Quête annexe du Père Gratignole - Partie III


 

La que te du pe re gratignole partie iii

 

Attaque en pleine Gervasse

V

   Tout était paisible depuis le départ de Bourgrossac, Gratignole naviguait sur la Gervasse dans une torpeur apaisante après la nuit agitée qu’il avait eue. Avec cette eau calme, cette légère brise qui faisait frissonner les fougères du rivage et l’astre solaire qui caressait la peau de ses rayons réconfortants, le Père avait une inéluctable envie de siester un court moment dans son embarcation, surtout avant d’arriver au niveau de Monglard, village réputé pour ses rassemblements de pécores bruyants et amateurs de charrettes de courses. Une fois la rame posée à l’intérieur du canot et le sac à dos placé en oreiller, Gratignole s’installa du mieux qu’il pût pour entamer son repos d’après-midi, un sourire de satisfaction aux lèvres.

   Mais, après seulement quelques minutes, le vieillard entendit un bruit de plongeon non loin de là. Pas de quoi s’inquiéter pensa-t-il, les poissons du coin sortent enfin leurs branchies. Puis soudain, un second plouf se fit entendre, beaucoup plus près cette fois, quelques gouttes d’eau vinrent même éclabousser le visage du Père qui cette fois-ci, sans ouvrir les yeux, grommela :

- C’est pas bientôt fini oui ! Y en a qui aimerait bien dormir sans recevoir des giclettes de flotte en pleine trogne !!

Gratignole repris le cours de sa sieste, l’air renfrogné mais, déjà, un troisième claquement d’eau retentit aussitôt accompagné par le signal d’alerte de Flipflap :

- Coucoucoucoucoucoucoucoucoucoucoucoucoucou !

Le moine se redressa d’un bond dans sa barque, qui faillit chavirer et, les yeux encore mi-clos, s’empara de la rame en guise d’arme. Si son fidèle compagnon à plumes a employé ce code sonore, c’est qu’un danger imminent menace son maître. Y aurait-il un rapport avec les ploufs entendus auparavant ? Il allait bientôt le savoir. Alors qu’il inspectait les alentours, une bête surgit de l’eau et passa tout près de lui dans un claquement de mâchoires. Etait-ce un poisson ? Non, c’était plus longiligne, plus écailleux, plus… dentelé ! Le Père n’en revenait pas, il attendit un deuxième passage pour s’en convaincre et, cette fois-ci, il vit mieux le monstre aquatique à sa sortie de l’eau. Tout en l’esquivant, Gratignole pu apercevoir ses dents effilées, sa longue queue et ses petites pattes griffues.

- Sacrebleu, s’écria-t-il, mais c’est un chronicule ! Un chronicule… marin !

L’heure de la sieste était définitivement terminée, le Padre tenait fermement son arme de fortune et scrutait attentivement la moindre onde suspecte autour de l’embarcation. Dans sa tête tout se perturbait, la découverte d’une nouvelle espèce de chronicule l’emplissait de joie mais faire face à ces horribles reptiles carnassiers au milieu de l’eau lui donnait des frissons. De plus, Gratignole comprit vite qu’il y avait trois individus distincts qui attaquaient, technique de combat déjà remarquée auparavant avec le Crocus scrotumimus commun, ce qui rendait la situation d’autant plus délicate. La capacité d’analyse du Père était encore à son plus haut niveau mais sa technique de combat n’avait pas été utilisée depuis belle lurette. Alors que les trois lézards aquatiques bondissaient hors de l’eau à tour de rôle, Gratignole pris enfin son courage à deux mains et lança virilement à ses ennemis :

- Alors mes petits têtards, on s’attaque au vénérable Père Gratignole ? Vous allez voir ce que vous allez voir, car j’étais premier de ma section au maniement du bâton pendant mon service militaro-écclesiastique et je peux vous dire que j’ai botté des fessards par paquets, c’est moi qui vous le dis !

Aussitôt dit, il commença à faire tournoyer sa rame devant lui mais le maniement de l'objet mal équilibré lui donna du fil à retordre, d'autant qu'il manquait de pratique. Après quelques tours plus ou moins réussis, le manche vint taper son arcade sourcilière puis la pale s’écrasa sur son pied droit. Il retenta plusieurs fois la manipulation avec un résultat toujours aussi peu convaincant mais, dans un mouvement d’agacement, Gratignole frappa violement un des reptiles et l’envoya voler sur la rive. Surpris par ce geste involontairement victorieux, il esquissa un petit pas de danse dans la canote en guise de satisfaction jusqu’au moment ou un deuxième carnassier marin surgit juste devant lui, les mandibules déployées et les chicots aiguisés. Le Père eu juste le temps de se cacher derrière la rame en fermant les yeux de peur. Lorsqu’il les rouvrit, il poussa un cri d’effroi :

- Mordiable, mais c’est qu’elle a bouffé le bout de ma rame cette satanée bestiasse de l’Enfer ! Je vais faire quoi maintenant avec ce vieux bout de manche tout pérave ?

 

VI

 

Gratignole lâcha le reste de la rame. Il restait encore deux ignobles créatures tapies dans la rivière et il n’avait plus aucun moyen ni de se protéger ni de porter un coup. Heureusement, il restait la botte secrète du Père, celle que personne ne connaissait, même dans son entourage le plus proche. Il appela Fliflap à la rescousse. L’oiseau voleta jusqu’à son maître et se positionna à quelques dizaines de centimètres de lui en faisant du sur-place. La tension monta d’un cran, le Padre et son compagnon à plumes guettaient le moindre remous, la moindre bulle d’air remontant à la surface sachant que les chronicules, cachés dans les profondeurs de la Gervasse, attendaient le bon moment pour surgir. Les minutes paraissaient des heures, Gratignole suait à grosses gouttes et Flipflap commençait à fatiguer quand, soudain, sur le flanc droit, un chronicule bondit hors de l’eau, la gueule grande ouverte. Aussitôt le Père pointa du doigt l’ennemi et hurla :

- FLIPFLAP ! ATTAQUE MOLETON ACIDE !!

Dès lors, le coucou piqua vers le reptile, collerette déployée, gonfla des glandes situées sous son bec et lui cracha une substance visqueuse et corrosive en plein dans les yeux. La bestiole, gravement touchée, dévia de sa trajectoire initiale et retomba dans l’eau, inerte.

- Bravo Flipflap, t’es un champion ! s’écria Gratignole, tes tirs sont de plus en plus précis et gagnent en puissance !

- Coucouuuuuuuuuu ! piailla l’oiseau tout en décrivant des cercles dans le ciel.

- Nos efforts secrets ont porté leurs fruits, mon vieux compagnon, continua le Père, mais je pense qu’on peut encore apporter des améliorations !

Effectivement, depuis plusieurs années maintenant, le Père Gratignole entraînait mystérieusement son coucou domestique, non loin de l’Abbaye, pour lui faire développer une aptitude de sécrétion ultra-rapide de salive tout en cherchant moult combinaisons pour rendre la bave, habituellement inoffensive, complètement corrosive. Ainsi, il a exclusivement nourri Flipflap avec les fromages les plus fermentés, les piments les plus forts et des litres de jus de citron. Le seul problème qui réside encore, est que les glandes salivaires de Flipflap mettent du temps à se remplir, ce qui est un handicap lorsque l’on se retrouve face à plusieurs adversaires, et cela, Gratignole le savait très bien.

L’euphorie d’avoir mis le deuxième chronicule hors d’état de nuire étant passée, il fallait maintenant se reconcentrer sur le combat et affronter le dernier spécimen, sûrement furieux d’avoir perdu ses compagnons d’attaque. Dorénavant, le Père ne pouvait compter que sur lui-même et ses capacités martiales. Le célèbre coup du Lynx, transmis  de génération en génération, ne pouvait fonctionner en zone aquatique et encore moins sur un ennemi rapide, ainsi, il ne vit qu’une seule technique possible : la Revanche de la Carpe ! Dès lors que le troisième reptile sortit la tête de l’eau, Gratignole se précipita vers lui pour effectuer cette technique redoutable mais, en mettant tout son poids sur l’avant de l’embarcation, celle-ci se renversa aussitôt sur lui, le prenant au piège des eaux mystérieuses de la Gervasse.

L’eau était redevenue calme. Flipflap voletait au-dessus de l’embarcation qui dérivait vers la rive. Il lança de nombreux cris plaintifs ne voyant pas son maître revenir à la surface, ni le dernier chronicule d’ailleurs. Qu’en était-il ? Le reptile avait-il eu raison des testicules du Père incapable de se défendre sous l’eau ? La barque atteignit la berge sans un bruit puis, lentement, elle se soulevât étrangement et laissa apparaître la tignasse blanche détrempée de Gratignole. Après quelques minutes de surveillance rigoureuse, caché sous l’esquif en bois, le Padre bondit de sa cachette, toujours sur le qui-vive, les bras parés pour le moindre assaut ennemi. Vu qu’aucune attaque reptilienne n’arrivait, Gratignole se détendit et remit l’embarcation à l’endroit afin de pouvoir récupérer ses affaires mouillées. Alors que Flipflap s’approchait dans un piaillement de joie, le Père fit un brusque pas en arrière, la bête était là, près de son sac, étalée de tout son long. Il s’approcha prudemment et vit un filet de sang couler le long de la tête de l’animal, comme si il avait reçu un coup puissant sur le haut du crâne. Le renversement de la barque aurait-il eu raison du dernier chronicule aquatique ? Gratignole ne voyait pas d’autre explication et après avoir vérifié, à l’aide d’un bâton, que le reptile était bien mort, il prépara un bon feu afin de sécher ses affaires. De nombreux parchemins étaient complètement trempés mais, heureusement, son précieux recueil sur les chronicules avait été épargné par les eaux, bien emmitouflé dans des linges épais. D’ailleurs, le Père allait profiter de ce moment d’attente pour examiner la carcasse de cette nouvelle espèce et répertorier le maximum d’informations à son sujet. Après plusieurs heures de travail, Gratignole mis enfin un terme au nouveau chapitre de son encyclopédie, celui du Crocus Scrotumimus Fluvius, la terreur des rivières !

 

À suivre...

 

Tankkore


 

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Commentaires (3)

1. Cook 04/10/2015

Elles se planquent partout ces bestioles ><. Excellente suite !

2. Tankkore 03/10/2015

Merci l'ami, ouais et y en aura d'autres des nouvelles bestiasses :)

3. zoskia 02/10/2015

Une très bonne troisième partie (j'ai bien ri ^^) et une créature de plus à rajouter au bestiaire d'Acheron ! Cool !

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Date de dernière mise à jour : 09/10/2015

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