Quête annexe du Père Pichard - Partie II

La que te du pe re pichard partie ii

 

Le départ

III

    Le Père Pichard décida de se mettre hâtivement à la tâche afin de pouvoir retrouver le plus vite possible le confort, certes modeste, de ses pénates, mais ho combien chère à ses vieux os. Il était toujours adossé à la porte quand un long frisson glacé lui parcourut le long de la colonne vertébrale. Le Père suait à grosses gouttes, les premiers signes de manque apparaissaient.
   Sa dépendance n’était un secret pour personne, mais le sujet était tabou. C’était sans doute pour ça que le Conseil l’avait laissé sortir en premier. Son teint, déjà blafard d’ordinaire, n’avait fait qu’empirer au cours de la brasse monumentale qu’il s’était pris quelques minutes avant et il était à présent aussi blanc que la merde d’un crémier, de plus, son ventre commençait à se faire entendre. Il était à jeun depuis la veille et sa crise de manque lui retournait l’estomac, les réactions chimiques des sucs gastriques agissaient et lui firent expulser un gaz corrosif à l’odeur putride qui lui confirma qu’il était temps de s’activer. C’est ainsi qu’il se mit difficilement en marche jusqu’à sa chambre.

    Le chemin pour querir le Nécronomicon serait long et la préparation en bonne et due forme de son paquetage était une étape importante à ses yeux, non seulement car il aurait l’occasion d’enfiler quelques affaires spécialement conçues pour de longs voyages qu’il n’avait jamais entrepris, mais c’était surtout l’occasion pour lui de sortir du placard la cuvée spéciale de la boisson pour laquelle il serait capable du meilleur comme du pire. Cette boisson, il l’avait appelée « Brute de Pomme » et l’avait conçue dans une tentative ratée de fabrication de cidre pour l’Abbaye. Le bougre faisait mijoter depuis un certain temps maintenant ce délicieux nectar dans une cuve spécialement préparée pour pouvoir tenir dans son placard au milieu de ses affaires, afin que personne ne puisse s’en emparer, et avait même rajouté un système infaillible pour tenir à distance les malandrins et autres détrousseurs qui arrivaient à s’infiltrer dans l’Abbaye. Son placard se trouvait dans un renfoncement et à première vue, c’était un placard comme les autres. Mais l’observateur avisé pouvait remarquer, de chaque côté des murs qui entouraient le placard, une petite rainure. Celle-ci servait de guide au système de sécurité qui se trouvait être une guillotine qui tombait du dessus du placard et qui venait sectionner les doigts du malheureux qui essayait d’abaisser la poignée du placard sans désactiver le mécanisme. Cet ingénieux système avait été imaginé par lui et crée par un artisan à qui Pichard a crevé les deux yeux et les tympans avec une badine afin de protéger un secret dont, soyons franc, tout le monde se contrefous. Cela dit, avec ce placard piégé, Pichard possédait sans doute les fripes les mieux protégées de pays…
   Sa précieuse cuve ne faisait pas plus de 50 centimètres de diamètre et était faite dans un bois qu’il avait lui-même sélectionné pour son affinité avec le délicieux nectar de pomme dont il raffolait. Les cerclages qui entouraient le tonneau étaient ornés de délicats dessins finement poinçonnés représentant une branche de pommier avec ses feuilles et ses fruits et recouvert de feuille d’or. Après six mois de repos dans son contenant, le liquide qui coulait par le petit robinet qui se trouvait en bas du fût, avait la couleur de l’or et dégageait un délicieux parfum de pomme mélangé au bois de chêne qui avait légèrement teinté de brun le fameux nectar. Un frisson parcourut le Père Pichard quand le liquide des Dieux vint se déverser dans son verre qu’il tenait d’une main tremblante. Il porta le verre à sa bouche et l’inclina doucement jusqu’à ce que le liquide entre en contact avec ses lèvres pour n’en laisser passer qu’un infime filet, puis, après avoir respiré de près les arômes dégagés par le breuvage, il prit une gorgée plus conséquente qu’il fit tournée dans sa bouche, comme le font les amateurs de bon vin, avant de l’avaler. Une fois le nectar assimilé par son organisme, il posa son verre sur sa table de chevet afin de préparer son barda.

    Les chambres de l’Abbaye étaient petites, car comme dans toutes les chambres pour les Pères le strict minimum était imposé afin que l’occupant ne soit pas distrait par ses biens matériels et qu’il se concentre uniquement sur sa relation avec le Tout Puissant. Les murs étaient de pierre que l’humidité ambiante rendait suintantes et glissantes, les draps sentaient le moisie et si un minimum d’entretient n’était pas fait, la chambre se transformait vite en nid à champignons et à bactéries.
   Le Père Pichard se trouvait debout au milieu de la pièce, face à son armoire, éclairé à la faible lueur de la bougie qui suffisait à peine pour voir plus loin que le bout de son nez. Ses mains étaient à la préparation de vêtements de toutes sortes alors que son esprit vagabondait pour savoir comment s’y prendre dans sa maudite quête au Necronomicon.
   Il devrait affronter les forces du Mal, il le savait, il devrait aussi affronter ses curieuses créatures, les chronicules, chose qu’il avait libéré avec ses acolytes et qui dévastaient les villages alentour. Comment Diable allait-il parvenir à renvoyer ses diablotins mangeur de testicules de là où ils viennent ?
   Il savait qu’un homme, lui-même venu par une faille ouverte par le livre des morts, était déjà arrivé à combattre les forces du Mal. Cet homme en question était, selon la légende, tombé du ciel dans une explosion tonitruante près du château d’Arthur, avec à ses côtés une étrange carriole et une étrange machine bruyante qu’il pouvait attacher à sa main. L’étranger était même arrivé à sortir du puis aux monstres à l’aide d’une étrange baguette magique. Il avait combattu l’armée des morts qu’il avait réveillés en arrachant le grimoire sans prononcer la formule magique et s’en était allé.
   Le Père Pichard savait ce qu’il avait à faire, il devait récupérer le Necronomicon et prononcer la formule suivante « KLATU BARADA NIKTO » et ensuite il improviserait. Mais d’abord, il fallait déjà arriver à mettre la main sur le livre magique, qui selon certaines sources, se trouvait dans un cimetière à quelques lieux de là.

 

Illustration pichard ii 

IV

    Une fois ses affaires préparées, l’homme de Dieu avala en hâte un petit quelque chose puis prit le chemin des écuries afin de récupérer son poney. Oui, son poney, partir à l’aventure avec un poney n’est pas ce qui a de plus chevaleresque, je vous l’accorde, mais sa petite taille ne lui permettait pas de pouvoir monter autre chose qu’un cheval nain et de toute façon ces petites bêtes (aussi ridicules soit-elles) étaient parfois bien plus vaillantes que leur grand modèle.
   Lorsque le Père Pichard poussa la grande porte en bois de l’écurie, une odeur nauséabonde lui sauta au nez. Les occupants de l’Abbaye étaient responsables des chevaux et donc de leur entretien, mais avec les événements des derniers temps, le lieu était quelque peu laissé à l’abandon et seule la nourriture était distribuée aux animaux.
   À la surprise du Père, un silence de mort régnait dans l’écurie, il referma la porte derrière lui et s’engagea dans l’allée éclairée par le soleil qui perçait à travers des fenêtres aux vitres couvertes de crasse. Le sol était jonché de paille et de merde, et chaque pas était un jeu d’esquive afin d’éviter tout contact les excréments pour ne pas y laisser une sandale. La malchance jouant encore en sa faveur, il lui fallait traverser le bâtiment pour aller chercher sa monture qui se trouvait dans le fond de la bâtisse.
   Les quelques box en bois qui défilaient étaient tous vides. Il était seul, se sentait seul et le silence absolu de la pièce n’était pas pour le rassurer, à tout moment une créature du Diable bien planquée pouvait lui sauter dessus et lui gober un testicule ou deux selon sa faim. Une garde avait été spécialement affrétée pour surveiller les abords de l’Abbaye, mais la plupart des gardes passaient leur temps à picoler et même s’il était midi, il y avait fort à parier que les pluparts d’entre eux dormaient dans le foin, dans un sommeil proche du coma, saoul comme cochon.   
   Mais son angoisse se dissipa bien vite quand il aperçut le box du fond se rapprocher avec, à l’intérieur, Mange-Touffe, son fidèle destrier mastiquant tranquillement quelques brins de paille. Les enclos pour les chevaux n’étaient pas bien grands pour des bêtes adultes, mais pour les chevaux de petite taille cela représentait tout de même un petit bout d’espace conséquent. La structure était en bois clair, avec de grandes lattes verticales clouées les unes aux autres pour faire les murs, et une demi-porte elles aussi en bois, qui permettait aux chevaux de passer leur tête par-dessus.
   À l’approche de l’enclos et dans un ultime jeu d’esquive, le Père fût sur le point d’agripper la porte en bois mais son pied glissa sur ce qui ressemblai à une sorte de mélasse noirâtre mélangée à de la paille dégueulasse qui dégageait déjà à hauteur d’homme une odeur pestilentielle. Son pied s’élançât, éjectant par la même occasion sa sandale qui alla s’écraser dans la boue derrière lui dans un « SPLATCH » propre et net.
   Sentant son équilibre défaillir, le Père agita les bras pour rester debout, mais trop d’éléments jouaient contre lui. Sa bedaine grandissante, le poids de son paquetage solidement arrimé sur son dos, plus l’usure conséquente de son unique soulier restant étaient autant de signes annonciateurs d’une gamelle inéluctable. Il fut d’abord sur le point de recouvrer l’équilibre, mais son esprit, vaguement embrumé par sa boisson, fit que sa main rata la porte de l’enclos à laquelle il entreprit de se rattraper. Dommage, car de ce fait, tout son poids le fit basculer en arrière, ses deux pieds décollèrent du sol, un de ses genoux vint taper contre la porte, ce qui le fit se retourner dans sa chute. Voyant le sol se rapprocher dangereusement, son dernier espoir fut de tendre ses deux bras en avant afin d’amortir ce qui se présentait comme une chute douloureuse. Mais c’est la réception qui fut le pompon de cette magnifique démonstration d’équilibrisme. Le sol étant maintenant à une distance critique, le Père Pichard contracta tous les muscles possibles de ses bras afin de constituer le meilleur amortisseur possible. Seulement voilà, le sol étant recouvert d’une épaisse couche de mélasse grasse et puante, le bougre ne pensa gère au fait que ses mains puissent glisser. C’est précisément ce qu'il se passât. Le malheureux eu même le temps de voir ses mains rentrer au contact du sol, puis de voir ses bras glisser de chaque côté, tel le Christ, pour qu’au final il termine allongé de tout son long dans ce que nous appelons plus communément de la merde. Tout ça, bien sûr, sous le regard blasé de Mange-Touffe qui retourna à son foin aussitôt son maître à terre.

   L’odeur qui se dégageait de sa soutane était insupportable, en temps normal celle-ci était déjà d’une saleté hors norme mais là, même le Père habitué à sa forte odeur ne put réprimer l’envie de gerber qui s’annonçait avec l’arrivé d’un râle violent précédent généralement le rendu liquide. Mais le temps lui était compté, il voulait arriver à la première étape de son aventure avant la tombée de la nuit car il lui fallait traverser une forêt qui avait la réputation d’être hantée. Une fois son envie de vomir réprimée, le Père Pichard décida de faire tout de même un rapide brin de toilette, l’abreuvoir contenait toujours un peu d’eau, ce qui constituerait une baignoire improvisée idéal pour l’occasion.
   Une fois débarbouillé, sa soutane changée, Mange-Touffe apprêté, l’heure était venue de se mettre en route, le soleil était déjà haut dans le ciel et aucun nuage ne se profilait à l’horizon, le temps parfait pour voyager, le Père Pichard mis le pied à l’étrier et partit au trot en direction du sud, là où se trouvait le cimetière au Necronomicon.

 

À suivre… lien vers la Partie III

 

ZoSKiA

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

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Commentaires (2)

1. Camille 27/11/2013

Pas très doué ce Père

2. Tankkore 27/11/2013

Mange-Touffe... juste le nom le plus génial du monde pour un poney !!! Bravo mec, j'ai ri !!

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

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