[Carte Blanche] Cook - Essai n°1

De lard du cochon : borborygmes et autres expériences vocales

 

Bonjour à tous ! Bienvenue pour cet essai sur le grind, growl, grunt, pig squeal et affiliés. Avant de commencer il serait de bon ton que je vous explique un peu le concept que vous avez sous les mirettes. Je m’intéresse à la musique, plus particulièrement au métal pour ceux qui ont du mal. Quand je parle d’intérêt il n’est pas juste question d’écouter « ce-truc-que-j’aime-bien », mais plutôt de théoriser sur la musique, essayer d’y voir un certain sens rêvé ou non. Je ne sais pas si/quand je rédigerais un autre essai sur un sujet sûrement très différent tout en restant dans le domaine métallurgique, mais j’espère que celui-ci vous plaira. Sur ce, bonne lecture.


Attention ceci est une reconstitution fictive d’une scène de la vie courante sans trucages :

"Aujourd’hui c’est le grand jour, votre ami(e), conjoint(e), partenaire, etc… a accepté de faire une petite plongé dans l’océan houleux du métal. Après la tentation de lui balancer le dernier CANNIBAL CORPSE ou pour les plus bucoliques un bon grindcore tout en finesse, vous vous apercevez vite qu’il va falloir la jouer serré si vous voulez pouvoir réitéré l’expérience. Donc le plus simple c’est de commencer là où tout à débuté : J.S Bach, Vivaldi, Wagner… Quoi ? Mais pas du tout ! Enfin si, cependant restons dans le domaine qui nous intéresse. Si à priori BLACK SABBATH devrait passer sans trop de difficulté (bon il existe encore des gens qui ont du mal à décoller des années soixante dix), vous allez vous sentir en confiance et voilà que déboule Reign in Blood de SLAYER. Et là c’est le drame. Bon on passera la grimace sur la double de Dave Lombardo qui peut déranger les plus frileux des auditeurs malgré un tempo moyen par rapport à la vélocité actuelle. Le reproche principal sera certainement le suivant : « et mais pourquoi il gueule comme ça ? Il va se péter les cordes vocales ! ». Là vous sentez que vous atteignez une limite, si le chant un peu écorché de Tom Araya lui pique déjà les oreilles que va-t-il advenir si on passe aux choses sérieuses ? Surtout que vous ne savez pas quoi lui répondre. Ce qui vient à l’esprit c’est un : « tu voudrais qu’il chante comment ? » étonné qui n’aboutit finalement à rien…"

Et oui car pourquoi il faudrait qu’il « chante » autrement ? N’est-ce pas à l’auditeur de s’adapter à l’œuvre qu’on lui propose ? Si vous ne supportez pas ce son guttural caractéristique alors qu’un million de gens oui (quoi j'exagère ?), alors le problème vient-il vraiment du vocaliste ? Et nous autre métalleux déjà convertis à la cause, demandons-nous pourquoi avons-nous besoin de ces borborygmes cochonesques ? Pour que notre musique reste hermétique ? Par effet de mode ?

I- Histoire courte de la cochonnaille : des origines du growl
II- Du jambon cru au filet mignon ou pourquoi le growl mérite sa place dans la musique contemporaine 
III- Pour les végétariens et leurs amis
IV- Toutes les bonnes choses ont une fin



Histoire courte de la cochonnaille : des origines du growl 

Les problématiques sont posées, nous allons (peut être) y répondre tout à l’heure, mais maintenant il est temps de s’arrêter un peu sur l’histoire du « chant » dans le métal.

Le terme growl vient du jazz (encore un truc que l’on doit à ce genre prolifique). Il s’agit d’un procédé vocal/instrumental obtenu en contractant les muscles de la gorge tout en soufflant dans son instrument (utilisé par la famille des cuivres, pistons et bois), on appelle cette technique le soufflé-chanté. Technique datant du début du XXème donc. Plus proche de nous l’apparition du growl ou Cookie Monster vocal remonte à 1956 avec Screamin’ Jay Hawkings et son morceau « I Put a Spell on You ». Dix ans plus tard c’est le bassiste du groupe THE WHO qui utilisera le growl dans un but comique. Cependant les débuts du chant guttural et caverneux que nous apprécions tant prennent une vraie importance dans les années 70 avec « Iron Man » de BLACK SABBATH et « One of These Days » des PINK FLOYD. Après viennent évidemment Chuck Schuldiner du groupe DEATH et Jeff Beccera de POSSESSED, les fondateurs du death metal, qui peaufineront leur technique pour donner naissance à l’une des caractéristiques les plus emblématiques du métal contemporain. 

Du jambon cru au filet mignon ou pourquoi le growl mérite sa place dans la musique contemporaine 

Cet essai n’a pas pour but de vous parler des différents types de growl, grunt, grind, usw… Il a pour but de présenter cette technique vocale sous un angle plus esthétique (y aura pas de branlette intellectuelle non plus rassurez-vous).

Je ne vais pas vous assommer avec des détails techniques, mais gardez en tête que le growl est obtenu grâce au travail de diaphragme et des fausses cordes vocales (bandes ventriculaires), que nous devons à notre héritage de primate, et demande beaucoup de travail pour être utilisé à un risque moindre pour la voix. En effet bien qu’une légende populaire voudrait que l’on puisse growler sans s’abîmer la voix, la réalité est tout autre. On peut réduire les risques de dégâts en travaillant avec un professionnel et en ménageant sa santé de manière générale. Le growl est donc bien une technique vocale à part entière et non pas « juste-un-cri-de-cochon-qu’on-égorge » comme certains le pensent. On le rapproche même du chant diphonique.

Ce petit passage technique à beaucoup d’importance à mes yeux. En effet l’un des concepts essentiels de l’homme (au sens humain, donc mesdemoiselles sentez-vous concernées) qui le rend humain c’est la technique. Pas au sens « le plus technique » mais dans une approche évolutionniste de cette idée. Par exemple l’amélioration des moyens de construction (acier, béton… je ne parle pas du point de vu esthétique ici mais de l’émergence de nouveaux matériaux) est une innovation technique permettant aux architectes de pouvoir exprimer leur art de nouvelles manières sans pour autant oublier toutes les techniques engrangées jusque là ! Dans le cas du growl c’est d’autant plus une transcendance de la nature primaire de l’homme puisqu’on utilise un organe qui nous vient de notre passé d’animaux pour en faire une technique vocale qui demande une discipline et un travail conséquent pour être réussi. Le growl serait donc un « nouveau » moyen de s’exprimer, et non pas des moindres puisqu’il va chercher à nos racines les plus bestiales pour devenir un outil d’expression artistique tout ce qu’il y a de plus humain. Si vous suivez mon cheminement on ne peut guère enlever au growl sa notion de beau dans le sens artistique du terme. Et j’insiste sur ce terme de beau, car le growl fait naître des émotions inédites aux auditeurs assez aventureux qui ont essayé consciemment, comme ce fut le cas pour moi, ou non cette technique de chant particulière. 

Pour les végétariens et leurs amis

Je ne suis pas là pour faire l’apologie du métal (déjà parce que peu de non-amateur risque de lire ce piètre texte), aussi nous allons agrandir notre horizon. 

Le growl c’est bien. Cependant comme nous l’avons vu tantôt, il n’est qu’une technique parmi d’autres dans le domaine vocale. Il existe d’ailleurs de nombreux groupes utilisant voix dite claire (normal si vous préférez) et growl. A ceci s’ajoute les chants lyriques, etc, etc… Pour chaque technique on pourra trouver un exemple convaincant dans le monde du métal. Quand est-il ailleurs ? Puisque nous l’avons vu le growl n’est pas totalement une invention de métalleux du moins à ses débuts. Qu’est-ce que les autres genres musicaux en on fait ? Malgré mes recherches frénétiques je n’ai pas trouvé grand-chose (bon il y avait bien des tonnes de groupes à la con électro/métal, mais dont les deux communautés préféreraient certainement que je n’en parle pas). Certes aucun artiste hors métal n’a sûrement envisagé d’intégrer du growl dans ses morceaux, pourtant ne vaudrait-il pas mieux que de vrais artistes (hors métal toujours) s'y intéressent plutôt que de voir fleurir des abominations comme BROKENCYDE ? (oui mes recherches m'ont fait souffrir). 

La question du « pourquoi-le-monsieur-il-crie-? » devient d’autant plus ridicule qu’aucun autre genre n’utilise cette technique vocale alors qu’un groupe comme ANAAL NATHRAKH, plutôt tourné vers l’extrême de la scène, possède du chant claire et du growl. On pourrait rationaliser le propos en expliquant tout bêtement qu’il faut savoir mettre du growl au bon endroit. Exemple : un groupe de brutal death qu’avec du chant claire ou lyrique ? Pourquoi pas, encore faut-il que cette démarche est un sens comme le growl en a un dans ce genre de musique. Mieux vaut un bon growl qu’un chant grégorien qui sonne faux et inversement. 

Mon dernier point va se porter sur la compréhension des paroles souvent remise en cause lorsqu’il s’agit de chant guttural. La première chose qui me vient à l’esprit est : avez-vous compris tout ce qui se chantait dans un opéra ou plus simplement un chœur du premier coup ? Certainement que non. Et pour cause on capte mieux un texte que l’on connait et surtout on le comprend plus aisément lorsque l’on sait comment fonctionne la modulation sonore à la base des mots prononcés. En gros tant que vous savez où vous mettez les pieds "Le Mariage de Figaro" ou le plus sombre groupe de trve black norvégien vous ne devriez pas avoir de problèmes pour appréhender les paroles (sauf dans des cas exagérés, mais là on sort du domaine musicale…). 

Toutes les bonnes choses ont une fin

Pour revenir au métal, l’aspect effet de mode n’est pas à jeter n’en déplaise à certains. Si la technique a perduré il faut bien qu’à un moment l’idée soit « à la mode », parce que si vous ne vendez pas votre musique à cause de votre chant guttural, croyez-vous vraiment que vous persévérerez dans cette voie ? Si oui y aurait-il eu un succès aussi important de la scène métal comme dans les années 80 ? Une fois la mode passée, ce qui a fait que la sauce à pris c’est peut être le fait que le growl à évolué et s’est diversifié au grès du temps et des styles pratiqués. Combien de fois avez-vous froncez du nez lorsque vous entendez ce "growl-de-coreux" qui vous insupporte (ou inversement) ? On arrive aujourd'hui à distinguer plusieurs types de growl et assimilés, comme quoi on est loin d'avoir épuisé le filon. Mais ne nous limitons pas à cette technique, certes sublimes, car pour perdurer il faut savoir muer. Cependant n’oubliez pas l’adage suivant : dans le cochon, tout est bon !

 

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Commentaires (3)

1. MrGuitoune 22/12/2013

Texte intéressant à lire ! l'essai est réussi ;) vivement une suite !
la manière d'aborder le sujet est ce que j'ai préféré dans ton texte.
et le petit historique par rapport au jazz, m'a appris quelque chose donc merci.

2. Cook 17/12/2013

Merci pour le retour, ça fait plaisir. Le texte n'ai absolument pas formé si quelqu'un veut y ajouter des idées qui lui semblent intéressantes on peut en discuter.

Je prépare le suivant sur le black vu sous l'angle de l'histoire norvégienne avec un grand H. J'ai déjà écris une moitié de brouillon, me reste encore pas mal de boulot.

3. Seppuku 14/12/2013

Vraiment un bon texte qui allie connaissances et humour ! Quant à la chute final avec l'adage, j'ai bien ri !

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Date de dernière mise à jour : 14/12/2013

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