[Pichard] Le Labyrinthe De Minhus - Partie II

Le labyrinthe de minhus partie ii

III

   C'est après trois bons jours de repos que Pichard prit le départ. Il en profita d'abord pour fabriquer un parchemin magique de pluie de givre sur un rouleau de papier toilette (les parchemins étaient assez coûteux), puis il fila chez le Tavernier pour remplir sa gourde modèle géant de brut de pomme. Il avait avant tout profiter de cette accalmie pour peaufiner ses recherches concernant la gravure.

 

    Visiblement, la pierre que tenait cette bestiole d'un autre âge était une pierre de transformamutation. Comme son nom l'indique, elle permet à son possesseur de se transformer et même si elle ne constituait pas un indice en soi pour vaincre les Chronicules, elle permettrait au moins de donner un avantage aux Pères de l'Abbaye dans leur combat. Et puis après tout, sur la gravure, le Taureau était perché sur une montagne de squelettes de Chronicule, peut-être apprendrait-elle quelque chose sur eux.

Il lui faudrait partir à l'ouest pour atteindre les côtes, prés du village de Mon-Jaret sur Girolle, en passant par le Chemin de Kouglov, et enfin il longerait la côte jusqu'à tomber (enfin l'espérait-il) sur le fameux Labyrinthe. Sur le papier et selon l'itinéraire choisi par Pichard, le voyage ne devait pas prendre plus d'un ou deux jours, et c'est ainsi que la Padre prit la route, accompagné de Gus et de Mange-Touffe.

 

   Les arbres défilaient maintenant depuis un petit moment et Pichard, ressentant soudainement une vive douleur au derrière, décida de descendre de sa monture afin de faire quelques lieues à pied pour se dégourdir les guibolles.

Ils suivaient maintenant un large chemin à l’abris d’un bosquet qui leur apportait un peu d'ombre et de fraîcheur sous cette chaleur harassante, quand ils entendirent un bruit provenant de derrière les arbres puis aperçurent subitement une fumée blanchâtre s’élever au milieu du chemin. C'était la même poudre blanche qu'avait utilisée Gratignole pour couper court à la dernière réunion du Conseil de l'Abbaye. Cette épaisse fumée laissa place à trois minuscules ombres qui toussaient violemment. Manifestement, ils ne savaient pas l'utiliser et l'un deux était devenu complètement rouge et se tenait la gorge des deux mains, les yeux exorbités. Les autres, en revanche, ayant retrouvé un peu de contenance, se tenaient maintenant droits comme des piquets, l'air terriblement sûrs d'eux, voire même arrogants malgré leur taille ridicule. Le chef, estima le Padre, devait être celui que se tenait devant. Il était habillé d'une élégante chemise verte brodée d’ornement en or et d'un pantalon étrange qui s'évasait sur le bas et couvrait ses chaussures. Le seul problème avec ces vêtements, c'était qu'ils étaient beaucoup trop grands. Le gredin avait raccourci leur taille en coupant les extrémités, mais ils restaient tout de même ridiculement larges. Ses deux autres coéquipiers étaient eux, habillés comme des craspec.

   Pichard s’arrêta, non sans une certaine appréhension. Cette situation puait le combat à plein nez, d'autant plus que le petit teigneux de devant le regardait vraiment de travers. Pichard décida d'opter pour la même stratégie. Ils se dévisagèrent ainsi pendant trente bonnes secondes. La tension était palpable et le pet d'une mouche aurait pu faire éclater une rixe que le Padre redoutait.

Une minute.

Derrière eux, le troisième homme repartit d'une quinte de toux tonitruante. À chaque toussotement, le chef des bandits plissait d'avantage les yeux, puis il éclatât d'une colère noire :

 - MAIS TA GUEULE TOI !

- Il s'étouffe chef.

- Eh ben aide-le, bougre de con !

- Mais je suis pas médecin, chef.

- Tu es ?...Pas ?...Tu veux que je te fasse comme la dernière fois ? lui dit-il d'un ton sévère. Tu veux VRAIMENT que je te fasse comme la dernière fois ?

- Ah non, ah nonon ! Je vais voir ce que je peux faire, chef.

Il quitta son poste pour aider son équipier qui agonisait lamentablement à cause de la fumée blanche. Le chef se retourna vers Pichard.

- Tu as vu Padre ? Tu as vu ce que tu as fait ?

- Mais c'est vous qui m'avez...qui m'avez...en vérité, je ne sais même pas ce que vous voulez, ni qui vous êtes.

Le chef se mit à rire à gorge déployée, mais son rire était couvert par la toux puissante du troisième bandit. De nouveau il tonna :

- C'EST PAS ENCORE FINI ?

- Il est tout bleu, chef, il est en train de caner !

- QU'IL LE FASSE EN SILENCE.

Le deuxième bandit sortit un épais mouchoir de sa poche et lui bourra dans la bouche tout en lui susurrant des « chuuuuuut  !!!! » autoritaires et en lui bloquant fermement la mâchoire.

Le chef reprit :

- Qui je suis, Padre ? Je suis Kouglof.

Mais l'effet ne fut pas celui prévu par le bandit. Pour seule réponse, il n’eut qu'un regard perplexe de Pichard.

Silence.

- Je vais te détrousser, Padre.

Gros silence.

- Je ne te fais pas peur, c'est ça ?

- ...

- Pourquoi il répond pas ce con ? lança le deuxième.

- J'en sais rien, on dirait bien qu'il a les chocottes, hein, Padre ?

Silence.
Le troisième bandit s'écroula raide mort étouffé sur le sol.

- Alors, tu comme ça tu veux pas parler ?

Silence.
- Faut arrêter de lui poser des questions, chef, il répond pas.

- Ta gueule ! Tu crois que j'ai pas compris ? Allez hop Padre, tes affaires, ta bourse et tes animaux.
Pichard lâcha la bride de Mange-Touffe, se retourna vers Gus et lui dit doucement de reculer. Ce qu'il fit. Il en profita aussi pour tirer de sa besace le rouleau de papier toilette qui lui servait de parchemin magique. Il fit de nouveau face à Kouglof et son bandit.

- C'est moi qui vais parler maintenant, vile canaille ! Pichard se trouva un aplomb et une confiance hors du commun, ses aventures commençaient-elles à lui forger le caractère ? Avec ce parchemin je m'en vais (Seigneur pardonnez-moi) gentiment te botter ton cul de blanc-bec. Il décrocha une feuille de papier, celle où était inscrite la formule, puis il laissa choir le reste du rouleau, qui mourut sur le chemin après quelques rebonds. Kouglov reprit :

- Tu comptes vraiment nous attaquer avec du papier toilette, Padre ?

- Il veut nous torcher l'cul, chef ! Dis le second avec un accent de pécore.

Ils esclaffèrent d'un rire gras et franchement fourni.

- Et ton épée... C'EST UNE BROSSE À RÉCURER LE TRÔNE ???!!! lança Kouglov.

Ils hurlaient de rire à présent, l'un se tenait les côtes et l'autre le ventre. Un bien triste spectacle.
Pichard comprit que c’était le moment ou jamais pour le parchemin. Le tenant tantôt à bout de bras, tantôt au ras du pif pour essayer de voir quelque chose, il attira le regard de Kouglov, qui, entre deux larmes de rigolade, comprit les intentions du Padre. Il se lança sur lui.
   À peine Pichard avait-il commencé à y voir moins flou sur son parchemin, qu'un vent glacial se leva, sans qu’il ne lût aucun mot magique. « Efficace ce sort » s'exclama-t-il fièrement. Kouglov et son acolyte, qui se tenait à un mètre devant Pichard, prêt à lui bondir dessus, firent quelques secondes de sur-place, luttant contre un mur de vent épais, limite physique, avant de reculer, poussés par la force de l'air. C'est au moment où ils décollèrent du sol que Pichard parut saisir quelque chose dans leur regard. Ce qu'il y vît, c'était la peur. Mais ce n'était pas du vent ni de Pichard qu'ils avaient eux peur. Leurs regards s'étaient portés une seconde au-delà du Père. Juste derrière. Mais au moment où Pichard voulut se retourner pour voir ce qu'il y avait, une branche vint lui fouetter la joue. Le vent s'intensifiait, il fallait finir de lire le parchemin (ou la feuille de papier toilette accessoirement). Le Padre n'arrivait qu’à articuler quelques syllabes de formule magique, la lecture étant devenue difficile à cause du vent, le parchemin bougeait dans tous les sens. Pourtant la pluie de givre fit son apparition. Alors que les deux bandits tournoyaient et voltigeaient au cœur d'un cyclone qui ne semblait viser qu'eux, une multitude de petits poignards de givres, comme des stalactites, vinrent transpercer l'épais rideau de vent qui emprisonnait les bandits. Les hurlements d'agonie furent brefs, quelques secondes tout au plus. Puis le vent retomba. Puis s’arrêta complètement. Le spectacle qui s'offrait au Padre lui souleva l’estomac au point de lui en faire rendre son déjeuner. Des parties de cadavres étaient disséminées un peu partout sur les arbres, l'herbe et le chemin en terre. Les corps avaient été criblés de givre, transpercés de part en part et même à certains endroits sectionnés. Ce qui ressemblait à des viscères pendait mollement aux branches et gouttait de temps en temps. C'était proprement dégueulasse. Pichard faillit tourné de l’œil quand il aperçut le deuxième bandit qui agonisait à quelques mètres de lui, rampant au sol, les jambes coupées, le corps décharné et un pique de glace planté en travers de la joue. Le Père observait la scène, subjugué, quand, tout à coup, juste là, à ses pieds, tomba le corps de Kouglov, ou du moins ce qu'il en restait. Une petite fiole transparente glissa de la chemise du bandit. Il la ramassa, essuya le sang, et la regarda d'un peu plus près. Elle était remplie d'un liquide aussi clair que de l'eau, sans nom, sans rien. Il l'agita deux ou trois fois et il la fît glisser dans sa besace.

 

   C'est un peu écœurée que la petite troupe se remit en chemin. Passer par dessus les membres éparpiller sur le chemin allait encore, mais éviter les gouttes qui tombaient sur la tête ou sur la soutane fût autrement plus difficile. Quelques centaines de mètres derrière le carnage, le chemin débouchait sur une grande clairière, idéale pour faire une bonne pause et consulter la carte. Le labyrinthe n'était pas loin. Ils seraient sans doute dans la zone d'ici le soir, mais le Padre ne commencerait ses recherches que le lendemain matin. Bien sûr, il espérait mettre la main sur l’entrée du labyrinthe tout de suite, mais c’était là une autre paire de manches, surtout avec son profond sens de l’orientation…

Quoi qu’il en soit, Pichard reprit la route, plus motivé et plus déterminé que jamais, sentant monter en lui la bravoure d’un chevalier sans peur capable de déplacer des montagnes. Sans doute ce sentiment était-il provoqué par une surdose de brut de pomme avalée par grosses goulées pendant la pause. Mais après tout, peut être que son cœur devenait-il chaque minute un peu plus brave ? Seuls le temps et le combat contre le Minotaure pourront le dire...

 

 

À suivre....

 

 

Zoskia

 

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

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Commentaires (5)

1. Tankkore 16/12/2014

Gus, le Démon pingouin qui terrasse des nains à la stalactite !!!! Épisode de goret, j'aime bien !!!

2. zoskia 11/12/2014

"Seuls le temps et le combat contre le Minotaure pourront le dire..."

3. Cook 08/12/2014

Une intuition.

4. zoskia 08/12/2014

C'est corrigé Cookie, merci. T’inquiète pas pour Gus tu le verra bientôt en action, et au fait qu'est-ce qui te fait croire qu'il a des pouvoirs ^^

5. Cook 08/12/2014

Je ne m'attendais pas à se tournant gore ! Je pensais que Gus allait montrer l'étendu de ses pouvoirs... Bref à quand la suite !?

Petite faute que j'ai repéré: "Les autres, en revanche, ayant retrouvé un peu de contenu" => de contenance

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Date de dernière mise à jour : 16/12/2014

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