Quête annexe du Père Pichard - Partie III

La que te du pe re pichard partie iii

 

La forêt

V

   Le Père avait quitté l’Abbaye depuis quelque temps maintenant. Il avançait tranquillement, sa gourde à la main quand les toits du village d’Havrenpait commencèrent à se dessiner à l’horizon. Ce village n’était pas une étape importante du voyage de Pichard mais elle lui permettrait de voir l’étendue des dégâts causés par les chronicules.
   Et des dégâts, ils y en avaient. La bourgade, généralement débordante d’activité ne comptait à présent que quelques rescapés à l’air fatigué qui regardèrent passer nonchalamment le père sur sa monture (l’un d’eux trouva quand même la force de pouffer au passage de cet étonnant duo). Les villageois restant luttaient pour leur survie à présent que la plupart des hommes avaient péri entre les dents des chronicules affamés et les seuls mâles encore en état de se battre portaient des ceintures de chasteté blindées par-dessus leur habilles, leur conférant une allure de chevalier pathétique auquel il manquerait des morceaux d’armures.

   La rue principale était bordée de bâtiments presque collés les uns aux autres et Pichard remarqua rapidement que beaucoup de portes et de fenêtres étaient barricadées, cachant sans doute une bande de villageois hystériques prêts à bondir sur le premier pecnot qui en franchirait le seuil et à le dépecer vivant. Les charrettes contenant le foin pour les chevaux gisaient sur le sol, renversées, aux côtés des abreuvoirs asséchés sous un soleil de plomb qui commençait déjà à décliner pour laisser place à la terreur nocturne des habitants du village. Cette place d’habitude si charmante n'était devenue que le spectre d'elle même et les claquements fantomatiques des sabots de Mange-Touffe renforçaient ce sentiment de ville abandonné de pratiquement toute vie humaine. 
   Cependant Pichard n’était pas volontairement passé par ce bourg pour prendre des nouvelles des villageois. Sous ce décor de western apocalyptique, il était avant tout venu pour constater l’invasion des chronicules.
   Le constat ne se fit pas attendre. De part et d’autre de la rue, les bestioles du diable étaient belles et bien présentes. Certaine marchaient mollement au milieu de la rue, visiblement sans but, leurs yeux reptiliens à moitié fermés, dans un état de torpeur avancé qui les caractérisaient aux heures les plus chaudes de la journée. D’autres se cognaient contre les murs des maisons, continuant d’avancer sans cesse malgré l’obstacle, mais le pire reste ceux qui apparurent sur la droite du père entre deux maisons. Dans un coin d’ombre qui les protégeaient du soleil, le Père aperçut un groupe de trois bestioles qui boulottaient paresseusement les restes d’un cadavre toutes trips à l’air (les chronicules pouvaient aussi bien manger des testicules dont ils raffolent que le reste des organes quand ils étaient à court de friandises ronde et juteuse). Ils levèrent les yeux sur lui à son passage pour retourner à leur festin une fois la monture et son cavalier passé.
   Pichard éprouva à ce moment-là ce que seul un homme touché au plus profond de lui même peut ressentir. Son cœur se pinça, son estomac se souleva et il dut réprimer une profonde envie de gerber. La culpabilité qui le rongeait jusque-là éclatât comme un feu d’artifice sur un ciel noir d’encre et il se jura de renvoyer ces créatures au fin fond des enfers. La paume de sa main gauche était couverte de quatre sillons blancs  que se ongles avaient dessinés et qui laisseraient sans doute couler du sang s’il ne desserrait pas le point. Voir ces villageois dans la détresse était de trop pour lui, la vermine devait être éliminée coûte que coûte. À cette pensée Pichard fût pris d’un élan de courage et de bravoure dont il fût le premier surpris,  il se dressa sur les éperons de sa monture, souleva sa soutane et en sorti une magnifique dague dont la lame flamboyante renvoya un éclair de soleil scintillant aux yeux des villageois qui virent la scène de derrière. Son bras se tendit comme s’il cherchait à toucher le ciel et il ajouta à ça une tirade incompréhensible sur le bien et le mal et la lutte infinie qui les opposait. Avant qu’il ne se rende compte du ridicule de la situation, dressé sur Mange-Touffe, le bras tendu se terminant par sa dague, le Père eut quelques secondes de latence et un étrange silence embarrassant s’abattit sur le village. Il tourna légèrement la tête, mis les yeux en coins pour vérifier que les badauds l’avaient bien vu (et ils l’avaient vu, certaine personne se joignant même aux autres pour admirer ce curieux spectacle) et dans un calme olympien, il rengaina sa dague dans son fourreau, se rassit et fît claquer les talons pour quitter ce village au plus vite. Encore un bout de chemin l’attendait et il se jura que même si lui et ses comparses arrivaient à sauver le monde, il ne remettrait jamais plus les pieds dans ce village après la honte monumentale qu’il venait de se payer.

 VI     

   Voilà maintenant une bonne heure que le Père avait pénétré dans la forêt qu'il fallait traverser pour atteindre le Necronimicon, et, aussi bizarre que cela puisse paraître pas l’ombre d’un ennuie ne planait au-dessus de sa tête, il était temps de faire une pause pour reprendre quelques forces.
   Après quelques rasades de son nectar et après avoir abreuvé Mange-Touffe, le Padre passa le pied à l’étrier, et c’est à ce moment-là qu'il entendit un bruit dans les buissons alentour, une sorte de chuchotement léger, mais bien présent, qui soufflait au travers du feuillage épais alors qu’aucun vent ne s’était levé depuis déjà bien longtemps. Avec tout le courage que nous lui connaissons, le Père commença à paniquer et piqua des talons les flancs du poney pour que celui se mette au galop afin de fuir au plus vite cette maudite place. Déjà de grosses gouttes de sueur envahissaient le visage rougeaud du Padre, et c’est les mains tremblantes (mais terriblement bien cramponnées aux rennes) qu’il entreprit de jeter un coup d’œil derrière lui pour vérifier qu’il n’était pas suivit, et c’est à son grand damne qu’il n’aperçut rien, mais il pouvait clairement voir les feuilles mortes qui se trouvaient sur le chemin se soulever comme sous le passage d’une force invisible. C’est alors qu’il comprit qu’il était poursuivi par une force mystique, cette maudite forêt avait finalement décidé de lui envoyer un obstacle en bonne gardienne du Necronomicon qu'elle était . Il fallait faire vite, car le Malin lui n’attend pas, et c’est dans une panique non dissimulée qu’il entama un «  Je vous salue Marie  ». Malheureusement pour lui sa prière ne fit point de miracle, son seul salut résidait dans une course folle qu’il devait gagner à tout prix pour ne pas tomber de son poney qui commençait déjà à monter quelques signes de faiblesse. C’est sous la chaleur d’un soleil qui arrivait à percer avec quelques rayons au travers des arbres que le Père s’aperçut rapidement qu’il perdait du terrain, redoublant d’effort  pour garder sa lucidité, il se remémora la légende qui entourait cette forêt, c’est alors que le souvenir d’un moulin qui se trouvait sans doute près d’ici lui revint, il venait de trouver son ultime espoir. Comptant sur un dernier effort de la part de son destrier, le Père tenta un slalome entre les arbres apercevant au loin ce qui semblait être une clairière avec en son sein une grande forme pointue munie de quatre ailerons qui dépassaient de chaque côté, immobiles, comme figés dans le temps.
   L’agilité du poney était impressionnante, avec une facilité déconcertante celui-ci galopa entre les arbres regagnant par la même occasion un peu de terrain sur leur assaillant. Passé le petit bosquet, le duo de choc déboula enfin sur la clairière. Les quelques mètres restants parurent infinis au Padre, il jeta un dernier regard par-dessus son épaule, il n’aperçut toujours rien mise à part l’herbe qui se couchait sous des pas invisibles, signe que son assaillant était toujours à ses trousses. C’est alors qu’effrayé par un lapin (oui ce poney avait une peur phobique des lapins), Mange-Touffe se cabra dans un hennissement tonitruant envoyant paître Pichard dans l’herbe par la même occasion. L'homme de Dieu, un peu sonné, mais conscient, se dressa illico sur ses cannes et décida de tout donner dans cet ultime sprint pour gagner le moulin, mais comment courir correctement en soutane  ? La solution se révéla d’elle-même…Le Padre empoigna son vêtement à la hauteur des genoux, le souleva, laissant apparaître deux magnifiques jarrets maigrichons et épais comme une badine. C’est dans un élan de classe internationale que le Père entreprit de sauver sa vie. Comme vous pouvez l’imaginez, courir en soutane n’est pas une chose aisée en temps normal, mais courir en soutane ET en sandale est autrement plus embêtant, car en plus de devoir faire preuve d'agilité afin de ne pas en perde une durant la course, le fait de devoir courir en relevant les genoux à hauteur du torse pour ne pas tomber donne à la situation un air des plus comique malgré la gravité de la chose.
    Plus que quelques mètres.
   Dans sa course effrénée,  le Père ne put s’empêcher d'entendre que la créature qui le poursuivait poussait des grognements ignobles alors qu’il la pensait silencieuse, mieux ne valait pas se faire rattraper par la bête, car même si celle-ci était invisible, il se ferait certainement dévorer à belles dents.  Un autre détail attira son attention, prêt du moulin, une table gisait comme perdu au milieu de nulle part, il put la discerner quand il fut plus proche encore. Elle était faite d’un bois épais et possédait sur chaque côté deux anneaux solidement fixés, une chaîne passant entre chacun d’entre eux, les extrémités gisant sur le sol. La table semblait être recouverte d’une épaisse couche de peinture noire, appliquée à la va-comme-j’te-pousse, laissant le bois apparaître çà et là, mais plus il s’approchait plus ce noir paraissait être …vermillon…épais et crade, un peu comme….Du sang séchant tranquillement au soleil depuis bien longtemps maintenant. Dieu sait quelle torture avait vu passer cette table, mais au diable la curiosité pour l’instant, il fallait qu’il sauve ses fesses dans un premier temps. Il était sur le point d’atteindre la porte et de pénétrer dans le moulin.

 

À suivre… lien vers la Partie IV

 

ZoSKiA

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

 

 

1 vote. Moyenne 3.00 sur 5.

Commentaires (5)

1. zoskia 19/02/2014

Merci mon Raph !

Pour le sexe sale je pensait qu'avec ce qu'on avait vécu avec Lethal Shot ça t'avait suffit. Moi j'ai...encore....toutes...ces..images...dans ma...tête...

2. fok 18/02/2014

Mon davon...C hyper fun... moi j'aime beaucoup ta prose mec! un pointe d'argo dans une jolie syntaxe...

Sinon... Ouai faut vous y mettre! :)
Et c quand le passage avec du sexe sale!

3. zoskia 07/02/2014

Merci les gars, j'ai hâte de lire vos écrits !

4. Tankkore 06/02/2014

Toujours aussi bon !! Et effectivement faut qu'on s'y mette mon Cookie !!!

5. Cook 05/02/2014

Excellent ! L'action est vachement prenante. Quand à la course du Padre juste hilarant: je t'imagine me raconter ça avec la voix que tu prends pour dire des conneries, c'est magique.

Zos' le seul d'entre nous qui respect ce qu'on avait planifié. Faut que je m'y remette un bon coup.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

Rejoignez nous sur Facebook!