MELCHIOR ASCARIDE


 

Melchiorascaride

 

Parce que sur Acheron nous aimons mettre nos passions en avant, nous voilà en compagnie de Melchior Ascaride graphiste free-lance, qui bosse aussi pour Les Moutons Electriques, une maison d’édition bien connue d’Acheron. Du coup, Tankkore étant graphiste et Zoskia étant fana de lecture, il était normal d’arriver à fusionner ces deux passions pour une interview décontractée en compagnie du bonhomme.

1 – Salut Melchior ! Bienvenu dans l’Abbaye de la Grande Poutrasse, lieu de culte du webzine Acheron. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Salut Acheron, salut les lecteurs.trices et merci de me recevoir dans ce lieu ô combien charmant !

Je suis né en 1984, la meilleure année du monde puisqu’elle a vu la sortie de films tels que Ghostbusters, Terminator ou encore Les Griffes de la Nuit. Je suis graphiste depuis maintenant sept ans, je n’ai pas de vrai métier à côté et je suis freelance. Oui, j’aime bien jouer en mode hard. Je suis spécialisé dans ce que l’on aime appeler dans le jargon le print, c’est-à-dire tout ce qui finit tôt ou tard par être imprimé sur du papier. Et je suis entre autres graphiste (ou directeur artistique quand on veut se la raconter) pour la maison d’édition Les Moutons Électriques.

2 – Quel a été ton parcours professionnel depuis ta sortie de l’ECV d’Aix-en-Provence en 2009 ?

Haha. Ah ouais vous vous êtes bien renseignés, chapeau ! Mon parcours a été assez classique j’imagine, rempli de rêves et de gifles de la réalité. J’ai commencé à bosser en freelance dès la fin de mes études sur un projet web génial pour une radio qui s’est interrompu au bout de quelques mois, j’ai réalisé quelques projets de livres pour enfants (que j’avais écrits et illustrés) qui n’ont pas trouvé d’éditeur et en 2011 j’ai monté un petit studio graphique avec deux copains à Aix-en-Provence. On a bien galéré pendant un an et demi à faire des trucs moyennement drôles (principalement dans le domaine médical) et pas très bien payés, à apprendre l’enfer qu’est la gestion d’une boîte quand tu n’y connais rien, les coulisses obscures des marchés publics… Et finalement on a décidé de fermer le studio, je suis redevenu freelance et j’ai fait mes cartons pour m’installer à Paris car le constat était sans appel : si je voulais vivre de mon métier, je devais quitter le Sud. Et puis une fois arrivé à la Ville, j’ai gratté quelques contacts, qui m’ont amené d’autres contacts, je suis allé voir des gens et j’ai réussi à me monter un petit réseau de clients réguliers et réglos avec lesquels je travaille depuis. Et j’en suis ravi.

3 – Nous avons connu ton travail grâce à notre partenaire Les Moutons Électriques pour lequel tu fais des illustrations, comment s’est passé la rencontre avec cette maison d’édition ?

Tout bêtement. En 2012 je suis allé faire un tour au Salon du Livre de Paris, avec mon sac rempli de books pour aller démarcher un peu. Et puis j’ai gardé le meilleur pour la fin (croix de bois croix de fer c’est pas de la lèche, c’est un éditeur avec lequel j’avais vraiment envie de bosser) et avant de quitter le labyrinthe anxiogène qu’est ce salon, je me suis arrêté au stand des Moutons, j’ai été reçu par Julien Bétan à qui j’ai demandé si je pouvais lui présenter mon boulot. On s’est assis à une petite table, on a parlé pendant qu’il regardait mes travaux, André-François y a jeté un œil également et puis on s’est serré la main, je leur ai laissé mon portfolio et ma carte et je suis parti. Et ce n’est que rentré chez moi que je me suis claqué le front en réalisant que j’avais oublié de leur dire que nous avions des amis communs. Tant pis. Et puis quelques mois plus tard, après être rentré du vernissage d’une expo où je ne suis jamais arrivé, j’avais dans mes mails un courrier intitulé « Seconde prise de contact » et signé A-F. Ruaud. Je l’ai lu. Et au fur et à mesure des quelques lignes j’avais un sourire qui se dessinait sur la figure : mon travail leur plaisait et ils voulaient qu’on tente le coup. On a commencé avec du Roland Wagner et on continue encore aujourd’hui.

4 – Quel est le processus créatif lorsque tu dois réaliser une couverture de livre ? T’inspires-tu du livre en le lisant ? La maison d’édition t’impose une charte graphique ?

Oui la première étape c’est de lire le livre. Je suis quasiment incapable de procéder autrement (bon, des fois je n’ai pas le choix). Etant donné que ce sont toujours des récits d’imaginaire, ça me permet (déjà de lire un bon bouquin) d’abord de saisir les inspirations de l’auteur. Par exemple Les Sentiers des Astres de Stefan Platteau sont baignés d’inspirations celtiques, nordiques, védiques… Et aussi l’atmosphère et les enjeux du récit (autre exemple, les Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier tournent beaucoup autour d’un problème lié à l’eau mais aussi à la fluctuation et à la déliquescence des relations entre les personnages, ce qui a beaucoup inspiré la couverture). Et puis on y trouve toujours des blasons, des symboles (décrits ou évoqués, les blasons des royaumes de Chloé sont décrits donc j’ai pu les reprendre tels quel, les symboles des astres de Stefan sont évoqués dont j’ai pu les créer), ça aide toujours. Enfin parfois, quand il s’agit par exemple du premier tome d’une série, je pose des questions à l’auteur.trice pour savoir dans quelle direction cela va, si tel élément sera important dans la suite…

Lorsque quand j’ai les inspirations culturelles, les enjeux etc. je m’attèle à créer des visuels qui les retranscrivent au mieux, en tâchant toujours de ne pas raconter l’histoire mais de proposer aux futur.e.s lecteur.trice.s une atmosphère.

Il y a aussi la contrainte, mais qui est une bonne contrainte, de penser la couverture en termes de déclinaisons. On ne traite pas la couve d’un stand alone comme celle d’une série. S’il y a plusieurs tomes, il faut créer un principe qui fera que mis ensemble, les volumes auront une vraie identité en tant que cycle sans toutefois lasser visuellement.

Et de temps en temps, mais j’ai l’énorme chance que ce soit rare, les Moutons me disent « Pour tel bouquin, il faut absolument faire figurer [insérer ici l’élément en question] ». Mais ce n’est jamais dirigiste. S’il faut, mettons, qu’il y ait un dragon sur une couverture, c’est la seule obligation que j’aurai. Ils ne me donnent jamais de cadre rigide. 

5 – Es-tu un gros lecteur d’ailleurs ? Si oui, de quels styles es-tu friand ?

Gros oui. Mais bien moins gros que d’autres. Fatalement, ce qui m’a poussé chez les Moutons c’est ma passion des littératures de l’imaginaire. Tout confondu. Après, il y a des hiérarchies forcément.

J’aime la SF, mais pas la hard science, je déteste devoir lire un traité de physique pour comprendre le roman que j’ai dans les mains. J’adore Tolkien, mais très vite les récits d’elfes et d’orques me lassent (sauf dans de très, très rares cas). Néanmoins j’ai une passion immodérée pour le fantastique à tendance horrifique d’écrivains tels que King (notamment Ca et Le Fléau), Barker (pour ses Livres de Sang), Lovecraft que j’ai découvert assez jeune et qui m’a hypnotisé…

Mais je ne suis pas sectaire, je ne renie aucune forme de littérature, aucun thème… Je trouve l’écriture de Zola formidable, alors que niveau fantastique c’est quand même assez léger.

Et de la bande-dessinée. Beaucoup. Principalement européenne et anglophone. La bédé asiatique m’est encore pas mal inconnue. Et Dylan Dog, une bédé italienne, de loin ma préférée de toutes. Au monde.

6 – Est-ce qu’il y a une illustration pour Les Moutons Électrique dont tu es le plus fier ou que tu trouves vraiment en adéquation avec l’histoire ?

Mais toutes voyons ! Voilà ça c’est pour éviter tout sentiment de favoritisme. Blague à part, il y en a deux dont je suis particulièrement content.
Il y a d’abord Dévoreur, de Stefan Platteau (voilà, arrêtez de me lire et courrez vous le procurer si ce n’est pas encore fait). J’aime ce livre (au-delà du texte) parce que c’était un travail assez complet, à la fois sur l’extérieur et sur l’intérieur. Il fallait vraiment en faire un objet luxueux, l’habiller et là pour le coup j’avais une contrainte : une découpe dans la couverture. Et c’était vraiment intéressant de travailler sur un conte pour adultes !
Et la seconde c’est la couverture de L’épée de l’hiver, de Marta Randall, qui est très froide (il n’y a pas hiver dans le titre pour rien, hein), limite silencieuse si on peut se perdre dans des licences poétiques faciles, et qui je trouve est bien raccord avec le roman. Si vous voulez en juger par vous-mêmes, je vous invite à le lire, c’est très chouette et pas du tout daté pour un roman d’un an mon aîné.

 

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7 – Nous avons vu que tu as réalisé plusieurs artworks pour la série Cinema Monsters Club des éditeurs Elephant Films. Es-tu un adepte du cinéma de genre (car nous chez Acheron, on l’est) ?

Complètement. Le cinéma de genre est un des piliers de ma vie. Je suis tombé dedans tout gosse (merci maman, merci papa) et je suis incapable d’en sortir, ça me fascine.

Comme pour les littératures de l’imaginaire, c’est un genre (ou des genres) capable de parler de thèmes sociaux (sociologiques, politiques etc.) sans jamais renier l’aspect purement divertissant (dans le sens plus que noble du terme). Et puis c’est un genre qui évolue aussi techniquement, donc ça y ajoute un intérêt énorme.

C’est un pan du cinéma rempli de chefs-d’œuvre comme de nullités cosmiques qui parfois confinent au génie (Virus Cannibale par exemple), de trucs nullissimes mais qui, pour le WTF qu’ils sont, valent (plus ou moins vite fait) le détour. C’est un cinéma qui ne cesse de me surprendre, en bien ou en mal.

8 – Parlons technique ! Illustrator à l’air d’être ton logiciel graphique de prédilection, est-ce avec le dessin vectoriel que tu te sens le plus à l’aise ? Quelles autres techniques utilises-tu ?

Bien vu ! Oui j’utilise beaucoup Illustrator, mais rarement tout seul. Par exemple pour Dévoreur, je n’ai utilisé ce soft que pour les runes des bords de page et les motifs de fond des cabochons. Sinon j’ai tout fait à la main. Pareil pour Source des Tempêtes de Nathalie Dau, je n’ai que très peu utilisé Photoshop, le gros du travail est fait main, 100% bio.

9 – Quelles sont tes influences en tant que graphiste, y a-t-il des artistes qui t’on inspiré dans ton travail ?

Oui bien sûr ! Il y a trois artistes majeurs à qui je dois quasiment tout et dont je ne cesse de décortiquer le travail. Mike Mignola, pour son sens hallucinant de la simplicité dans ses images ; Philippe Druillet, pour son incroyable capacité à rendre ses images très géométriques et surchargées parfaitement lisibles, et Cassandre, un graphiste-affichiste des années 30, qui était lui aussi un génie de la composition.

10 – Avec l’arrivée de la réalité virtuelle et la dématérialisation perpétuelle, comment vois-tu l’avenir du graphisme et notamment son évolution technique ?

J’avoue ne pas trop savoir. Et je pense que c’est un moment encore assez flou, où l’on tâtonne. Les livres, les disques, les films, les jeux sont dématérialisés, et pourtant ils ont encore des supports physiques. Il y a encore un grand attachement, un vrai amour de l’objet. Les livres papiers et numériques coexistent, Netflix n’a pas tué le marché du DVD-BluRay, les CDs n’ont peut-être plus le vent en poupe depuis les plates-formes musicales sur le net et pourtant le vinyle ressort de sa tombe… Je pense que tant que les passionné.e.s auront la collectionnite aigüe, les objets sur supports imprimés auront la côte. Après, quand on inventera un papier où l’on peut imprimer des images animées, et bien la technique évoluera (ou alors on verra le gif animé exploser dans un autre domaine que le meme).
Quant à la réalité virtuelle, le web et au final tout ce qui touche au numérique, cela crée simplement d’autres espaces d’expression qui ne nuisent en rien au graphisme.
Et là attention je vais être hyper profond, hyper cliché et en même temps faire une référence rôliste : c’est comme l’Astral dans Shadowrun. Il cohabite avec le monde physique, les deux ont leurs adeptes, chacun des mondes possède ses propres codes et il existe des gens qui sont dans les deux en même temps. Et dans les deux, il y a des Horreurs. Alors, z’êtes impressionnés ou pas ?
En vrai, support physique ou dématérialisé… il y a de l’image dans les deux cas. Et la technique suivra l’innovation, sans pour autant s’affranchir complètement d’un certain aspect artisanal fait avec des petites mains et des petits pinceaux (dans certains domaines, c’est même carrément hype). Je suis plus inquiet sur le lissage desdites images que sur la question de leur support mais ça c’est un tout autre débat !

11 – Quels sont tes projets en cours ou à venir ?

J’ai encore pas mal de travail qui arrive pour les Moutons, des couvertures et aussi un gros projet qui va être mortel sur lequel je ne peux pas encore teaser, mais plus d’infos à la rentrée, je continue avec Elephant Films…
Et en ce qui concerne mes projets personnels, j’en ai deux, dont un de sûr. Un récit illustré sur lequel on va travailler avec Mathieu Rivero et Julien Bétan (et non, je ne spoilerai pas) et un autre qui me tient à cœur mais qui n’est pas pressé ; ça fait longtemps que j’ai envie de travailler sur une version illustrée par mes soins de Beowulf.

12 – Il est l’heure pour nous de regagner nos pénates, on te laisse donc le mot de la fin !

Non vaut mieux pas, sinon je vais dire une bêtise. Mais quand même, je tiens quand même à vous remercier, Zoskia et Tank, pour m’avoir offert ma première interview. C’est de la bonne. Et lisez-regardez-jouez (à) de l’imaginaire. En masse !

 

 

Tankkore & Zoskia



Site de Melchior : mascaride.strikingly.com

Site des Moutons Électriques : www.moutons-electriques.fr


 

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Date de dernière mise à jour : 11/07/2016

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