Quête annexe du Père Robuchet - Partie I

La que te du pe re robuchet partie i

 

I

  Tout commença en ces âges sombres durant lesquels le monde devait une fois de plus faire face à une calamité d'apparence insurmontable. Si je suis là aujourd'hui à retranscrire l'épopée incroyable qui a permis la fin d'un mal indicible c'est que nous avons finalement vaincu. Car oui, nous les Trois Pères de la Grande Poutrasse avons pourfendu les démons les plus terribles qui furent enfanter par le Seigneur des Ténèbres lui-même (et ce peu importe le nom que vous lui donnez). Crocus Scrotumimus, voilà quel était le nom de ces créatures abjectes qui se déversèrent sur le monde malgré nous, voilà la terreur qui fit trembler l'humanité entière et particulièrement ces représentants masculins. Encore de nos jours je frémis à l'idée que l'un de ces chronicules aux mâchoires avides d'une bourse à sectionner ne vienne troubler mon sommeil. Combien de fois ai-je évité la castration d'un poil de b... cheveux au cours de mes pérégrinations ? Heureusement les mortels que nous sommes peuvent enfin dormir sur leurs deux oreilles, du moins jusqu'à la prochaine catastrophe.
 
Bref, si aujourd'hui ma plume déverse ses mots sur ce vélin de vilaine qualité c'est pour mieux rendre compte de la tragédie que nous empêchâmes après la maladroite aventure qui nous fit, Père Pichard, Père Gratignole et moi-même, Père Robuchet, ouvrir une porte démoniaque par laquelle le fléau chronicule se fraya un chemin sur notre plan terrestre. Il paraîtrait que mes deux compères sont également entrain de faire rédiger par de jeunes pages les périples qui mirent fin à nos tourments. De mon côté j'ai choisi d'écrire seul, avec pour seul témoin ma conscience, car je ne serais mentir sur les événements que je vécu.

  Mon histoire débute à l'Abbaye de la Grande Poutrasse, lieu saint parmi les lieux saints, où le nombre de prières n'a d'équivalent que le débit de la boisson sanctifiée qu'est la bière brassée aux pieds par les vénérables moines du monastère. La journée était chaude et l'activité de la région s'était ralentie du fait de la chaleur et du danger qui venait de s'abattre. On racontait que plusieurs villages étaient condamnés, qu'aucun enfant n'y naîtrait plus, que pas un homme n'était resté intact. Imaginez le désarroi qu'un tel discours répandait dans le pays ! Pour ma part j'avais trouvé refuge à l'Abbaye où bien évidemment les remontrances avaient plu comme vache qui pisse. Retranché dans ma cellule je méditais alors que le Grand Conseil cherchait une solution au milieu de discussions aussi assommantes qu'inutiles. Je savais que mes deux confrères d'infortune avaient déjà pris des dispositions pour sauver la situation, il me restait donc à en faire autant. Oui mais quoi ? Comment pouvais-je combattre ces monstres avaleurs de virilité ? J'avais beau retourner le problème en tous sens, consulter les ouvrage de la bibliothèque de l'Abbaye, rien, rien ne vint. Pourtant je ne pouvais laisser la lourde tâche qui nous incombait uniquement sur les épaules de mes deux compagnons aussi capable qu'ils étaient. Mon inquiétude se mua peu à peu en angoisse. La peur s'installa, se vissa à mon corps défendant. Je ne pouvais continuer de la sorte, l'enjeu était trop grand. J'avais besoin de conseil. Et c'est ainsi que je repris la route, un petit matin d'été sur ma fidèle monture Mâche-Longe, un poney obéissant mais plus peureux qu'une souris épiée par un matou. Comme toute bonne expédition l'horizon était ma destination, l'aube le début de mon voyage.

  Je mentirais si la honte et le désir de fuite n'avaient pas motivé mon départ. Néanmoins il était nullement question de partir au petit bonheur mais bien de trouver un moyen d'aider dans le combat que livrait mes amis Père Pichard et Gratignole. Mes pas me dirigèrent inconsciemment en direction des montagnes environnantes. Je savais que j'y glanerais des réponses, ou à défaut, de bons conseils. J'avais une vieille connaissance qui vivait recluse dans ces monts, sa sagesse dépassait celle des plus éminents padre de la Grande Poutrasse. Cependant le chemin était long et semait d'embûche. La mort rôdait au moindre détour de sillon.

 

II

 

  La poussière, voilà le pire dans les voyages. La poussière ça rentre par une narine et... ça y reste ! Une horreur. Mâche-Longe secouait la tête depuis le départ, lui en avait eu plein les pattes avant même que nous partions. Sacré bestiau, toujours à renâcler. Heureusement pour lui l'Abbaye s'était occupé de son équipement génital depuis belle lurette, le danger chronicule ne le concernait pas. Je ne pouvais pas en dire autant. Il conviendrait même de dire que je n'en menais pas large. Le simple fait d'imaginer être traqué par un trio de ces créatures démoniaques me fichait la chair de poule. Pourtant la clarté du jour et notre bonne allure avait de quoi me rassurer. Nous avancions d'une démarche conquérante tout droit vers la montagne. Évidemment comme rien n'avait entravé ma quête les ennuis allaient finir par poindre à un moment ou à un autre. Mais à ce instant j'étais heureux, fier d'apporter ma pierre à l'édifice qui bannirait définitivement ces satanés gobeurs de bourses. Ma félicité prit fin alors que je venais de me soulager dans des fourrés assez hauts pour cacher ma personne mais également suffisamment épars pour me laisser un champ de vision sur ma monture et d'éventuelles mésaventures.  

  Un rugissement déchira la douce mélopée du vent dans les arbres. Un cri de bête enragée. Mâche-Longe eut la réaction la plus banale qui soit : il hennit. Et je fis de même à ma grande honte. Un son aigu de pucelle me déchira la gorge alors que les longs poils grisâtres de ma barbe s'empêtrèrent dans mes jambes. Ni une ni deux je me retrouvais les quatre fers en l'air alors que ceux de mon compagnon chevalin claquaient déjà contre la terre battue de la route. A force de grognements et d'injures bien senties (au moins à hauteur de l'urine que j'avais habilement évitée dans ma chute) je me retrouvais debout, merdeux, mais debout. Je pris sur moi de me lancer à la poursuite de mon bourrin qui, en plus de s'enfuir avec ce qu'il me restait de dignité, avait mes fontes sur son dos. Dans ma malchance le bonne œil me sourit, de là à dire qu'il avait entendu mes prières... Quoiqu'il en soit Mâche-Longe dans sa couardise avait eu l'intelligence de stationner à quelques mètres du lieu de mes désagréments. Il ne me restait plus qu'à vérifier que rien ne manquait et nous étions repartis comme si de rien n'était.

  Intrigué par le hurlement bestial nous fîmes halte n'ont loin des taillis qui abritaient certainement le monstre de crocs et de griffes. Avec toute la prudence du monde j'avançais en catimini de l'orée du bois pendant que mon poney montait la garde accroché à un chêne. J'attendis plusieurs minutes allongé dans l'herbe sèche. Ma robe élimée n'en était pas à ses premières salissures. Quand j'estimais le prédateur potentiel hors limites je me levai non sans ahanements de vieillard plus coutumier des cabinets d'écriture que des promenades mouvementées. J'avais tout de même quelques notions bien précises dans le domaine de la survie et plus particulièrement de la traque. Et là ce que j'avais sous les yeux acheva d'éclipser le peu de courage que j'avais mis de côté, la trace ne pouvait signifier qu'une chose : un lynx rôdait.

 

À suivre...

 

Cook 

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

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