punks". La lutte, à proprement parler.
Pourtant sur le papier on aurait tendance à penser qu’il s’agit d’un roman d’horreur potache complètement fadasse comme on en trouve au cinéma avec des titres tous plus con les uns que les autres et au message pas forcement explicite ("Black Sheep", "Dead Snow", "Zombie Strippers" etc).
Mais il n’en est rien.
Karim Berrouka mène sa bande de punks anarchos à travers un Paris dévasté par une apocalypse bouffeuse de cervelle avec en fond une réflexion sur la société de consommation et le capitalisme.
Alors forcément, le lecteur adopte le point de vue de punks gauchos aux idées utopistes dans le fond,  mais le principal attrait de ce "Club Des Punks" est que le système en prend plein la gueule et voit ses rêves de grandeur réduit à néant par une bande de camés complètement cramés par les drogues et la roteuse. Un pied faramineux.
Mais ce principal attrait peut devenir le point négatif du livre pour peu que le lecteur n’arrive pas à passer au-delà des  idées véhiculées dans l’histoire, car quoi qu’il en soit, zombie ou pas, le livre reste tout de même engagé politiquement, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît le bonhomme qui l’a écrit.

Outre la principale jouissance de voir une société basculer dans le chaos, le style de l’auteur constitue, à mon sens, le point fort de ce roman.
Simple, drôle et percutant, "Le Club Des Punks" possède un côté "c’est un truc que j’aurais pu écrire" pas si évident pourtant.
Le récit ne se présente pas comme quelque chose de linéaire et est entrecoupé de gestes qui nous permettent de suivre l’aventure du point de vue des différents personnages et de suivre leur évolution dans Paris. Les dialogues sont eux aussi travaillés et donnent parfois lieu à des échanges surréalistes et complètement barrés. Du coup ont ri (souvent), on vocifère à voix haute (souvent aussi) et on ne lâche plus le bouquin pour faire avancer l’histoire et savoir comment le vent tournera pour les survivants.

Autre élément important (du moins pour les mordus de films de zombies), ce sont les codes. L’amateur y tient. Par exemple, un zombie ne court pas, aime manger de la chair fraîche, avance les bras tendus en faisant du bruit. Ce genre de truc quoi.
L’auteur respecte scrupuleusement certains de ces codes, mais se permet également quelques petits écarts bienvenus et bien trouvés. Je ne spoilerai pas tout, mais le lecteur se rendra vite compte que les zombies de Berrouka sont extrêmement réceptifs à la musique, normal quand on sait que cet art fait partie intégrante de la vie du monsieur.
C’est assez original pour être souligné et l’auteur montre au passage  une volonté  d’apporter quelque chose d’original et de briser certains codes pour apporter un souffle nouveau dans le récit de zombie.

Une fois le livre refermé, il devient tout de suite plus simple de comprendre pourquoi "Le Club Des Punks" provoque autant de coup de cœur et d’engouement. C’est un livre qui parlera autant au fana de film d’horreur pur jus qu’a la personne qui s’intéresse au roman qui véhicule un message fort, car c’est le cas ici. Le bouquin est ultra référencé que ce soit en matière de musique, de film où de choses plus vastes, et chaque page provoquera son lot de petits sourires en coin à l’évocation de tel ou tel groupe/film/lieu.
Pour ma part le plus gros point noir du "Club Des Punks" est que Monsieur Berrouka n’a pas cité une seule fois le nom de The Casualties, je suis déçu, vraiment… il mériterait simplement d’être jeté aux zombies sans sommation… une faute impardonnable, j’vous dis…      

 

Zoskia

Mots-clés : chronique avis livre littérature berrouka zombies actusf horreur


 

 Auteur : Karim Berrouka

Editeur : ActuSF

Année : 2016

Page de l'auteur : http://www.editions-actusf.fr/karim-berrouka/

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Commentaires (3)

1. Tankkore 04/07/2016

Peut-être...

2. zoskia 02/07/2016

Ça sent le film de zombie :)

3. Tankkore 29/06/2016

Excellente chronique encore une fois et sujet bien intéressant !! Y a encore du zombie qui va arriver de mon côté également !!

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Date de dernière mise à jour : 22/06/2016

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