Quête annexe du Père Pichard - Partie V

La que te du pe re pichard partie v 

 

Le cimetière

VIII

  C’est après avoir suivi un sentier étroit bordé d’arbres épais que Pichard commença à apercevoir le cimetière se dessiner à la lumière de la lune. Mange-Touffe avançait au pas, ce qui laissait au Père le temps de se préparer mentalement aux événements qui allaient arriver.
En effet, récupérer le Necronomicon ne serait pas une mince affaire. Il faudrait réciter la formule magique l’autorisant à prendre le livre en main propre et le parcourir pour trouver la formule magique qui renverrait les Chronicules pourrir en Enfer, enfin, s’il y en avait une…



  C’est en avançant lentement que Pichard aperçut du mouvement au-delà du grand portail en fer du cimetière. Derrière les grilles ouvertes, il vit des dizaines de Chronicules dressés sur deux pattes s’agitant à humer l’air à l’approche de la délicieuse paire de testicules du Padre. Ils commencèrent à stopper leur zigzag entre les pierres tombales pour se concentrer sur l’arrivée de l’homme de foi qu’ils avaient reniflé depuis longtemps. Le Père, lui, n’avait pas prévu ça et, déjà derrière lui, quelques arbustes frissonnèrent. Faire marche arrière lui était maintenant impossible. La fin de sa quête était toute proche et il fallait aller jusqu’au bout. 

  Il fît arrêter Mange-Touffe et descendit calmement avant de se mettre en avant, sa besace collée sur le flan.

  Quand il passât le portail, déjà toutes les bestioles le dévisageaient. Il observa le cimetière en prévision d’une fuite éventuelle. Il avait déjà repéré le Livre des Morts qui était posé sur une sorte d’autel en pierre juste en face de lui. Sur sa droite, les tombes se succédaient par rangé de dix laissant simplement une allée étroite permettant de circuler et sur la gauche se trouvait une vaste étendue de verdure donnant sur une sorte de petite butte surmontée d’un arbre. Tout le cimetière était, bien sûr, cloisonné par un large mur de pierre de plus d’une toise et demi de haut.
Les Chronicules commencèrent à s’avancer sur Pichard, qui, pris de panique recula d’un pas. Son dos heurta le portail qui se ferma violemment dans un bruit qui le fît sursauter. C’est à ce moment-là que les bestioles décidèrent de passer à l’attaque dans un bruit de mâchoires qui claquent. Elles avancèrent rapidement sur un Pichard acculé, qui, ayant déjà réfléchi à son plan de retraite, décida qu’il était temps de la jouer fine. Il glissa sa main dans sa besace et en sortie une poignée de la fameuse poudre de perlimpinpin du Père Gratignole, qu’il balançât violemment par terre. Une épaisse fumée se répandait déjà entre les Chronicules désorientés, que le Padre arpentait l’allée sinueuse le menant directement devant l’autel, où dans un hurlement il récitât la formule magique tout en attrapant à pleine main le Necronomicon.

  Une fois le grimoire en main, il se glissa sous l’autel de pierre afin d’examiner le livre. Il fallait faire vite, car les Chronicules, encore quelque peu enfumés, reprenaient leurs esprits et cherchaient d’où avait pu venir le hurlement.

  C’est donc les mains tremblantes et en nage que Pichard ouvrît le grimoire en quête d’une formule magique qui pourrait l’aider, bien qu’un problème de taille survînt alors qu’il arpentait les pages. L’essentiel du livre était en Latin et bien qu’il dût connaître cette langue sur le bout des doigts, les longues heures de picoles et les ravages qu’elles entraînent lui laissèrent un trou béant d’incompréhension totale de ce qu’il lisait.
  ADVOCARE BESTIA ou ABIGERE BESTIA, la réponse était là sous ses yeux, mais laquelle choisir ? Surtout avec sa chance…

  Voyant son destin se seller à l’approche des Chronicules, le Padre sortit de sous l’hôtel, grimpa tant bien que mal sur les pierres, se dressa de toute sa hauteur et pointa du doigt les bestioles affamées et articula chaque mot : INVOCO TE DIABOLUS BESTIA !
  À ce moment-là, le ciel se couvrit d’un nuage d’un noir d’encre. Visible quelques secondes auparavant, il s’était transformé en un monstre crachant des éclairs aveuglants, certains tapant juste devant Pichard, d’autres entre les Chronicules. Le sol se mit à trembler, ouvrant de larges failles soupirant de la vapeur brûlante qui cuisait vif les reptiles gobeurs de testicules. Les bestioles frappées par la foudre tombaient une à une comme des mouches, mais, même si elles mourraient, elles ne retournaient aucunement en Enfer, il y en avait toujours autant sur le sol, agonisantes et gesticulantes. 

  Sans doute un problème dans l’incantation.

  Pichard, lui, sauta de la pierre pour se réfugier sous l’autel, mais avant qu’il pût toucher terre un éclair vint frapper le grimoire et le désintégra sur le champ. Le bougre frémit, mais atteint tout de même son refuge. Un vent puissant se leva et transforma les lieux en un véritable champ de bataille, renversant les pierres tombales et faisant voler le sable et la terre dans un tourbillon digne d’une tornade. Les éclairs continuaient de lancer leurs puissants flashs et Pichard remarqua l’effet créé sur les Chronicules qui agissaient comme s’ils étaient en plein jour, c’est-à-dire désorienté et complètement apathique.  

  Un ultime rayon de lumière vînt frapper l’arbre au milieu dans un tonnerre assourdissant laissant Pichard totalement déboussolé pendant quelques secondes, puis tout s’arrêta. 
Un calme de mort régnait maintenant dans le cimetière.


  Quand Pichard eu recouvré ses esprits, il jeta un coup d’œil alentours et vît le carnage causé par la tempête. Les pierres étaient cassées, les murs étaient tombés, le portail était dégondé, des cadavres de Chronicules avaient été disséminés de-ci de-là et l’autel qui avait servi d’abri au Padre avait carrément disparu. Ce n’est qu’en tournant la tête sur la droite que Pichard s’aperçut du drôle de spectacle qui s’offrait à lui. Il se frotta les yeux pour être sur de ce qu’il voyait. 
À la place de l’arbre gisait une sorte de créature pour le moins étrange. Le Padre, se leva, et essaya de comprendre ce qu’il voyait. La bête, qui ne devait pas dépasser la taille d’un galopin, se tenait sur deux pattes et était recouverte d’une espèce de fourrure noire et blanche à poils très cours, mais qui avait l’air très douce. Le corps de la créature était assez étrange, ses bras (qui n’en étaient pas) ressemblaient à des ailes très courtes et toutes noires qu’elle agitait au fur et à mesure que Pichard s’approchait. Ses deux pattes étaient palmées et oranges, et son ventre d’une blancheur immaculé. Une tête surmontait ce corps étrange, dépourvu de cou, et possédait non pas un nez, mais une sorte de bec orange lui aussi. 

  Dans la confusion la plus totale, le Père se répéta la formule magique qu’il avait dite afin de comprendre cette étrange apparition.
  
- INVOCO TE DIABOLUS BESTIA, INVOCO TE DIABOLUS BESTIA… Je t’invoque créature du Diable !!!! Doux Jésus !!! Je me suis trompé dans la formule, se dit-il à lui-même… Mais qu’est-ce que tu es comme créature ? lui dit-il enfonçant son doigt dans le ventre dodu de la chose étrange.

  - Gnê ! répondit la bête du Diable en le regardant droit dans les yeux.

  - Nom d’un Chronicule, c’est toi la Solution ? 

  - Gnê !

  - Il doit y avoir une erreur, dit-il en se relevant difficilement.


  Comprenant que la conversation était vaine, Pichard décida de tourner les talons et de s’en retourner faire son rapport à l’abbaye. Visiblement, son aventure n’avait pas apporté la solution à l’extermination des Chronicules sur Terre et il comptait sur le savoir-faire de ses deux autres compères pour résoudre le problème. Sa tâche était terminée.

  Le Père passa ce qu’il restait du portail et constata que la tornade n’avait frappé que le cimetière. Mange-Touffe, lui, était toujours là, broutant tranquillement en attendant son maître. Pichard monta son poney et se retourna pour jeter un dernier coup d’œil au cimetière, mais son attention fût captée par cette étrange créature qui arrivait doucement vers lui avec cette démarche curieuse qui faisait qu’elle se dandinait de droite à gauche, ce qui inspira au Padre une profonde sympathie. À chaque pas, un petit claquement sec produit par ses pieds curieux résonnait dans la forêt. La bête s’arrêta au pied du poney, leva la tête vers Pichard et lui décocha un « Gnê » qui le fît fondre. Il se pencha, l’attrapa et le porta face à lui :

  - Je ne sais pas si je vais le regretter, mais je vais t’emmener à l’abbaye voir ce que les autres en pensent… et puis de toute façon je vais me prendre une chasse rien que pour avoir fait brûler le moulin et dévasté ce cimetière, on verra bien ce que les autres pourront m’apprendre sur quel genre de créature tu es…
Sur ce, il le mit dans sa besace et claqua les flancs du poney qui se mis aussitôt en chemin direction la Grande Poutrasse.

  Alors le Père Pichard avait-il perdu son temps dans une quête inutile à la recherche d’un grimoire inutile ? Allait-il réellement prendre une chasse monumentale par la Haute Autorité de l’abbaye ? 
À ces questions je peux vous répondre par l’affirmative. Mais avait-il bien fait de se prendre d’affection pour cette créature énigmatique ? Était-ce une faiblesse de se laisser amadouer par cette petite peluche sur patte ? Je ne pourrais vous en dire plus, bien que j’aie appris de source sûre longtemps après, que le Diable, lui, s’en frottait déjà les mains…

 

FIN

 

 

ZoSKiA

 

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

     





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Commentaires (3)

1. zoskia 15/07/2014

Je pense déjà à la suite....Ça va être épique...

2. Cook 12/07/2014

La suite promet...

3. Fok 11/07/2014

Bravo! Ce couillon de Pichard m'aurait bien fait marré!
Merci zizi... Au revoir M'sieur Dame!

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

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