BJARNE MELGAARD [Oeuvre]

L'art contemporain vu par bjarne melgaard

 


 

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Invité pour l'édition 2013 par le commissaire d'exposition Gunnar B. Kvaran, l'artiste norvégien Bjarne Melgaard conçoit une installation à mi-chemin entre une maison de poupée, un film porno-gore et un « donjon » (espace dédié aux activités fétichistes). Une pièce du Musée d'Art Contemporain de Lyon qui ne laisse pas indifférent.

 Une œuvre proche du SM art

Au 2e étage du musée, un rideau noir sépare deux salles. À peine soulevé, une hésitation nous parcourt. Devons-nous pénétrer dans ce lieu étrange dont le sol est jonché de vêtements qu'il faudra piétiner ou bien rebrousser chemin et ne pas terminer l'exposition ? Poussés par la curiosité, nous découvrons des mannequins de femmes et de transsexuels qui se confondent avec les spectateurs. Vêtements de cuir pour certains, robe à paillettes pour d'autres, les personnages intriguent par leur taille réaliste et leur visage déformé : leurs yeux clos ont des cils démesurés, les lèvres, trop grosses, sont teintées de rouge. Au fond de le pièce, la Panthère Rose sodomise une jeune femme. Cette dernière, mains liées et regard dans le vide, semble étrangère à ce qu'elle subit. De quoi surprendre les âmes sensibles !

À droite, une vidéo montre une scène de torture à la fois pornographique et sanglante. À gauche, des maisons de poupées qui laissent apparaître des personnages saisis dans l'élan de leurs actions. Comme des photographies, elles nous entraînent dans l'intimité d'hommes s'adonnant à la violence et aux pratiques sexuelles déviantes. Dissimulée dans un coin de pièce, la mort observe les hommes endormis. Chaque détail compte : une lame de rasoir dans une main, une seringue usagée jetée par terre, des chaînes de fer prêtes à être utilisées pour torturer... Parmi le désordre régnant, la Panthère Rose est dans chacune des pièces. Le spectateur est alors convié à relier les fragments d'histoire qui se déroulent devant lui. « Entre-temps... brusquement, et ensuite », tel est le credo de la Biennale. C'est ainsi que l'artiste nous entraîne dans un jeu de piste. Il met nos sens en éveil en nous poussant à être attentifs aux moindres détails. Bjarne Melgaard joue également avec les rapports de taille entre les personnages et les objets, ce qui produit inévitablement un malaise que le sujet abordé renforce.    

Quand l'art aborde des questions sociologiques et psychologiques

Le norvégien n'en est pas à sa première exposition. Il est connu pour ses œuvres représentant des cultures et des groupes sociaux souvent considérés comme « underground » (souterrains) ou  marginalisés. Dans sa nouvelle création, il glisse alors un clin d’œil à sa passion pour le Métal : plusieurs personnages portent un t-shirt du célèbre groupe de Black Métal norvégien Darkthrone. Bjarne Melgaard  développe ici ses recherches en mettant à nue les pulsions les plus crues, les plus inavouables, les plus violentes qui habitent les humains. L'artiste semble n'avoir aucun limite. Le norvégien provoque et dérange comme pour mieux rendre compte des questions qui l'animent.

Une Biennale controversée : quand l'art fait rougir

La réaction des visiteurs et des médias est partagée. Certains estiment que cette édition est une totale réussite tandis que d'autres évoquent la grande place accordée au sexe. Placée en milieu de parcours, l'installation du norvégien oblige le personnel du musée à filtrer les entrées dans la pièce. À chaque fois qu'un enfant pénètre, un drap est placé sur la télévision. Les parents sont invités à passer rapidement avec leur progéniture. Ainsi, les visiteurs déjà présents sont coupés dans leur contemplation et certains parents sont frustrés de ne pas pouvoir tout regarder. Le fil de la narration est rompu, la création n'est plus appréciée à sa juste valeur.

L’œuvre de Bjarne Melgaard n'est pas un cas isolé. À la Sucrière Livin and Dyin deDan Colen présente un homme nu, encore en érection, entouré de peluches. De même, My Mommy is beautiful de Yoko Ono est composé de photographies de tétons et de vagins. Sur le site de la Biennale,  Gunnar B. Kvaran estime qu'elle est « une manifestation artistique collective, plurielle et partageable ». Cependant, les sujets présents limitent cette perspective. Ils soulèvent la question qui est de savoir si l'art contemporain, sous prétexte de rechercher de nouvelles formes narratives, peut tout se permettre. Subventions de l’État, soutien des grandes institutions … mais à quel prix ? Dans un article de Rue89 (5 octobre 2013), un coût de 9 millions d'euros est énoncé : de quoi irriter certains.


Seppuku


 

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Commentaires (1)

1. Tankkore 04/11/2013

Excellente analyse !! C'est concis, instructif et complet, on en redemande !!

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Date de dernière mise à jour : 11/03/2015

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