COOK, GLEN : La Compagnie Noire

nous sommes le dernier des webzines francs de khatovar

 


 

Cette chronique mérite une petite explication sur son existence. En effet, depuis l'endroit où je vous écris, il m'est difficile d'avoir accès à ma bibliothèque. Je dois avouer que l’œuvre que je vais décortiquer pour vous n'était pas ma première idée (même si elle se révèle être bien meilleure de part plusieurs aspects). Cependant, si vous avez lu la parenthèse précédente, (voyez ma maîtrise de l'interaction avec le texte...) la contrainte géographique m'aura fait prendre une décision intéressante. Comment chroniquer un livre que vous n'avez pas sous les mains ? Allez une petite couverture de la bête (de l'édition l'Atalante s'il vous plaît) avant de vous donner la réponse à cette question :

 

Glen Cook

 

Tout simplement grâce à votre mémoire et surtout avec une connaissance presque intime du bouquin. En effet, ce premier volume de La Compagnie Noire, l'éponyme donc, écrit par l'américain GLEN COOK est sans aucun doute le livre que j'ai le plus lu et relu et rerelu. Les lignes qui vont suivre ne seront absolument pas objectives (c'est d'ailleurs un peu le but de ce webzine).

Commençons par une mise en situation. Vous êtes un gamin de onze/douze ans qui baigne dans l'univers de la fantasy depuis tout petit (merci papa), mais vous vous sentez un peu à l'étroit dans le carcan jeunesse du dit genre. Un beau jour que vous allez quérir un nouveau bouquin à dévorer vous décidez d'aller voir dans le rayon dédié aux littératures de l'imaginaire plutôt qu'au mouflet que vous êtes. Et fouillant un peu vous tombez sur un livre à l'aspect parcheminé (merci l'Atalante, je vais en avoir du monde à remercier dans cette chro) avec un soldat à la trogne belliqueuse. Vous sentez alors déjà que le synopsis va vous plaire. Et c'est le cas. Je me souviendrais toujours de ces mots : « Nous sommes la dernière des compagnies franches de Khatovar. Nos traditions et nos souvenirs ne vivent que dans les présentes annales et nous sommes les seuls à porter notre deuil. C'est la Compagnie noire contre le monde entier. Il en a toujours été, il en sera toujours ainsi. ». Le décor est planté.

Côté scénario on suit une bande de mercenaire aux mœurs tout sauf manichéennes mais qui tiennent leur parole une fois un contrat passé. Malheureusement, très souvent l'employeur est une raclure bien plus amoral que les pauvres hères que l'on suit à travers les annales écrites par le médecin de la compagnie : Toubib. Je pourrais étendre mon résumé (même si je ne parle que du premier. Vous ai-je déjà informé que la saga est constituée de treize tomes ?), mais je préfère m'en abstenir pour me concentrer sur l'essentiel. Pourquoi faut-il lire La Compagnie Noire ?

Parce que GLEN COOK signe ici une œuvre à la fois obscure (l'auteur étant souvent considéré comme l'une des personnes ayant popularisé la dark fantasy) et riche. Entre les jeux de pouvoir qui déchirent les protagonistes, les querelles familiales d'un des personnages principales ou bien les turbulences internes de la compagnie de mercenaire, il s'en passe des choses. Alors certes, tout n'est pas du même niveau, mais il y a des scènes hautement savoureuses (les confrontations magiques de Gobelin et qu'Un Œil, les magiciens de la compagnie aussi incompétents qu'amusants). Le style de narration qu'a choisi GLEN COOK donne une dimension profonde au récit en nous plaçant directement au cœur du groupe de mercenaire. Bien que certains personnages aient un impact sur le roman plus important que les autres la sensation que le rôle principal est tenu par l'entité qu'est la compagnie noire elle-même vient immanquablement du point de vu choisi par l'auteur pour narrer son histoire. Le style de GLEN COOK en lui-même colle parfaitement avec le style chronique rédigée à la va vite entre deux opérations périlleuses. Rapide, cru, frontal... Toubib nous décrit la vie de soldat en allant à l'essentiel n'épargnant aucuns détails sordides de son quotidien (n'oubliez pas qu'il est médecin, enfin chirurgien de campagne pour une très large part). Néanmoins l'auteur a l'intelligence de varier les plaisirs en proposant des passages plus émouvants avec les prémices d'une histoire sentimentale entre deux personnages au parcours pourtant très différent. Leur relation va évoluer à travers les treize tomes de la série, aussi je ne vais pas m'appesantir sur le sujet. Cependant, gardez à l'esprit que c'est l'une des plus belles histoire d'amour qui m'est été donné de lire ou voir même au jour d'aujourd'hui. Dénuée de sentimentalisme niais et emprunt d'une maturité rafraîchissante dans le genre de la fantasy, cette romance apporte en plus des éléments importants à l'intrigue. Une grande partie de l’œuvre nous montre également la vie de garnison : morne et frustrante. Bref, un panel d'émotions nous est proposé et l'ambiance du livre en devient bien plus riche qu'elle pourrait paraître à la lecture de la quatrième de couverture. On est loin d'un récit guerrier dénué d'intérêts.

Il y a tout de même pour moi quelques défauts à ce roman. Premièrement, et totalement à l'encontre de ce que j'ai pu lire sur les forums dédiés à La Compagnie Noire ou bien lors de discussion avec des proches, le personnage de Corbeau est pour moi une aberration dans le récit. Il est tellement cliché dans son apparence et son comportement qu'il est à lui seul une insulte envers le génie créatif de GLEN COOK. Heureusement sa personnalité va se transformer au fur et à mesure de la saga. Retenez juste que dans ce premier tome, et ce qui va suivre n'est pas un spoil puisqu'on le comprend dès l'introduction du protagoniste, Corbeau est un peu le bad guy au grand cœur dans lequel les esprits faibles aimeront se reconnaître (j'exagère un peu, vous pouvez très bien aimé Corbeau et avoir un intellect relativement développé). Personnellement je trouve qu'il manque de profondeur et semble presque incohérent dans l'univers de l'auteur. Ma deuxième critique est plus globale par rapport à la saga. Ce premier tome est pour moi le meilleur de toute la série. Peut être parce qu'il garde ce goût de la découverte ? Quoiqu'il en soit jamais je n'ai retrouvé les mêmes sensations que j'ai ressenti lors de la lecture de cet opus dans ses suites (qui sont tout de même excellentes).

 

La Compagnie Noire (la saga) est restée pendant longtemps ma seule lecture fantasy (j'étais plutôt branché science-fiction, ce genre m'apportait bien plus de satisfaction quant à la réflexion que les œuvres suscitées chez moi). Et même si je me suis rattrapé depuis, jamais je n'ai lu de roman dans le même genre qui m'est tant tenu à cœur (et pourtant j'en ai bouffé du cycle fantasy : Le Trône de Fer de GEORGE R.R. MARTIN ou La Citadelle des Ombres ROBIN HOBB pour rester dans la même génération d'auteurs). Sûrement grâce au dépaysement qu'introduit à la fois le sujet traité par GLEN COOK ainsi que son univers, qui, s'il reste classique dans les grandes largeurs, à un je-ne-sais-quoi de mythique et laisse une grande part d'ombre dans son traitement (dont l'absence de carte dans les premiers éditions de la saga est un parfait exemple). Je ne pense pas faire une chronique pour chacun des treize romans, le style reste relativement identique et seuls les situations changent les perspectives, mais cela ne vous empêche pas de les découvrir par vous-même. Sur ce, bonne lecture à tous et n'oubliez pas : « l'eau dort ».

 

Cook


 

Auteur : Glen Cook

Editeur : L'Atalante

Collection : La Dentelle du cygne

Année : 1998

Decitreredim


 

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Commentaires (9)

1. zoskia 27/09/2015

Bon, je reviens sur cette chro puisque je me suis payé les intégrales et que je suis en plein dedans.
En effet, les autres tomes n’ont pas la même saveur. La compagnie Noire est sauvage, cru, sombre et nous fait découvrir les gars de l'équipe. Le reste, c'est juste le plaisir de découvrir la suite des événements sans quitter notre équipe de bras cassé, bien que l'auteur amène les choses différemment.
Concernant Corbeau j'avoue qu'il ne me fait ni chaud ni froid, c'est un rôdeur comme un autre pour moi ^^. Mes persos de prédilection : Silence qui est tout en haut, puis les duos qu'Un-Oeil/Gobelin et Toubib/Elmo. En tout cas merci mille fois pour a découverte.

2. zoskia 18/10/2013

J'en suis à la moitié et perso pas rencontré de difficulté particulière, bien au contraire ce bouquin est une perle!

3. LordOvDeath 16/10/2013

Mon père a ce bouquin, j'ai essayé de le lire et effectivement, j'ai décroché aux premières pages...

4. Cook 07/10/2013

Fait gaffe par contre les premières pages ne sont pas les plus simples à lire. mais après ça roule. Constat confirmer pour 90% des cobayes s'étant essayés à la lecture de la Compagnie Noire premier du nom. Et y en a eu du rongeur!

5. zoskia 04/10/2013

Bon...ben...le livre est chez moi, il attend patiemment d’être lu...

6. Cook 23/09/2013

Faut tout lire où s'arrêter au 1er livre.

7. zoskia 23/09/2013

Très bonne chronique Cookie! La fantasy n'étant pas mon genre de prédilection je ne sais pas si j'aurais l'occasion de lire ce livre (tu sais que je voue un culte à l'horreur et au fantastique) mais la chronique à l'air de vraiment bien cerner le truc. Petit question, peut-on lire les bouquins de la saga indépendamment les uns des autres?

8. Cook 23/09/2013

Ha j'ignorais pour les illus anglaises, mais ça ne m'étonne pas. Les bouquins de l'Atalante ont souvent de très belle couv'!

Content que ça t'es plu. Si ça peut t'aider à sauter le pas tout ceux à qui je l'avais conseillé ont apprécié.

9. Tankkore 22/09/2013

Et bin ça donne envie tous ça mon coco !!! Je note la référence dans ma liste virtuelle de bouquins à lire !! Très bonne chro, comme d'hab' ! En plus c'est le GRAND Raymond Swanland qui à fait les couv' des éditions anglaises !!! Je ne peux qu'adhérer !!

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Date de dernière mise à jour : 11/03/2015

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