Quête annexe du Père Pichard - Partie IV

La que te du pe re pichard partie iv

 

Le moulin

VII

 

   Une fois à l’intérieur, le Père claqua violemment la porte et se plaqua dos à celle-ci afin de faire le meilleur poids possible vu qu’aucune serrure n’était présente. Trois seconde, et un choc violent vint percuter la porte en bois, puis un autre, et un autre. À chaque secousse Pichard se cramponnait un peu plus à la vie en hurlent bruyamment, ce qui lui donnait une force surhumaine pour résister aux attaques que lançait le démon et garder l’entrée du moulin intacte. La dernière charge fut la plus forte, le Démon, sentant que le bougre ne lâcherait rien, chargeât comme un mulet contre l’épaisse porte de bois dans un râle à faire pâlir un cadavre. La porte tressauta et faillit sortir de ses gonds, le bois avait commencé à se fissurer sur le bas, et il se peut qu’une ou deux charges de plus aient suffi à réduire la porte en bois de chauffage.

   Puis plus rien.

   Par sécurité, le Moine garda sa position, dos à la porte, le bassin en avant et les pieds écartés pour un meilleur appui. Après avoir attendu assez longtemps pour être sur que la créature était partie, il se laissa glisser le long de la porte et jeta un coup d’œil à l’intérieur du moulin, et a première vu il paraissait beaucoup plus grand de dehors. Les pierres qui constituaient les murs étaient claires et recouvertes de toiles d’araignées noires, signe que même celles-ci avaient déserté ce lieu maudit. La toiture était en train de dépérir, les poutres de bois étaient rongées par les termites et menaçaient de céder à tout moment, sans parler des tuiles qui avaient elles aussi quitté le navire pour venir s’échouer sur le sol en terre. Le système qui permettait au moulin de faire tourner les ailes était lui aussi en décomposition leur laissant le soin de tourner librement au gré du vent dans un bruit de porte qui grince. Le lieu était rudimentaire et menaçait de s’effondrer à tout moment, mais était pourvu de tout le nécessaire pour cuisiner et le lit présent à moitié moisi ne lui changerait pas trop de celui de l’Abbaye. Son regard se porta au-delà de la grande table en bois présente au milieu de la pièce et alla directement se poser sur le tas de bûches qui gisait entre la cheminé et la cuisinière, le soleil commençait déjà à décliner, il lui faudrait de la lumière pour pouvoir cuisinier, ce qu’il entreprit de faire s’il voulait pouvoir dormir tôt pour reprendre la route à l’aube et gagner le cimetière de jour.

 

   La lune brillait de sa pâle lueur dans un ciel complètement dégagé et constellé d’étoile, la nuit était magnifique. Pichard s’était risqué à une petite sortie nocturne pour se dégourdir les jambes et prendre un bol d’air frais. Il repensa à ce qui l’avait amené ici et au cheminement de son aventure, les signes d’apocalypse, la bataille contre le Grand Mal, les chronicules, son départ de l’abbaye et plus récemment sa course poursuite contre ce démon.

   Pichard se tenait debout le nez en l’air quand il aperçût le mouvement du coin de l’œil, le temps de redescendre de son nuage, une autre ombre passât rapidement sur son autre côté. « Ils chassent par trois » pensa-t-il, mais il ne vit pas le dernier chronicule. Sans geste brusque et comme si de rien n’était, le Père se retourna et rentra dans le moulin. La pièce était éclairée par un feu mourant et par une petite lanterne posée sur la grosse table en bois qui se trouvait au centre, donc autant dire que la lumière diffusée était restreinte et en examinant la pièce discrètement, Pichard s’aperçût que malheureusement pour lui, cette vieille bâtisse regorgeait de coins et de recoins d’ombres qui feraient une cachette idéale aux démons pour mener à bien leur attaque. D’ailleurs en pénétrant dans le moulin, il ne put s’empêcher d’apercevoir la queue d’une des bestioles dépasser de sous l’escalier qui menait à l’étage supérieur. Le Padre décida de forcer le destin et de lancer l’attaque lui-même contre les chronicules au lieu d’attendre que ses bouffeurs de testicules lui arrachent le scrotum à grand coup de dents, jusqu’à présent aucun homme connu n’était arrivé à tuer un de ses démons, mais pourquoi pas ?

Il s’approcha de la table en fit le tour et saisi ses couverts, les regarda puis les reposa. Il parcourut du regard tout ce qui pourrait lui tomber sous la main, jusqu’à qu’en avançant d’un pas, il se cogne légèrement la tête contre une poêle accrochée aux côtés d’un jeu complet qui pendouillait mollement d’une poutre qui traversait la pièce. Il prit la plus grosse, et la soupesa. Un air satisfait se dessina sur son visage. Il était temps, temps d’affronter ses responsabilités, temps de prendre son courage à deux mains et peut-être, le temps de mourir. Le sang de Pichard ne fît qu’un tour et il se jeta sur la queue du chronicule en hurlant. Son geste était tout à fait précis et d’une puissance inouïe, le flanc de la poêle vint heurter les écailles de la créature qui poussa un cri de douleur suraigu. Un coup, puis deux et un troisième avant que le démon ne se retourne pour faire face au Padre pris d’une folie frénétique qui lui assena un coup encore plus puissant sur le haut de la tête et lui ouvrir le crane, il tomba raide mort. Le coup, donné avec une telle intensité, eut pour résultat de faire décrocher le corps de la poêle de son manche. Pichard eut juste le temps d’un mouvement de recul pour l’éviter. La partie ronde alla taper contre la cuisinière dans un bruit de fonde lourd et sourd et vibra tellement fort qu’une bûche qui se trouvait à proximité roula au sol. Les autres chronicules surgirent de nulle part. Le Père leur fît face, seule la table les séparait, il sentait la chaleur de la cuisinière monter le long de son dos au travers de sa soutane, les démons eux étaient dos à la porte restée ouverte humant l’air sûrement empli du délicat parfum des testicules du Père Pichard. Sans autre arme que son manche de poêle, le Padre s’avoua vaincu, mais il livrerait tout de même son ultime bataille. Les chronicules commencèrent à mener leur attaque en faisant le tour de la table, un de chaque côté pour le piéger. Quand ils furent arrivés à sa hauteur, chacune des bestioles sauta vigoureusement sur Pichard, qui dans un élan de grâce que l’on lui connait, prit le temps de soulever sa soutane afin d’effectuer un bon de cabri par-dessus la table.

   Tout se déroula très vite ensuite.

   Pichard se pris les pieds dans la table et s’écrasa lourdement sur le sol, les chronicules, eux, surpris par l’esquive du Père se percutèrent violemment, l’un d’entre tomba près du cadavre du premier mort sous l’escalier, l’autre percuta la cuisinière dont la porte du four s’ouvrit pour déverser un flot de braises incandescentes et tomba à côté du tas de bois de chauffage. Profitant d’un éclaire de lucidité pour analyser la situation, Pichard saisi sa gourde de brute de pomme qui lui glissa des mains à cause de la sueur et ceci à plusieurs reprises comme si le Père se débattait avec un poisson glissant. Une fois la gourde en main, il jeta de toutes ses forces sa cuvée spéciale sur la cuisinière. Elle éclata en morceau, le liquide se répandant sur le sol, le mobilier et les chronicules à proximité. Pichard n’a jamais su à combien de degrés son alcool pouvait monter, mais une chose est sûre, c’est qu’au contact des braises le feu pris tout de suite. Profitant de la combustion des chronicules agonisants dans une douleur atroce, il récupéra à toute hâte son paquetage sur le lit, puis il ferma la porte en sortant. Mange-Touffe lui était revenue et broutait tranquillement comme si rien ne se passait, le Père le monta, et lui donna un coup d’étrier, direction le cimetière. Le Père Pichard se retourna une dernière fois pour jeter un œil sur le moulin, les cris stridents étaient encore perceptibles à quelques lieux d’ici, mais allaient en diminuant, les flammes dévoraient le bois et les pierres tombaient sous le poids de la charpente qui s’effondrait. Le moulin se transformait peu à peu en un tas de brique cramée recrachant une fumée noirâtre qui brouillait la vision d’un ciel étoilé pourtant superbe une poignée de minutes plus tôt. C’est la dernière image qu’il eut de l’édifice.

 

 

À suivre… lien vers la Partie V

 

 

 

ZoSKiA

 

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

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Commentaires (2)

1. Tankkore 02/06/2014

Super Pichard !!!

2. Cook 02/06/2014

Ce suspens !

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

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