[Carte Blanche] Le projet « Rosia Montana »

Le projet « Rosia Montana » dans un monde gouverné par les profits

par Mihai Tivadar

 

Depuis quelques semaines, en Roumanie, la jeunesse sort dans les rues pour protester contre le projet « Rosia Montana - La Rouge Montagnarde », le nom d‘un petit village dans les Carpates de l’Ouest (une aire protégée). Ils en ont marre d’une classe politique corrompue et incompétente qui est prête à détruire un écosystème important, pour l’extraction de l’or en surface, à base de cyanures (le plus grand projet de ce genre en Europe). D’autres projets se sont avérés catastrophiques en Roumanie ou dans d’autres pays, autant sur l’environnement que sur la société : des emplois promis qui, bien sûr, ne se sont pas concrétisés, puisque ce sont des exploitations intensives sur une durée très courte. Le projet « Rosia Montana » prévoit 634 lieux de travail sur une durée de 17 ans et 6% de redevances sur l’or extrait. Mais, en contrepartie, les conséquences sont énormes : démolition de quatre montagnes (avec des cratères de 8 km), sur une superficie de 1346 ha, avec une utilisation de cyanures représentant 13 fois la quantité totale utilisée actuellement sur le continent. Il s’agit de 204 millions de tonnes de cyanures sur une période de 17 ans, l’équivalent à 600 milliards de doses létales pour un adulte (source : Ministère de l’Environnement Roumanie). Ce projet aura des impacts sur la communauté locale, avec presque 1000 maisons et 7 églises détruites. Pas besoin d’être un expert pour comprendre ces chiffres. Voici des images « avant-après » du village Rosia Poieni qui se trouve à 30 km de Rosia Montana suite à l’exaction à base de cyanures :

Avant

avant

Après

rosia monatana

Pour d’autres images impressionnantes, visitez le site : http://ioncoja.ro/textele-altora/in-apuseni-a-inceput-sfarsitul-lumii/

 

De plus, cela sent trop la « magouille » et on imagine bien toutes les « commissions » et les petites « attentions » dans la chaine (une pratique courante en Roumanie, et pas seulement). Lors de l’ouverture des frontières, on espérait que les investisseurs étrangers allaient amener leur savoir-faire et que le pays connaitrait un développement soutenu (vue l’histoire et le potentiel du pays). Mais comme par ailleurs (l’Afrique, l’Amérique Latine, d’autres pays de l’Europe Centrale et de l’Est), les multinationales ont cherché que des gros profits, rapides et faciles.

Pas besoin de gros efforts de mémoire pour se rappeler quelques exemples qui ont montré le « fonctionnement du système » et qui n’est probablement que la partie visible de l’iceberg. En Roumanie, on a privatisé presque gratuitement plusieurs compagnies d’Etat profitables. Récemment, Bucarest s’est doté d’un stade des standards européens, réalisé selon en projet identique que le stade de Frankfurt, par la même compagnie. La différence est que la version roumaine est de moindre qualité, sans finissages et sans infrastructures de transport en commun, mais beaucoup plus cher. La Roumanie peut rentrer dans la Guinness Book pour l’autoroute la plus chère au monde (ça vous fait marrer, je le sais). Nokia est venue d’Allemagne avec une infrastructure préparée et avec des avantages fiscaux sur une certaine période, puis l’entreprise s’est barrée quelques années en Chine avec, comme compensation, un téléphone portable pour chaque travailleur au chômage. La liste est vraiment longue. 

Et la Roumanie est juste un petit pion dans ce jeu planétaire. Des compagnies toutes « gentilles » comme Nestlé, sont en réalité des multinationales féroces, prêtes à utiliser l’eau de la nappe phréatique des villages désertiques, pour la revendre en bouteille (documentaire Arte « Nestlé et le business de l'eau en bouteille »). Des producteurs savent pertinemment que leurs produits contiennent des éléments toxiques pour la santé, mais pour quelques profits supplémentaires, ils sont prêts à payer des études et adhérer aux grands lobbies pour favoriser la loi du profit : industrie pharmaceutique, industrie des jouets, industrie chimique, etc. Nous pouvons jouer les dieux en modifiant la nature avec la génétique, mais cette opportunité a été détournée par des firmes comme Monsanto (à voir le documentaire « Le Monde selon Monsanto ». 

Des banquiers sans visage dans des banques sans enseigne dirigent le monde sans scrupule. Goldman Sachs est le meilleur exemple : ils ont provoqués la dernière crise immobilière et financière aux Etats Unis, en vendant des produits financiers toxiques à leurs propres clients, et puis en spéculant dans la Bourse contre leurs propres clients et contre les ménages américains. En bonus, ils ont fait couler leurs concurrents sur le marché des assurances et ils ont été remboursés par l’État Américain. Résultat de l’équation : des milliards d’euros de profits annuel, en pleine crise financière mondiale. Pour enfoncer le clou, Goldman Sachs est également responsable (du moins partiellement) de la crise en Grèce, un petit poisson qui a voulu nagé dans l’Océan des requins (à voir le documentaire Arte « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde »). 

C’est le même jeu partout, seulement l’échelle et la discrétion diffèrent. Et tout cela pour plus d’argent, plus rapidement. Il n’y a pas de morale ou d’éthique. Est-ce que ces gens réalisent les dégâts humains et écologiques de leurs actions ? Je crois qu’ils vivent dans un autre monde, dans une bulle complètement coupée de la réalité. C’est aujourd’hui difficile de secouer sérieusement le système (probablement c’est trop tard, le système planétaire est trop connecté). Mais des manifestations comme celles contre le projet « Rosia Montana » montrent que l’on peut lutter pour une idée et une autre façon de vivre.

Merci à Dragos Suteu pour la documentation.

 

Restez informés sur : www.rosiamontana.org

 

Mihai Tivadar

 

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Commentaires (2)

1. Mihai (site web) 03/10/2013

Merci pour l'info. C'est vrai que j'ai trouvé ces photos sur le net et sur la page il n'y avait pas de source citée (donc j'ai conclu qu'ils sont les auteurs)

2. i.costea 03/10/2013

J'interviens seulement pour observer que l'article photographique cite n'appartient pas a la source mentionee ici, mais vient du site http://bogdanbalaban.ro/index.php?action=articole_full&id=346. Le site de Ion Coja l'a seulement republie, mais pour des raisons qui m'echappent, c'est seulement ce lien-la qui est distribue sur internet. Ce qui me parait pas juste pour l'auteur du docu.

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Date de dernière mise à jour : 21/03/2014

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